RÉFORME JULIENNE
plus dlUusion sur la cause qui le produisait. Mais per^ sonne n'osait disputer à la routine et à Tégoïsme des intéressés un droit légal qui était retourné contre Tesprit de la loi. Il eût fallu parler au nom d'une science incontestable ou d'une force irrésistible. César, entouré de soldats et de savants, avait à sa disposition Tune et l'autre : il était, du reste, souverain Pontife et n'eut pas besoin d'usurper un nouveau privilège. Ce fut lui qui inaugura le calendrier définitif.
César adopta le système d'Eudoxos qui admettait un cycle quadriennal composé de trois années moyennes de 365 jours et d'une année intercalaire de 366 jours* Les 10 jours dont il augmentait l'année moyenne, par rapport à l'ancienne année de 355 jours, furent répartis sur les 12 mois, dont sept eurent 31 jours, quatre, 30 jours, et un 28 jours. Le jour intercalaire s'ajouta tous les quatre ans au mois de février, non pas à la fin, mais après le 24 février (VI. Kal. Mart.) et reçut4e nom de bis'Sext. Kal. Mart. ce qui fit donner à l'année intercalaire le nom de bissextile. En outre, pour rompre avec les anciennes habitudes et surtout pour mettre le calendrier en harmonie avec la chronologie consulaire dont les années commençaient, depuis 153, aux Kal. de janvier. César fixa le commencement de l'année julienne aux Kal, de janvier. Le onzième mois de Tannée prenait la première place, et les noms ordinaux que portaient cinq d'entre eux, de Quintilis à Decembei\ cessèrent de représenter leur véritable rang. L'année 46, destinée à raccorder le nouveau système à l'ancien et à faire disparaître les erreurs du passé fut une année difficile à régler. La supputation officielle, d'après le calendrier suivi jusqu'à la fin de 47, était en avance de 67 jours sur le temps vrai. César forma avec ces 67 jours deux mois intercalaires extraordinaires {mêmes intercalares prior^ posterior) qu'il intercala entre novembre et décembre. L'année 46
eûl donc compté 355 + 67 jours si elle avait duré jusqu'au 1*' mars, mais comme Tannée 45 commença le 1" janvier; il s'ensuit que l'année de confusion eut la durée d'une année julienne commune, ou 365 jours, car janvier et février comptant 29 + 28 jours, leur soustraction réduisit l'intercalation à 10 jours, c'est-à-dire exac-l tement ce qui manquait à l'année commune ancienne pour en faire une année julienne. Ainsi, par ce procédé aussi ingénieux que simple, les mois étaient rentrés dans leurs saisons respectives et Rome avait passé sans secousse de ses habitudes routinières à un système ra* tionnel. Il n'y eut donc pas, comme on l'a cru, d'année transitoire de 445 jours (anmis confmionh i) ; il y eut seulement une année consulaire de 445 jours, car l'an 47 étant une année intercalaire de 378 jours, les trois derniers mois, janvier, février et MercedoniuSy en tout 80 jours, s'ajoutent au consulat de César et de Lepidus qui occupe de plus toute l'année 46 (365 + 80 = 445).
La réforme julienne, œuvre d'un dictateur Pontife, assurait pour une longue suite de siècles une exactitude suffisante au calendrier. Les erreurs minimes qu'elle laissait subsister ne devaient se manifester que longtemps après. Lés Romains l'acceptèrent sans se demander si c'était à titre de prince ou de pontife que César l'avait accomplie. Ils ne se doutaient pas que les protestants du XVP siècle soulèveraient cette question et repousseraient la réforme grégorienne en prouvant par l'histoire romaine qu'il appartient aux princes et non aux Pontifes de toucher au calendrier ! L'argument fut employé par Guillaume , landgrave de Hesse, etil paraît convaincant à l'estimable J.-A. Bose qui oublie un instant son érudition pour ses préjugés 2.
(1) Macr. I, U, 3. Censorin. 20. Sud. Caes, 40. — (2) Bosias, an. Craev. Thés. T. V, p. 253.