‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 6 sur 117 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Le collège des Pontifes fut, quelque origide qu'on lui attribue, une école de théologiens chargés de conserver le dépôt de la tradition religieuse, et d'y chercher des lumières pour régler les questions imprévues que ferait naître le commerce permanent établi entre la terre et le ciel par les lois d'un culte scrupuleux. Ils dirigeaient la conscience timorée du peuple romain, aussi pusillanime devant ses dieux que courageux devant ses ennemis ; ils gouvernaient le monde religieux au nom de la coutume ; et les institutions primitives de Rome avaient si intimement uni la religion à TÉtat que leurs attributions religieuses leur assuraient une grande influence politique.

Ce dépôt de la tradition, sur lequel ils veillaient, n'était pas une simple connaissance pratique des usages, transmise par l'enseignement oral et exposée aux défaillances de la mémoire ou aux caprices de l'innovation : le génie rom^^in, qui voulait à toutes ses œuvres dçs assises inébranlables, se serait mal accommodé d'une tradition flottante qui n*eùt pas pris une forme palpable. La tradition était fixée pour toujours dans une lettre immuable qui put s'élargir et s'étendre pour suivre le mouvement

20 LES PONTIFES ET LA TnADITIOX.

des esprits, mais non varier, car, si elle accueillit quelques prescriptions nouvelles, elle ne renia aucune des anciennes. Le rôle des Pontifes ne fut donc pas simplement de conserver et de soustraire à la curiosité publique ce legs des anciens âges, mais de prôter à la théologie leur voix, leur science, leur intelligence des besoins du temps, de faire, en un mot, de ces archives poudreuses sur lesquelles reposait leur autorité, quelque chose de vivant qui sût répondre à tout et parler do manière à être compris.

Ce travail d'exégèse et de casuistique, continué pendant plusieurs siècles, grossit les archives d'un recueil de décisions et d'arrêts formulés par le collège [Commen-^ tarit Pontificum)^ qui constituèrent une jurisprudence rehgieuse (fas) de laquelle sortit, émancipé et. vivifié par le grand jour, le droit civil (jus). Enfin , chargés de régler, jour par jour, la vie du peuple romain, les Pontifes s'emparèrent de la chronologie livrée complètement à leur discrétion; ces fonctions, dont ils ne s'acquittèrent pas toujours avec désintéressement, profitèrent à l'histoire, car ils eurent l'idée d'annoter leur calendrier en y fixant le souvenir des événements les plus marquants, et de dresser ainsi le mémorial des années écoulées. Ces chroniques, après avoir subi le contrôle de la publicité, allaient s'ensevelir dans l'ombre discrète où dormaient les éléments confus des trois plus belles créations de l'esprit humain, la Théologie, le Droit, l'Histoire.

Ces trois mots nous serviront décadré dans l'analyse que nous allons essayer de faire des archives pontificales, désignées par les auteurs sous les litres divers de Libri pontificii *, Libri pontificales 2, Libri. ponli^

(!) Cic, /le/». ,11, 31. — f«)Srn., Ep., 108. — Scrv.,£c/., V, C6. Gem-g. I, Ji. 172. 3»4. Mn,, VII, 490. Xlf, 603.

ARCHIVES rONTlFIGALES. SI

ficum *, DiscipUnae Pontificum ^, Cojnmenlani Ponlifi-' cum ^j Commenlarti sacrorum potUificalium *, Tpx(fai tôv iepG<favT€ù)f ^y et comprises dans les dénominalions plus générales de Libri sacrorum \ Libri sacri ^, Libri sa* cerdotum ^, 'hpai ^SXoi ^. La multiplicité et le peu de précision de ces termes recueillis çà et là dams des au^ teiu^qui se contentent d'indiquer le genre de sources où ils puisent, sans prétention à Texactitude, nous avertissent assez qu'il est impossible d'établir sur des renseignements aussi Vtigues une classilicalion rigoureuse. Aussi les classifications proposées Jusqu'ici sont-elles loin d'ôlre satisfaisantes. W. Becker ^^ prétend distinguer les Libri Pontificum des Libri pontificales on pontificii, et les confond avec les Commentarii Pontificum : Sachse ** fait entrer dans les Com^nentarii les Libri pontificales, pon^ tificii, et même les Annales : enfin 1. G. HûUeman ^* et E. Hûbner *^ distinguent dans les archives pontificales :

1** Le rituel [Libri pontificales^ ponti fictif pontificum) ;

2*» Les mémoires et comptes-rendus {Commentarii Pon* iificum) ;

3*» Le Calendrier, les tables dé cooptation, e'c. {Fasti) ;

4** Les Annales {Annales maximi).

11 serait facile de montrer que les Libri pontificii^cales ne sauraient être considérés exclusivement comme des rituels. Ons'étonneraitde rencontrer dans imrituel les détails sur la mort de Romulus et la provocation au temps des rois que Fenestella trouvait dans les Libri pontificales **, et même la légende de Picus, transformé par l'hagio-

(l)Cîc.,re Orai,, 1,43. - Liv., VI, 4. — Hor., Ep., II, 4, M. — (I) Serv., Georg., I, î72. — (:i) Cic, Brut., 44. -^Frodom.^ 53. — Liv. IV, 3. VI, 4. — Plin., XVIIF, 3. — Quihl., VIM, 2, M. — (4) Fesl., p. «86. — (5) Dion. YIII, 56. — (6) Serv., Ed., VII, 31 . JEn., III, «87. IX, 408. — (7) Serv., Mn., Il, 4 43. — (8) Gell , XHI, 4. — (9) Dioii. X, 4. — (40) Uandb., I, p. H. — (41) W$c. Lip$. nov. au p. «49. — (tS) Dùip, crit.de Am. Max. 4855. — (13) Jbb. f. kl. Philol, 4859, p. 401 sqq.— (44) SeQ.|£p., 404.

graphe pontifical en augure ^. Si la comparaison des textes donnés comme extraits des Libri pontificales prouve quelque chose, c'est l'extension de ce titre, extension qui permet d'en faire le synonyme d'Archives pontificales et de l'appliquer à la collection entière des documents émanant du collège ou confiés à sa garde. Les Comment tarit, à cause cle leur double caractère historique et religieux, tiennent d'un côté aux rituels, de l'autre aux annales, et se substituent perpétuellement, sous la plume des auteiu^s, aux uns et aux autres. Ceux qui ont tenté de rassembler les débris des Annales pontificales ont appris, par leurs propres hésitations et par les objections des criti<][ues, jusqu'à quel point il est difficile de tracer des lignes de démarcation au milieu de ce chaos. S'il en est ainsi pour les Am[ifdes, qui ont un nom et un caractère bien tranchés, que dire des Jf.t6ri sacrorumy locrt, Commentarii sacrorum etc.?

Convaincu qu'il est impossible de classer les fragments épars dans les auteurs d'après des suscriptions aussi peu précises, nous avons préféré adopter une division fondée sur la nature même des matières entassées dans les archives pontificales, et répartir les textes, d'après leur sens, entre les diverses catégories établies par l'analyse. Cette méthode laisse beaucoup àl'appréciation personnelle, mais on se convaincra, nous l'espérons, que nous n'avons pas abrégé ce pénible labeur en substituant la fantaisie à la critique.

Après avoir fait une place à part aux Indigilamentay qui contiennent quelques traces d'enseignement dogmatique, nous abordons V^^yse des livres liturgiques, attribuant au Rituel les règles fondamentales du culte public, aux Commentaires les décrets pontificaux, les expUcations, les théories inventées par les théologiens

(OÇefÎMiEn.^VlI» 490.

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pour ramener à des prindpes didactiques ce vaste ensemble de prescriptions» Les décrets pontificaux qui, en se détachant peu à peu du code liturgique, ont formé le droit criminel et civil, sont réunis dans un chapitre à part qu'il eût été impossible d'écrire s'il avait fallu n'y admettre que les parcelles authentiques des livres sacrés. Avec les Fastes et les Annales se termine le catalogue des archives pontificales.

Est-il besoin de dire que, si la substance des Annales s*d^t conservée dans les ouvrages des historiens, si les marbres déroulent encore aujourd'hui sous nos yeux la série des jours fastes et néfastes, le Jtemps et la main des hommes ont à peu près anéanti les documents théologi* ques?Nous ne pouvons en deviner la forme et l'esprit que par les révélations échappées à la plume d'érudits euxmêmes incomplètement renseignés. Gardés avec un soin jaloux tant qu'ils conservèrent leur prestige, ils avaient cessé d'intéresser la curiosité publique lorsque le regard des profanes put les interroger; enfin, quand le contact du christianisme vint ranimer un moment le paganisme expirant, la polémique religieuse, qui s'attaquait aux principes plutôt qu'aux textes, ne perdit pas le temps à remuer cette poussière. Elle se contenta de ce qui était tombé dans le domaine public, et le dernier combat se livra autour des œuvres de Varron.

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