CULTE DE JUPITER ET DE MARS
Les Pontifes ne voulurent pas rester étrangers aux fêtes les plus solennelles du culte romain, celles de Jupiter et de Mars. Ces dieux avaient déjà leurs flamines; Mars avait même un collège de Saliens exclusivement consacrés à son service. Cependant les Pontifes, en provoquant peut-être des innovations de détail, parvinrent à jouer un rôle dans ces deux cultes.
Celui de Jupiter s'ouvrit facilement à leur ambition : il
(1) Liv. XXI, 62. XXXV, 9. XLII, 50. J. Obseq. passim. Lucnn. Phars. J,59i sqq. — (î) Fesl.p. 218. Macr. III, a, 41-15 [AlarquardL Handb. IV, p. 266-267J.
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s'était transformé sous Tinfluence des idées grecques et le Flamen Dialis ne suffisait plug aux exigences d'un dieu qui aimait les jeux, les cortèges pompeux et qui invitait le Sénat à dîner au Capitole. Ce banquet (epulum Jovis) faisait partie intégrante des jeux célébrés en l'honneur de Jupiter. Il était, avec le sacrifice qui le précédait, la fête religieuse au milieu des amusements populaires : aussi les Pontifes avaient-ils soin de le fixer aux Ides, jour de Jupiter, Ides de sept, pour les jeux romains, Ides d'oct. pour les jeux Capitolins, Ides de nov. pour les jeux Plébéiens. Jupiter, fardé et parfumé, Junon et Minerve, étaient au nombre des convives. Leur présence devait interdire aux simples mortels celte expansion sans laquelle la meilleure chère n'a point de saveur. Comparés aux repas de corps dans lesquels les collèges sacerdotaux déployaient le luxe le plus raffiné, les banquets du Capitole n'étaient que des corvées, et nous croyons qu'il ne faut pas chercher ailleurs, cpmme l'ont fait tant de critiques, cet epuhim dicis causa dans lequel les Pontifes € festin aient pour la forme *. d L'exemple de Jupiter fut contagieux : les banquets sacrés se multiplièrent avec les jeux ordinaires et extraordinaires et même en dehors* des jeux, à l'occasion des dédicaces, des triomphes et d'autres solennilés. Les Pontifes ne pouvant plus suffire à tant de devoirs nouveaux demandèrent qu'on donnât aux dieux des majordomes en titre, les lllviriy bientôt Vllviri Epulones, institués en 196 sur la proposition du tribun C. Licinius Lucullus *.
L'autorité disciplinaire que les Pontifes exercèrent, après l'expulsion des rois, sur le Flamen Dialis, leur permit même de s'essayer aux fonctions du plus saint des sacerdoces. Le P. M. étant dans la hiérarchie sacerdotale le supérieur du flamine de Jupiter, en conclut qu'il pou-
(0 PJia. XXVIÎI, 5. [J. Marqanrdt, Eandb. IV, p. 48i, A. i076.] -l2)LiY. XXXllI, 42.
884 FONXTIONS SACERDOTALES DES PONTIPES.
vait au besoin le remplacer et le remplaça en effet dans plusieurs circonstances € sj flamen valetudine aut munere publico impediretur ^. i> Cette facilité de substitution faillit même faire disparaître, à la fin de la république, le sacerdoce de Jupiter dans lequel personne ne voulait plus ensevelir son ambition et sa liberté. Après la mort de L . Cornélius Merula, victime des proscriptions de Marins, Jupiter n'eut pendant 75 ans d'autre prêtre que le P. M. (p. 216), et cet intérim aurait pu se prolongçr indéfiniment si le prince, devenu P. M., n'eût trouvé le flaminat incompatible avec ses devoirs.
Quoi qu'il en soit, le sacrifice offert à Jupiter sur le Capitole aux Ides de mars était offert par la main du P. M. assisté de la grande Vestale et des Saliens que l'on retrouve partout dans la saison de leurs pérégrinations *. Cette cérémonie, qui coïncidait avec la fête d'Anna Pc^ renna^ avait ^jour but d'atiirer les bénédictions célestes sur l'année qui venait de commencer aux Kal. précédentes. La présence du P. M. et de la grande Vestale, représentants de l'Etat considéré comme association religieuse, montre que ce sacrifice s'accomplissait au nom de la société entière. On ne saurait décider s'il est d'institution pontificale ou si le P. M. s'y était créé un rôle en usurpant les fonctions du flamine ou du Beœ.
Enfin, les Pontifes paraissent avoir pris part au sacrifice ordinaire des Ides (Idulia) que le Rex offrait sur le Capitole ^.
Le culte de Mars fut moins envahi par les prétentions sacerdotales des Pontifes. Plus fortement et plus anciennement constitué que celui de Jupiter, il résista mieux aux innovations. Cependant, on dirait que le P. M. habitant la Regia après Numa, et profitant peut-être de quel-
(1)Tac. Ann. Hî, 58. — (!) lo. Lvd, Mena IV. ?6. Kal. a. d. — (a) Fcsl. p. tUo. Macr. 1, 15. -17. Ovid. FasL 1, 55. 3^7. Plul.