‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 71 sur 117 · CÉRÉMONIES EXPIATOIRES · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIES EXPIATOIRES

crifices expiatoires dans le bois de Diane à Aricia i, et jusque sur les bords du lac Averne et du lac Lucrin troublés dans leur repos par les travaux d' A grippa .

Les Pontifes prêtaient leur ministère à des expiations bien autrement terribles. 11 faut inscrire au nombre des cérémonies pontificales le sacrifice affreux ordonné par César, P. M., en 46, après une sédition militaire. Deux soldats furent dévoués et immolés solennellement, selon le rite observé pour le sacrifice du cheval aux Ides d'octobror ^, par les Pontifes et le flamine de Mars, pour venger la discipline outragée. «Je n'en saurais dire la raison, ajoute Dion Cassius (ce ne fut en effet ni en vertu d'un oracle sibyllin, ni à raison de quelque révélation analogue); quoi qu'il en soit, ce fut dans le champ de Mars, par les Pontifes et par le flamine de Mars, qu'ils furent immolés, et leurs têtes furent exposées auprès de la Regia ^. 3> 11 semble que César ait voulu monti*er aux Romains que la religion était la première à reconnaître sa dictature et qu'un ordre de lui valait bien un oracle de la Sibylle.

Enfin le devoir le plus douloureux des Pontifes était la sépulture des Vestales incestueuses. Cette lugubre cérémonie était un sacrifice offert par le P. M. à Vesta, sacrifice inventé par la simplicité barbare des générations primitives qui ne connaissaient point les substitutions et effaçaient le sacrilège en livrant aux dieux la tel e de son auteur. Il parait qu'à l'origine les Vestales coupables étaient lapidées ^ : le rite que nous allons décrire daterait du règne de Tarquin l'Ancien ^. « La vestale qui a violé son vœu de virginité, dit Plutarque, est enterrée vivante près de la porte Colline. Il y a dans cet endroit, en dedans de la ville, un tertre d'une assez longue étendue, qu'en

0) Tac. Ann. XII, 8. — (2> Philargyr. G(org. 11, «6?. — (3) Fest. p. «78. PhuI. p no. Plut. Q. R. 97. — (4) l)io Cass. XLIII, 24. — (5) C-jdreuus, Compend. p. i48. Saidus, s. ?. Nojjjuxç, — (6^ Dion. 111,67,

288 PONCTIOIfS SACERDOTALES DES PONTIFES.

latin on appelle agger. On y construit un petit caveau où Ton descend par une ouverture pratiquée à la surface du terrain. Il y a dans le caveau un lit, une lampe allumée et une petite provision des choses nécessaires à la vie ; du pain, de l'eau, un pot de lait et un peu d'huile, comme pour dissimuler qu'on force à mourir de faim une personne consacrée par les plus augustes cérémonies. Celle qui a été condamnée est mise dans une litière qui ferme exactement et qu'on serre avec des courroies, de manière que sa voix ne puisse pas même être entendue, et on lui fait traverser le Forum. Il n'est point de spectacle plus effrayant à Rome, point de jour où la ville présente un plus lugubre aspect. Quand la litière est apportée au lieu du supplice, les licteurs délient les courroies. Le P. M., avant l'exécution, fait certaines prières secrètes et il lève les mains au ciel. Il tire ensuite de la litière la patiente couverte d'un voile, la met sur l'échelle par où Ton descend dans le caveau, puis s'en retourne avec les autres prêtres. Elle arrivée au bas, on remonte l'échelle et l'on recouvre le caveau en y amoncelant de la teiTe jusqu'à ce que le terrain soit de niveau avec le reste de Yaggtr ^ > Denys ajoute encore à cet efiroj able supplice une flagellation préalable *.

Le môme historien prétend que la loi refusait aux mânes des infortunées toute consolation; mais un passage de Plutarque semble prouver que les Pontifes allaient chaque année offrir sur la tombe de leurs victimes le sacrifice des parentalia ^. Ce pieux devoir ne doit point être compté parmi les fonctions sacerdotales des Pontifes, car ils l'accomplissaient moins à titre de ministres du culte public qu'en qualité de pères spirituels de la communauté à laquelle appartenaient les pauvres égarées.

(H) Plul. JVMwa, '0 IraJ. Ticrron. — (?) Dion L\, 40 —(3) PIul. Q. E 00.

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