‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 72 sur 117 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

L'étude des attributions pontificales nous éloigne de plus en plus du point de départ. Numa avait créé un conseil de théologiens chargés de conserver intactes les* sources de la tradition et d'éclairer par leur science les décisions du chef de la religion; la force des choses élargit le cercle de leur compétence en ajoutant à leurs pre* miers devoirs des fonctions sacerdotales ; enfin, des événements historiques, qui ont exercé sur la société romaine tout entière une influence durable, donnèrent au collège une autorité administrative qui le porta du même coup au sommet de la hiérarchie sacerdotale.

Avant rétablissement de la république, cetfe hiérarchie 'relevait entièrement du Roi qui possédait la plénitude du sacerdoce et choisissait lui-même ceux auxquels il voulait en déléguer une partie. L'expulsion des rois désorganisa cette administration religieuse en lui enlevant son chef. On sait à quel subterfuge la république eut recours pour combler le vide laissé par la chute d€ la royauté^ tout en conciUant la lettre de la loi reUgieuse avec l'esprit des nouvelles institutions. Le sacerdoce royal, particulièrement consacré à Janus, fut conféré à un prêtre décoré du litre de Roi (Rex sacrorum) et qui dut à ce titre imposé par la tradition, mais chargé des malédictions de tout un peuple, d'être tenu en tutelle et

retranché pour ainsi dire de la société politique. Ce n'est pas à ce Roi, systématiquement humilié, que TÉtat pouvait laisser le pouvoir administratif exercé jusque-là par les rois ; car ce pouvoir était un instrument de domination. Les consuls n'étaient point aptes à une fonction intimement liée à une dignité sacerdotale dont ils n'avaient point hérité. Le peuple n'avait pas encore la conscience de sa souveraineté, et ne songeait pas à réclamer la direction des affaires religieuses.

Cependant, le corps sacerdotal, livré à lui-même pendant les années d'hésitations et peut-être d'anarchie qui durent former la transition entre le régime monarchique et le régime républicain, cherchait à se donner une •constitution moins autoritaire. Les collèges, créés par la monarchie, et jusque-là dépendants du roi, formèrent des corporations autonomes, à Texemple des sodalités créées par l'âge patriarcal : ils eurent leurs magistri ou présidents annuels et recrutèrent leurs membres par leur libre choix (cooplatio). Le collège pontifical suivit le mouvement général et se donna un Pontifeœ Maximus^ nommé à vie. Peut-être ne fit-il que confirmer les pouvoh's de son président, car il est probable que les rois, comme plus tard les empereurs, avaient un vicaire au sein du collège (p. 9). Les sacerdoces individuels ne "pouvaient arriver à l'indépendance que par l'hérédité ; et l'hérédité, outre qu'elle est longue à s'étabUr, n'était pas dans les habitudes de la nation. Ils devaient donc rester sous la tutelle d'une autorité. Or, il n'y avait dans toute la société d'autre autorité compétente que celle des théologiens officiels qui, seuls, connaissaient les devoirs et la valeur relative de tous les sacerdoces. Ce fut la force des choses qui, dans de pareilles circonstances, fit tomber aux mains des Pontifes le pouvoir administratif arraché à la royauté .

L'Etat, enfin reconstitué, reconnut cet état de choses,

LE P. M. HÉRITIER DES ROIS. S^f

rindépendance des collèges, et la juridiction ponHficala étendue à la plupart des sacerdoces individuels. Cetlu juridiction était exercée tout entière par le P. M. car lo collège pontifical, tout en réservant les droits de ses membres dans les questions liturgiques, avait remis rautorite administrative à son président, soit pour en rendre rexercice plus facile, soit pour conserver autant que possible les usages de la monarchie.

Il ne sera donc question, dans ce livre, que du P, M, Cestlui qui nomme aux sacerdoces, lui qui applique les règlements disciplinaires. Et dans tous ses acte^j il n'agit pas comme représentant de ses collègues, responsable devînt eux. Cette autorité absolue et irresponsable a une autre origine : c'est la royauté spirituelle, détachée pour cinq siècles du pouvoir temporel^ jusqu'à ce que rbêriLier de Jules César les réunisse de nouveau pour en composer le despotisme parfait.

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