JURIDICTION DU P. M. SUR LES FLAMINES
C* Valerius Flaccus parvint à la préture urbaine en 183. Désormais, toutes les magistratures civiles furent accessibles au Flamen Dialis : mais il ne put jamais, même sous l'Empire, obtenir un commandement militaire ou le gouvernement d'une province. Ses devoirs le .retenaient non-seulement en Italie, mais à Rome, d'où il ne devait pas s'absenter même pour une nuit *. La tyrannie de la coutume le suivait, comme on le voit, jusque dans la vie * privée. Cette défense de s'éloigner de Rome fut quelque peu mitigée par les Pontifes. Le flamine put s'absenter pour une nuit depuis le temps de Camille, pour deux nuits depuis le temps de Fabius Pictor *. Sous le règne de Tibère (22 ap. J.-C), un décret pontifical autorisa le P. M. à prolonger ce délai s'il le jugeait à propos, pour raison de santé et à condition que le service du culte n'en souffrirait pas : <3C Quoties valetudo ddversa flaminem Dialem tncessisset, ut Pontificis Maximi arbiirio, plus quàm binoc- Hum abesset; dum ne diebus publici sacrificity neu saepius quàm bis eumdem in annum ^. î) Le maximum de durée des absences permises au flamine parait avoir été fixé depuis lors à trois nuits *. 11 dut renoncer non-seulement à gouverner des provinces, mais même à suivre le beau monde a Baies.
L'obligation de vivre sous le régime du mariage religieux avec interdiction du divorce était aussi une grave restriction à la liberté individuelle du flamine. Les Pontifes la maintinrent néanmoins ; des concessions en cette matière auraient compromis le culte de Junon, dont le soin était dévolu à la Flaminica, culte si intimement uni à celui do Jupiter, que le Flamen Dialis déposait son sacerdoce en perdant sa femme. Domitien, en sa qualité de P. M., permit au Flamine de répudier sa femme, mais
(0 Liv. V, 5i. — (2) Ut. V, 42. Gell. X, 45. — (3) Tac. Ann. llf, 71. — (4) Plut. 0. B. 40.
cette innovation, fantaisie d'un tyran scandaleux, ne put prévaloir contre Tauslère tradition du passé (p. 215).
En somme, l'autorité pontificale montra dans la direction des Flamines sa sagesse ordinaire. Elle sut faire fléchir à propos les règlements, accorder les libertés qu'elle n'aurait pu refuser longtemps sans provoquer une intervention du pouvoir public, et émanciper peu à peu 'les flamines inférieurs pour mieux dominer celui qui représentait le sacerdoce idéal, dégagé de toute préoccupation terrestre.
III. Juridiction du P. M. sur le Rex sacrorlm. — La juridiction du P. M. sur les Vestales et les Flamines, qui étaient primitivement les délégués du roi, s'explique naturellement : mais l'autorité qu'il exerça sur le Sosie républicain du roi, le Hex sacrorum^ qui tenait au sommet de la hiérarchie sacerdotale la place du roi *, doit son origine à une modification artilicielle de l'organisation reli • gieuse. Tite-Live attribue au gouvernement républicain l'intention de tenir le Rex dans un état de dépendance qui prévînt chez lui l'éveil de l'ambition : <r Reyem sacrificulum créant. Id sacerdothim ponti/ici subjecere, ne addiius nomini honos aliqxiid Hbertatiy cujus tune prima eratcxira^ offlceret ^. D Le Rex y dépouillé de tout le pouvoir spirituel possédé par les souverains de l'âge précédent, ne fut j)lusquele prêtre de Janus, soumis, comme les flamines, au pouvoir disciplinaire du P. M.
Le mode de promotion du Rex est assez mal connu. Si la république avait conservé les anciens usages, il aurait été élu, comme les rois, par les comices ; mais le gouvernement dut éviter à dessein de rappeler ainsi au subordonné du P. M. ce que signifiait - autrefois un pareil titre, conféré par les suffrages de tout un peuple. Denys fait
(4)Fest. p. 485. - (t) Liv. II, t. Cf Dioa. IV, 74. V, 4. Plut. O.R. 6i.