‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 84 sur 117 · ABSENCE DE CASTE SACERDOTALE · texte numérisé non relu

ABSENCE DE CASTE SACERDOTALE

Avant et après l'âge d'or de la république romaine, ces sages précautions furent moins strictement observées* Sous la domination du patriciat, l'intérêt de caste rapprochait suffisamment les collèges, exclusivement patriciens, du Sénat composé d'une majorité patricienne et d'une minorité plébéienne satisfaite : à l'époque de la décadence, l'intrigue et les progrès funestes du principe d'hérédité remplirent les collèges déjeunes gens. Il y en avait plus d'un, au temps- de Cicéron, dans le collège des Pontifes, car L. Pinarius Natta n'est pas le seul qu'il traite d'adolescent dans son plaidoyer Pro domo *. Mais, dans cette agonie de la république, ce n'était point entre l'État et la religion qu'une rupture était à craindre. La religion ne joua aucun rôle dans la grande crise qui rétablit la monarchie : les augures qui, dans le camp de Pompée, démontraient l'illégalité des actes de César, au point de vue de la théologie, changèrent de langage après Pharsale, et de son côté César ne songea pas à se prévaloir^ pour prouver la justice de sa cause, de son titre de P. M.

Le régime impérial lit revivre les traditions de l'ancienne royauté, et réunit le pouvoir religieux au pouvoir civil dans la main du souverain. L'État et la rehgion se confondirent de nouveau, mais malheureusement pour s'absorber dans la volonté d'un despote. A partir de ce moment, il devient inutile de phercher quels furent leurs i-apporis et leur inlluence réciproque : au Sénat comme dans les collèges, où les petits Césars entrent au sortir du berceau, on n'entendait qu'une voix, celle du prince.

En résumé, la parfaite concorde qu une origine commune avait établie entre l'État et la religion ne fut jamais troublée, quoique la transformation progressive des mœurs ait fait passer la prépondérance de la religion à l'État, parce que ces deux grandes institutions n'étaient que

(I) Cic. Pro domo, 45.

318 AUTORITÉ ADMIiNISTBÂTIYE DKS PONTIFES.

deux aspects différents de la cité, séparés par l'abstraction, mais intimement unis dans la réalité. Lorsque la république eut séparé les deux pouvoirs dont la réunion constituait Tautorité royale, ces pouvoirs furent encore réunis de fait dans les mains de Télite des citoyens. Enfin, l'État avait eu la précaution de ne point accorder aux prêtres de privilèges qui les eussent mis en dehors du droit commun. II ne leur reconnaissait, en dehors de leurs fonctions propres, que la qualité d'hommes privés \ et ne leur permit pas de s'abriter derrière une inviolabilité et une inamovibilité usurpée. Cette prudence porta ses fruits. L'État se servit de la religion sans être dominé par elle, et l'histoire de Rome, comme celle de la Grèce, n'offre nulle trace de cette lutte perpétuelle entre l'Église et l'État, qui, depuis dix-huit siècles, se disputent la diirection des sociétés, et introduisent dans l'homme obligé de livrer à l'une le gouvernement de son àme , à l'autre la puissance sur son corps , une discorde intérieure que ne connaissait point la sérénité antique.

(<)tCic. CatU. I, t. Off. I. î?. (V. conlra, Vell. Pal. II, 3. Cuper; J^ot, in Lact 459 *).

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