PONTIFICAT D£ TITUS RT PB DOMITIEN
Vitelliens, et son goût pour Tadministration, en nommant vingt fonctionnaires en un jour, Vespasien n'était pas encore arrivé à Rome que le sensible Domitien voulut faire une révolution dans la liturgie en défendant d'immoler des bœufs ^ Un pareil édit eût pu le brouiller avec Jupiter.
Cependant Jupiter n'eut qu'à se louer de Domitien empereur. Le temple du Gapitole, relevé par Vespasien mais fortement endommagé par Tincendie qui éclata sous Titus, fut rebâti et achevé en 82 *. Domitien s'occupa .de cette construction avec tant de zèle qu'il attachait aux matériaux eux-mêmes un caractère sacré : il fit 'détruire un tombeau qu'un de ses affranchis avait élevé et jeter à la mer les cendres qu'il contenait, parce que ce tombeau était construit avec des pierres destinées d'abord au' T. de Jupiter ^. A cette occasion, ou peut-être quatre ans plus tard, Domitien fonda des jeux quinquennaux enThonneur de Jupiter Capitolin * : enfin, trouvant trop mesquin pour sa reconnaissance le sanctuah*e qu'il avait élevé à Jupiter Conservateur, il éleva au dieu, décoré cette fois de l'épithète de Cuslos^ un vaste temple dans lequel il s'était fait représenter entre les bras de son protecteur. Sa reconnaissance fut aussi grande que l'avait été sa peur. Il n'oublia pas non plus Isis, dont les prêtres l'avaient caché au milieu d'eux lorsqu'il était fugitif et proscrit : Rome fut dotée par lui d'un Iseum et d'un Serapeum ^.
Minerve, qui lui donnait uoe si bonne mémoire, vit son culte, assez négligé jusque-là, prendre rang parmi les dévotions à la mode. Domitien allait chaque année en personne célébrer sur le M' Albain la fête des Quinquatrus ; il fonda même un collège de prêtres de Minerve chargés de donner, en l'honneur de la déesse, de splendides com-
(<) Suet. BomU. 9. — (2) Eckhei. D. N. VI, p. 377. — (3) Suel. Domtï. 8— (4) Suel Domtï. 4. Quintil. 111,7, 4. Herodian. I, 9. Orell, 1683. l. R. N. 6î5«. — (6) Eutrop. VII, 23,
. à63 HISTOIRE DU COLLÈGE DES PONTIFES.
' bats de bêtes, des jeux scéniques, des concours de jeux et dé poésie ^
Les Vestales, habituées à Tindulgence de Vespasien et de Titus, tremblèrent devant le nouveau Pontife qui voulait réparer par sa sévérité tout le mal qu'il faisait par ses exemples. Les deux sœurs Ocellatae et une troisième vestale, Varronnilla, furent mises en jugement. Domitien prononça à cette occasion devant le collège des Pontifes un de ces réquisitoires dont il avait le secret, qui commençaient par des tirades philanthropiques et finissaient par une sentence de mort. Ses conclusions frappèrent d'une telle horreur un des Pontifes présents, Helvius Agrippa, qu'il tomba frappé d'apoplexie*. Cependant Do* mitien permit aux condamnées de choisir le genre de mort qu'elles préféraient, et l'exil fut le seul châtiment de leurs séducteurs (83). Il mêlait encore à toutes ses actions une certaine dosé d'hypocrisie. Mais, vers la fin de son règne, aigri par la perte de ses cheveux et le désespoir de ne pouvoir tuer son successeur, il appliqua la peine de mort à la grande vestale Cornelia, déjà épargnée par Vespasien, et à ses amants. Elle fut enterrée vive, et eux furent battus de verges sur le ComiUum jusqu'à la mort (91).
Domitien, avide de fêtes, qui l'aidaient à porter le poids de son oisiveté mélancolique, sut inauvais gré à l'empereur Claude de la correction malencontreuse apportée par ce prince au calcul des siècles. Cette correction reculait les prochains jeux séculaires jusqu'à Tannée 147, tandis que le siècle de 110 ans compté à partir des jeux célébrés par Auguste, finissait en 93. Domitien en revint au système d'Auguste et n'eut même pas la patience d'attendre l'année 93, car il célébra les jeux l'an 88, 105 ans après ceux d'Auguste et 41 ans après ceux de Claude.
(4) SueU Omit 4. Dio Cass. LXVII, 4. •* {i) Dio Cass. LXVII, 3