‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 92 sur 117 · PONTIFICAT DE D0M1TI£N · texte numérisé non relu

PONTIFICAT DE D0M1TI£N

JLes dernières années du règne de Domitien rappellent les folies de Caligula. Le prince commençait lui-même son apothéose ; il voulait jouir de sa divinité. Vespasien sentait sur son lit de mort qu'il devenait dieu : Domitien le sentit au lendemain de ses ridicules triomphes sur les Germains et lesDaces (89). Il commença par montrer une certaine froideur à Jupiter Capitolin dont il avait été jusque-là un adorateur fervent. Après sa victoire sur les Sarmates, il n'offrit au dieu qu'une couronne de laurier ; il est vrai que, pour une victofre imaginaire, c'était beaucoup. Il porta atteinte à la majesté austère du sacerdoce de Jupiter en permettant le divorce au Flamen Dialîs. Enfin, il' encombra le Capitole de ses statues, et Ton vit aussitôt ses flatteurs traîner et égorger au pied de ses images des troupeaux de bœufs qui gênaient la circulation sur le Forum. 11 était défendu de l'appeler autrement que dominus et Deus.

Le poignard de Stephanus lui ouvrit la voie ordinaire de l'apothéose, mais il ne jouit pas après sa mort des houneurs qu'il avait usurpés pendant sa vie. Loin de lui élever des statues, on fondit les siennes avec d'autant plus d'empressement qu'elles était toutes, d'après ses ordres, en or ou en argent (96).

Le règne de Nerva (96-98) ne fut que la préface de celui de Trajan (98-117). Cependant le vieil empereur usa de son autorité religieuse pour supprimer une quantité de jeux et de sacrifices *. Trajan était à Cologne lorsqu'il apprit la mort de son père adoptif. Il prit aussitôt la pourpre et le titre de P. M. qui apparaît dès l'an 98 sur ses monnaies *. L'homme qui refusait le consulat pour l'année 99, parce qu'il ne pouvait en remplir de si loin les fonctions ^, aurait dû à plus forte raison, s'il était consé-

(4) Dio Cass. LXVIII, t. — (î) H. Cohen, Traj. î-8, etc. - (3) Plin. Panegyr. 60.

?6V HISTOIRE DU COLÎjfeGt DES PONTIFES.

quent, différer jusqu'à son retour sa prise de possession du pontificat. Quoi qu'il en soit, Trajan fut incontestablement le chef de la religion après son retour, qui eut lieu dans le courant de l'année 99. Tout entier à ses conquêtes et à ses bâtiments, il eut peu de temps à consacrer aux affaires religieuses. Aussi ne chercha-t-il pas à étendre, au profit de la centralisation administrative, les attributions de la chancellerie pontificale. Lorsque PUne, gouverneur de Bithynie, lui écrivit pour lui demander jusqu'où allaient les pouvoirs des gouverneurs dans les questions qui à Rome étaient du ressort des Pontifes, il fit sentir au vieux courtisan ce qu'il y aurait de monstrueux à obliger les habitants des provinces les plus reculées de l'empire de demander à Rome la permission de déplacer un tombeau ou d'opérer une exhumation. Nous insérons ici le décret pontifical de Trajan, qui fixa définitivement un point de droit administratif, (n Durum est injungere necessitatem provincialibus Pontificum adeundorurriy si reliquias suorum propter alignas jvstas causai transferre eœ loco in alium locum velint. Sequenda igitur tibi exempla sunt eorum qui isti provinciae praefuerunt et ex causa cuique permittendum autnegandumi. i>Mais Pline ne se lassait point de recourir à la science du P. M., et ses questions obUgèrent Trajan à aborder les points les plus déUcats du droit pontifical. Tantôt il décide que l'on peut transférer un T. de la Grande Mère, parce qu'il a été bâti par les Nicomédiens et que le sol d'une ville étrangère n'est pas susceptible d'être consacré selon le rite romain ; tantôt il recommande à Pline de ne pas construire sur un emplacement consacré à Claude, m nam sifactaaedes esset^ licet collapsa sity religio ejtis occupavit solum *. i) Il était mieux dans son rôle lorsqu'il se montrait a vraiment Pontife :>, comme le dit une inscription plus spirituelle peut-

(4) Plin. Efrist. X, 73-74. — («) Piiu. Efist. \, 58. 59. 76.

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être qu'authentique <, en jetant un pont sur le Danube. Trajan mourut sans avoir trouvé Thomme de bien qu'il cherchait pour lui succéder. Plotine donna l'empire à Hadrien (11 7).

L'élévation d'Hadrien était irrégulière : il avait pris le titre d'empereur et même celui de P. M. en Syrie, sans consulter le Sénat qui dut se contenter de ses excuses et ratifier les faits accomplis 2.

Rome eût pu craindre un plus mauvais choix. Elle avait pour maître un homme dont les vices mêmes lui furent utiles. Ce misanthrope qui méprisait les hommes et faisait bon marché de la reconnaissance, qui s'aimait assez lui-même pour n'avoir pas besoin de Taffection des autres, était par là même soustrait à toutes les influences qui auraient pu entraver la réforme administrative à laquelle il se consacra tout entier. Il entreprit une guerre aux abus, non par philanthropie, mais parce qu'il trouvait le rôle de providence digne de lui. Pour cela, il fallait tout voir, et Hadrien ne voulait point voir par les yeux des autres. Aussi, deux ans après son entrée à Rome, il commença ses longues pérégrinations 5 travers l'empire. Mais avant de quitter Rome, il dut s'assurer que rien ne souffrirait de son absence. L'expédition des affaires religieuses réclamait la présence du P. M. Cette considération avait retenu en Italie les P. M. républicains jusqu'à P. Licinius Crassus (131) ; elle n'y avait pas enchaîné les princes, mais aucim d'eux jusqu'ici n'avait été absent par système et n'avait adopté un genre de vie cosmopolite. Il fallait donc ou que les actes de la chancellerie pontificale allassent chercher aux extrémités de l'univers la signature du prince, ce qui était impraticable ; ou que le prince renonçât à les contrôler, ce qui équivalait à l'abandon du pouvoir spirituel. Hadrien évita l'un et l'autre in-

(i) Grat. 162, 6. — (S) Spartian. Haâr. 6. [Tiliemont, II, p. ÎM ,

3^6 Histoire dû golliègë des PONtiPËs.

convénient en déléguant son autorité pontificale à un suppléant, qui prit le titre de promagister collegii pontificum. L'existence de ces vicaires spirituels n'est attestée par les inscriptions qu'à partir du règne d'Antonin-le-Pieux, sous lequel nous trouvons, à la date de Tan 155, un permis d'exhumation demandé par un certain Velius Fidius et délivré par Jubentius Celsus, promagister ^ Mais cette innovation n'appartient évidemment pas au règne d'Antonin, qui ne sortit jamais d'Italie, et ne s'éloignait de Rome que pour aller, dans ses terres de Campanie. Il faut donc l'attribuer à Hadrien ou àTrajan, et les circonstances nq^s semblent décider la question en faveur d'Hadrien *. Les inscriptions nous ont conservé le nom de quelques promagistri des IIP et IV siècles ; tels sont Julius Rufinianus Ablavius Tatianus <c pontifici Vestae matris et in conlegio pontificum promagistroy j> L. Fui vins Gavius, etc., € pontifici promagistrOj j> Portius Acillius Lucillius Vitrasius, etc., M. Aurelius Consius Quartus Junior ^. Ce dernier porte le titre de a promagistro iternm^ }> d'où l'on peut conclure que la dignité de promagister n'était point conférée à vie, et même qu'elle était annuelle, car l'expression iterum est toujours employée par les auteurs pour additionner des honneiu^s dont la durée est fixe et n a pas besoin d'être autrement déterminée. Le promagister était sans doute pris dans le sein du collège et recevait directen^ept ses pouvoirs de la nomination impériale, sans qu'il fût besoin de lui conférer à nouveau le caractère sacerdotal. L'existence d'un promagister sous le règne d'Antonin montre que ces fonctionnaires, quoique destinés à suppléer extraordinairement le prince, avaient pris rang de bonne heure parmi les dignitaires ordinaires de l'empire. Les princes^ les moins occupés profitaient des loisirs que leur avait faits l'infatigable Hadrien.

(I) Orell. 4370, — (2) V. Borghesi, Bull. deU'lnstU. 4 842. p. U4. — (3)0reU. 4484. 34 j4. Î244.

Pontificat d^hadrîek. 367

Dans les courtes apparitions qu'il faisait à Rome, l'empereur touriste n'avait guère le temps de s'occuper du culte. Cependant, le même sentiment qui le portait à refaire de vieux monuments afin de les signer, ne lui permettait pas de passer à côté du vieux culte romain sans y marquer son empreinte. Il ne pouvait laisser dire qu'il y eût quelque chose au monde à quoi il n'eût pas touché. Il chercha donc dans l'histoire légendaire de Rome les éléments d'une dévotion un peu neuve. Il pensa que les Romains s'adoreraient volontiers eux-mêmes et qu'ils seraient flattés de voir afiirmer en même temps l'origine divine de leur race. Aussitôt, entre la Velia et l'amphithéâtre de Titus, sortit de terre le temple de Vénus et Rome *. L'architecte, qui n'était autre que Hadrien lui-même, se conforma aux prescriptions formulées par le collège des Pontifes à propos du T. de l'Honneur et de la Vertu (p. 137), car chaque déesse avait sa cella^ l'une tournée vers le Forum, l'autre vers le Colisée. Pour faire aussitôt entrer ce culte nouveau dans les habitudes des Romains, il le substitua à une des plus anciennes fêtes nationales, la fête des Parilia^ qui était en même temps l'anniversaire de la fondation de Rome (24 avr.) Hadrien fit ce jour-là la dédicace de son temple (130) et changea le nom de Parilia en celui de Romana (xà Pwjjiata) *.

Ce ne fut pas la seule occasion dans laquelle Hadrien usa de son autorité pontificale, car son biographe, Spartién, dit de lui : a Sacra Romana diligentissime curavit : peregrina contempsit. Pontificis maximi officium peregit ^. Les édits qu'il porta sur les sacrifices humains ^, et sur les sépultures ^, peuvent être considérés comme des décrets pontificaux.

En tout cas, il dut connaître à fond le rituel des dédica-

ce ) Dio Cass. LXIX, 4. -(2; Alhen. Deipnosoph. VIII, 63 . - (3) Sparlian. nadr, n. — (4)Porphyr. De abstin. 11,56.— (5) Dig. XLVII, 12, 3, 5.

HÈ AlSTOTRB DU GOLLÊOB DES POitTlffiS.

ces, car ces cérémonies étaient les incidents les plus ordinaires de ses voyages. Partout des temples neufs, élevés par ses soins ou en son honneur, attendaient sa main bénissante. Sur la fin de sa vie même^ il aimait à montrer que la théologie faisait partie de son savoir universel et qu'il eût pu être à la fois un Platon, un Selon et un Numa : c Ibi Graecorum more^ seu Pompilii Numae^ caerimoniaSj legesy gymnasia, doctoresque curare occoepit *.

La religion grecque reprit faveur, grâce à son zèle: les mystères d'Eleusis furent célébrés par lui, à Rome, d'après le rite athénien : c'était peut-être une manière d'apprendre au public qu'il n'avait pas, comme Néron, la conscience souillée d'un parricide.

Enfin, après vingt-deux ans de principat, la mort, qu'il avait dû prévoir puisqu'il se vantait de savoir le 1" janvier tout ce qui lui arriverait dans Tannée, vint mettre un terme à la lutte qu'il soutenait depuis si longtemps, au nom de sa gloire, contre ses instincts. Sa philosophie se démentit avant l'heure et il fallut inventer des miracles pour encourager ce vieillard irascible à souffrir.

Antonin, l'auteur de ces supercheries ingénieuses, succéda à son père adoptif (138-164). Son pontificat, comme, son règne, n'a pas d'histoire : il était le premier à jouir des loisirs qu'il laissait au monde. Ce n'est point pour son zèle religieux qu'il mérita d'être appelé le Pieux, ou d'être comparé à Numa. Satisfait de ce qui s'était fait avant lui, il se contenta de conserver. L'apothéose d'Hadrien, en l'honneur duquel il fonda à PuteoU des jeux quinquennaux appelés Pia ou Pialia (EixTtêsïu) (142), celle de sa femme Faustine (141) à qui il était plus facile d'élever des autels que d'attribuer des vertus, les jeux séculaires qu'il célébra, d'après le système de Claude, l'an 900 de Rome (147) et la construction de quelques

PONTIFICAT D'ANTOrrtri-LE P)BUX. 369

saricttïaires dans la ville sainte de Lanutium ^, Rirent les seuls actes t^ligieux du règne d'Aiitonin. On rie voit pas qu'à l'exemple de Titus, il ait fatigué les dieux de ses prières, lorsque la peste, la disette, Finoridation dû Tibre, Fincendie de Rome, un tremblement de terre en Asie, vinrent jeter quelque ombre sur la félicité universelle. 11 âlma mieux puiser à pleines mains dans sa cassette particulière et se résigner à tout, même à l'ingratitude du peuple qui, mal conseillé par la faim, s'oublia un jour jusqu'à lui jeter des pierres. Cependant, Antonin exerça, avec le sérieux qu'il mettait en toutes choses, ses fôrictioils de P. M. Il dut consulter, ne fût-ce que par curiosité, lefe commentaires pontificaux lorsqu'il rebâtit le pont Sublicius *. On le voit s'occuper du corps sacerdotal pour confirmer ou étendre les privilèges des prêtres^. Enfin, les Pontifes eux-mêmes le prient de statuer sur la légitimité d'un enfant posthume, question qui touchait à la fois au droit et à la théologie *.

Il mourut avec sérénité et envoya lui-même à son successeur la petite Fortune d'or qui veillait sur la destinée des princes.

Marc-Aurèle (161-180) était promis depuis plus de trente ans aux vœux de ceux qui espéraient voir se réaliser le rêve de Platon, l'union de la royauté et de la philosophie. Hadrien avait songé à lui laisser l'empire, et le lui avait du moins assuré dans l'avenir, en le faisant adopter par Antonin.

La philosophie de Marc-Aurèle était doublée de religion : le panthéisme stoïcien s'accommodait du reste parfaitement de la théologie également panthéistique des Romains. La rehgion avait été la première à f)'rendre possefsfeiott de son àme*. S'il fut uù stoïcien zèle à dtîuze atts, il

(4)CapiloliD. Anton. P. 8. — (î) Capitol in. t6id. — (3) Fragm, Vatic. 179. —(4) Dig. XXXVIII, 16, 3, 42.

avait été un Salien dévot à huit ans ^. Il avait appris par cœur le rituel du collège et rempli à merveille les fonctions de magisler^ auquel ri était arrivé en passant par les dignités intermédiaires du praesul et du vates. Antonin l'avait fait entrer dans les autres collèges ^.. Son élévation à Tempire lui donna le souverain pontificat. Marc-Aurèle, désireux de conserver sur le trône les loisirs studieux qui avaient fait jusque-là le bonheur de sa vie, partagea le titre d'Auguste et l'autorité avec son frère d'adoption L. Verus. Il devait être Tintelligence, Verus le bras de l'empire : l'un devait administrer et rendre la justice, l'autre garder, l'épée à la main, les frontières menacées par les barbares. L'autorité religieuse restait tout entière à Marc-Aurèle : le titre de P. M. fut le seul qu'il ne communiqua point à son collègue. Il est vrai que L. Verus porte le titre de P. M. sur deux inscriptions, l'une d'Ammai en Espagne ^, l'autre de Tyndaris en Italie ^; mais ce sont là des erreurs de provinciaux ou des flatteries à l'adresse de Verus.

Cette combinaison, reprise plus tard par Dioclélien. était sage, mais M. Aurèle fut malheureux dans un choix que, du reste, il n'avait pu faire Ubrement, puisque Verus avait été approché du trône par la volonté d'Hadrien qui avait jadis adopté son père. Verus préférait les orgies aux batailles ; il aimait mieux tendre des embuscades aux pro • meneurs nocturnes qu'aux ennemis , et livrer des assauts aux tavernes qu'aux villes fortifiées. Lorsque Marcus l'envoya combattre les Parthes, il resta enseveli pendant quatre ans dans les délices de la Syrie, et reparut avec les surnoms glorieux que lui avaient gagnés ses généraux. Aussi, lorsque les Marcomans menacèrent les frontières du Nord, M. Aurèle dut se résigner à endosser la cui-

(OCapilolin. Anton. Philos, 2. 4. — (î) Id. ibid, 6. — :3)C. I. L. IL 458. ^ (4) Orell.-Henzeu, 5183. Cf 1. K. IS. 44). 443. Ammian. Marccll. XXVII, 6. 4 6.

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rasse et faillit même partir seul, car Verus, qui n'espérait pas trouver cette fois Antioche sur sa route, se souciait peu d'aller faire Fapprentissage de la vie des camps, sous la surveillance de son frère (166).

MarcAurèle ne devait plus connaître le repos. Les Germains, les Parthes les Maures, Avidius Cassius, les Egyptiens eux-mêmes semblaient avoir pris à tâche de le retenir sous la tente.

Cependant, il y a place dans cette vie si occupée pour l'exercice de l'autorité pontificale. Sans parler des apothéoses d'Antonin, de L. Verus et de Faustine, qui furent des affaires d'étiquette bien plus que des actes religieux, nous voyons M. Aurèle réformer le calendrier et ajouter de nouvelles prescriptiang au code des sépultures. Un juge aussi scrupuleur, qui consacrait souvent onze ou douze audiences à un procès, ne put tolérer que, sous prétexte de religion, le calendrier mit obstacle à l'instruction consciencieuse des affaires (p. 245). La peste, que les légions rapportèrent à leur retour en Occident, l'obligea à s'occuper des sépultures, réglementées, comme nous l'avons vu, d'après les principes du droit pontifical. Il compléta ces règlements , qui s'inspiraient presque uniquement de considérations religieuses, en y ajoutant des prescriptions hygiéniques. <r Tune aiUem Antonint leges sepelienJi sepulcrorumque asperrimas sanxerimt ; quandoqxiidem cavernnt , ne uti quis vellet^ fabricarct sepulcrum; quod hodicque servatnr ^.

C'est au milieu des funérailles qu'il fallait se préparer à la guerre contre les Marcoraans. Marc-Aurèle voulut relever, par une grande manifestation religisuse, les courages abattus, et désarmer la colère céleste par d'irrésistibles prières. Il convoqua à Rome les prêtres de tous les pays, et à la lête de cette armée sacerdotale, il rassasia

(l)Capilolin. \nt. Phil. 13. Cf. Di^. XLVIl, 12, 3, 4.

372 HISTOtnE DU COIXÉOB DES PONTIFES.

de sacriBces tous les dieux de l'univers. Le sang des victimes expiatoires coula à flots, et son zèle alla si loin, que des plaisants firent circuler une épigramnie dans laquelle les bœufs blancs, menacés d'extermination, faisaient des vœux pour les Marcomans : <t Oî hvTtoi j3ô£ç Mdpxrjô tw Kaiowpi.

Il était difficile de montrer en même temps plus de dévotion et plus d'indifférence pour la forme extérieure des religions. C'est la divinité dans son acception la plus large, la grande âme de la Nature que le philosophe panthéiste prétendait honorer sous les niasques divers dont Fa revêtue l'imagination des peuples. 11 arrivait logiquement à la tolérance sans passer par le scepticisme et Findifférence : il comprenait que* la loi de l'univers est l'harmonie dans la diversité. Ne serait-ce pas au nom de cette tolérance qu'il en vint à violer la tolérance ellemême, en persécutant les chrétiens? En admettant même que les sarcasmes de S. Justin et de Tatien aient contribué à pousser son esprit dans ce cercle vicieux, et qu'il y ait eu dans sa sévérité comme une réaction de l'amourpropre blessé, n'est-il pas évident que Marc-Aurèle dut chercher à justifier ces rigueurs à ses propres yeux ? Et que put-il se dire, sinon qu'il voulait frapper dans le christianisme la seule religion qui répudiât, comme une souillure, le contact des autres cultes? Il crut supprimer le seul obstacle qui s'opposât à la conciliation universelle. Voilà pourquoi, pendant que du sein de Rome attristée, le chœur des nations dont M. Aurèle était le coryphée, confondait dans ses prières tous les noms attribués à la divinité, les chrétiens priaient sous les coups des bourreaux (166). Voilà comment le persécuteur croyait pouvoir élever un temple à la Bonté. Ainsi s'explique la défense de rechercher les chrétiens jointe à l'ordre de

(1) Ammiaii. Maroeli. XXV, 4, 47.

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