‹ Les pontifes de l'ancienne RomeChapitre 95 sur 117 · PONTIFES DE VESTA OU PONTIFES MAJEURS · texte numérisé non relu

PONTIFES DE VESTA OU PONTIFES MAJEURS

force de loi jusqu'à Borghesi qui lui opposa deé objections irréfutables ^.

Une première observation ébranle les conclusions de Noris. Le titre de Pont, major n'apparaît dans les inscriptions que vers la fin du troisième siècle ap. J.-C, et Ton peut constater que Tépithète n'était pas encore en usage en 259, tandis que le titre de Pont, mino}\ mentionné par Cicéron et par Tite-Live^, est incontestablement antérieur à Tère chrétienne. Or, est-il probable que les Pontifes de plein droit, si l'on peut employer cette expression, aient attendu plus de trois siècles pour se parer d'un titre qui a dû leur appartenir aussitôt que les anciens scribes du collège furent agrégés au collège lui-même? Enfin, un rapprochement déjà fait par Bose fournit une preuve directe de l'identité des Pont. maj. et des Pont, Yestac. Symmaque, qui porte dans les inscriptions le titre de Pont, major '^^ écrit à Vettius Agorius Prsetextatus, Pontife de Vesta ^^ comme à Un collègue : il l'invite à venir, assister aux séances du collège : <t mnlta 7wbis in collegio deliberanda sunt. y> Symmaque et Praîtextatus appartiennent donc au même corps : P. Major ^ étant synonyme de P, Vestae^ n'a pu servir à distinguer les Pontifes de Vesta les uns des autres, mais à les distinguer des Pontifes du Soleil. Ce n'est pas à dire pourtant que ce titre ait été créé de toutes pièces sous le règne d'Aurélien. P, major forme naturellement l'antithèse de P. minor, et l'opinion de Noris ne saurait être complètement erronée. Si les Pontifes avaient voulu simplement se distinguer des P. du Soleil, il leur suffisait de s'appeler les P. de Vesta. Mais ils voulaient encore proclamer leur supériorité sur le collège rival et ils ont repris dans ce but un titre qu'ils avaient dû porter au moins pendant quelque temps lors de l'institution des

(4) Bull, deirinslit. 4842. p. UO-lil. — (?) Cic. ffar. resp. 6. Liy. XXII, 57. — (3)0rell. 1181. — (4) Orcll.î3o4.

400 HISTOIBB DU COLLEGE DBS PONTIFES.

Pontifes mineurs. C'est, du reste, ce que Borghesi reconnaît lui-même, lorsque, revenant à dix ans d'intervalle sur cette question, il ajoute : ce Je soupçonnai donc que les Pontifes avaient remis en vigueur ce titre vieilli et oublié depuis trois siècles, lorsqu'il leur fallut se distinguer des Pontifes du Soleil devenus à la mode sous Aurélien ^. 3>

Désormais les deux collèges pontificaux vivront côte à côte et mourront eiisemble.

Le vieux Tacite (275 276) et après lui son frère Florianus (276) portèrent le titre de P. M. « ; ils n'ont laissé dans l'histoii'e que leur nom.

Cependant Tacite eut le temps, dans ses six mois de règne, de manifester ses préférences religieuses. Il recommanda aux Romains la dévotion à la mémoire des bons princes et ajouta en leur honneur quelques lignes au rituel. « Divorum templum fieri jussit, in quo essent statuac Principumbonorum : ila ut iisdem, natalibus suis et Parilibus et Kalendis Jànuariis et votis, libamina ponerentur . ^ Cette dévotion philosophique promettait d'être moins coûteuse que le culte somptueux du Soleil ; c'était là un avantage aux yeux de Tacite qui n'aimait pas à enrichir les prêtres et qui faisait porter dans ses cuisines les victimes qu'il sacrifiait.

Le calendrier subit aussi une petite modification : le prince donna son nom au mois de septembre qui en avait déjà porté tant d'autres, et qui devait finalement garder celui qu'il norte encore aujourd'hui.

Probus fit confirmer son élection par le Sénat La, dignité pontificale est expressément mentionnée parmi celles qui lui furent attribuées par le SC*. Les barbares et les usurpateurs, Saturninus, ProcuUis et Bonosus, ne

{{) Bull, deirinslil. ^n^i, p. 55. — (â) Orell. 4036. 4037.— (3) Vopisc. Tar, 9. — (4) Vopisc. Probus^ H.

nÉFOBMES DE DIOCLÉTIEN. 40 1

lui permirent pas de prêter beaucoup d'allention aux formalités religieuses. Cependant, on voit par ses lettres au Sénat qu'il préférait aux dévotions à la mode le culte traditionnel : c'est à Jupiter Capitolin qu*il ordonne d'adresser des actions de grâces pour la défaite des Germains^.

Carus (282-284) qui prit la pourpre loin de Rome, n'attendit pas l'approbation du Sénat pour s'attribuer les titres impériaux et associer à l'empire ses deux fils, Carin paraît avoir paitagé avec son père le pontificat * ; mais Numérien se contenta du titre de César.

La mort de Carus et de Numérien (284) et la défaite de Carin à Margus laissèrent l'empire aux mains de Dioclétien (285).

L'étude du système administratif inauguré par Dioclétien, est en dehors de notre sujet. Nous ne savons de quelle façon le réformateur entendait partager l'autorité pontificale. Mais, après trois siècles d'union intime, le pouvoir temporel avait si bien absorbé le pouvoir spWtuel, que le second suivait nécessairement la fortune du premier. On sait d'ailleurs, par les lettres de Trajan a Pline, que, depuis longtemps, les questions d'administration religieuse étaient tranchées par les gouverneurs, quoiqu'ils n'eussent aucun caractère sacerdotal : tant il est vrai que l'autorité impériale conservait nécessairement sa double compétence, même aux mains de ses délégués. Il est donc évident que les deux Augustes et les deux Césars se par« tagèrent le pouvoir spirituel dans la même proportion que la souveraineté temporelle et l'exercèrent dqinsle domaine qui leur était attribué.

Quant à la question de forme, Dioclëtien suivit Tusage reçu depuis Pupien et Balbin. Le titre de P. M. fut atta-

(I) Vopisc. Probus, 45. - («) Cohen, Cartw, 10, 39. Orell. 4014.

ché au rang d'Auguste, de sorte que l'empire ne devait jamais avoir plus de deux Souverains-Pontifes* à la fois. Toutefois, quoiqu'il n'y eût point là d'innovation apparente, le partage de l'empire achevait d'enlever au titre de P. M. sa signification traditionnelle. Jusque-là, le sou- , verain pontificat n'était autre chose qpe le droit de présider le collège des Pontifes et de parler en son nom ; sous Dioclétien, il se sépare du collège ; car l'Auguste d'Orient ne pouvait passer pour le président et l'organe des Pontifes de Rome, sujets de son collègue ; et cependant, son autorité n'en était pas amoindrie.

Du reste, précisément à cause de l'inséparabiUté des deux pouvoirs, le titre de P. M., dont les anciens empereurs avaient soin de se parer dans toutes les inscriptions, devient d'une importance secondaire. Depuis Dèce, il disparaît presque complètement des monnaies, qui se sur • chargent de formules adulatoires. On ne le trouve qu'une fois sur les médailles de Dioclétien, et deux fois sur celles de Maximien Hercule ^. Ce silence des monuments ne nous permet pas de constater si, dans les longues guerres civiles qui préparèrent le règne de Constantin, le pontificat resta toujours officiellement^attaché au nom d'Auguste. Nous voyons seulement que Constance Chlore .prend la qualité de P. M. * en même temps que celle d'Auguste (305), que Maxence l'usurpe ^, et que Licinius, déclaré Auguste par Galère en 307, est qualifié de P. M. en 312 *. C'en est assez pour que nous ajoutions à la listo des P. M., d'abord ce Carausius qui gouverna la Bretagne^ de 287 à 293, accepté comme troisième frhre par Dioclétien et Maximien *^, ainsi que Sévère et Maximin Daza. Il jparaît même que Max. Daza s'occupa beaucoup de religion et organisa hiérarcliiquement tout un clergé païen en

(0 ColiPn, JHocL «87. Maxim, 7H. 355. — (2) Or.-nenzen, 5563. C3; Orell. 406H. — (4) Or.-Uenzen, 5568, — (5) Cohen, T. V, p. 639.

UCIMIU3 ET CONSTANTIlf. 4*5

Orient : e 7iovo more Sacerdotes Maœimos per singulas ctvttates cxprtmoribusfedt...y parumque hoc fuit nisi etiameco provinciis ex alliore dignitatis gradu singulos quasi Ponti^ fices superponeret, et cos titrosque candidis chlamydibus orna-tos jussit incedere i> *. Huit années après l'abdication de Dioclétien, la mort avait éclairci les rangs des prétendants. Galère le persécuteur venait d'expirer après avoir vainement essayé de désarmer le Dieu des chrétiens (311) : Sévère (307), Maxence (312), Maximin (313), avaient été emportés par les guerres civiles. Licinius et Constantin restaient seuls en présence • Ils se tendirent la main et leurs premières entrevues furent consacrées à l'examen des questions religieuses soulevées par l'antagonisme de la religion officielle et de la foi chrétienne. Des deux Poi^ tifes, Tun, ami de Galère et élevé par lui à l'empire, pro* tégeait le vieux culte ; l'autre, détaché du paganisme par la philosophie tolérante de son père et l'animosité de Galère, se ralliait au christianisme avec la secrète ambition d'en être le chef plus encore que le protecteur. Ils s'accordèrent à proclamer la tolérance par l'édit de Milan (313) qui supposait, sans l'admettre en principe, FégaUlé des deux religions K

(4) Laclant. De morte persec. 36. — (î) Laclant. De morte pcrsec. i%^ Euseb. Uùit. ceci. X, 5.

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