PONTIFICAT DE CO.NSTINT
funéraires du paganisme contre rintôlérance des chrétiens et les déprédations des fabricants de chaux qui jetaient au four les marbres des sépultures. Constant frappe d'une forte amende les sacrilèges; car, dit-il : a quidquid aJlingi nefas est^ non sine piaculo comparatur. > C'est un axiome de théologie pontificale. 11 reconnaît expressément la juridiction des Pontifes de Rome sur les sépultures^ sans l'absorber dans la juridiction impériale: c Qui va-o libellis dalis a Pontificibus impetranmt ut reparaliotiis gralia labentia sepulchra depanerent^ si vera docuerunl, ab inUUibne mullaeseparentur.'» L'édit tient même compte des subtilités du droit pontifical qui permettait d'achever mais non de réparer une sépulture sans une autorisation expresse du collège : il ordonne au préfet de Rome de prendre Tavis des Pontifes sur les réparations qu'il conviendrait de faire aux monuments de Rome : € In Urbe Roma cum Pontificibus Tua Celsitudo inspiciat, si per sar^ turas succurrendum sil alicui monmnento... i>
Après la mort de Constant, les Romains avaient tout à craindre de l'intolérance de Constance. Mais la raison d'Etat l'emporta sur le fanatisme du prince. Constance, Pontife ^ d'une religion qu il abhorrait, laissa dans les archives de sa chancellerie les édits par lesquels il voulait frapper le paganisme au cœur *, et se résigna au rôle que lui imposait le pontificat : il conserva aux Vestales leurs privilèges, nomma des prêtres, et pourvut, avec l'argent du fisc, aux frais du culte. « Nil ille decerpsit sacrarum virginum privilegiiSf decrevit nobilibus sacerdotia, romanis caerimoniis non negavit impensas ^ et per omnes vias aeter^ nae urbis laetum secutns senatum, vidit placido ore delubra^ legit inscripta fastigiis Deum nomina^ percunctatus est tem" plorum origines j miratus est conditores; cumque alias religioncs ipse sequeretur^ has servavit imperio ^. d Ces pro-
(4)Grul. «80, 6. 406,4. - (î) Cod. Thcod. XVI, 40, 4, 6. - (3) Symmach. Efist. X, 54.
4i4 IIISTOÎBK DU COLLÉCB DES POKTIFES.
mcnadcs archéologiques dans Rome durent être pour Constance un véritable cours de théologie pontificale. Il no put échapper à Timpression que devaient faire sur un habitiant de Constantinople tant de monuments et de souvenirs grandis et comme illuminés par la majesté dii nom romain : il signa, lui aussi, deux édits (357) ^ pour protéger les monuments funéraires épars le long des grandes voies et qui formaient autour de Rome une galerie historique. 11 fit en outre quelques règlements sur la collation des sacerdoces païens dans les provinces (358) 2.
Lapraganisme crut voir s'ouvrir pour lui une ère do rénovation lorsque Julien le Philosophe monta sur le trône (361). L'empire n'avait plus qu'un maître, et ce maître annonçait l'intention de remplacer le christianisme par une religion de sa façon dont la philosophie serait le dogme, et les cérémonies païennes le culte.
Pour Julien, le titre de P, M. dont il s'empressa de se parer {ixvrcv dpytzpia. civcfxa^ev) ^, ne fut pas un vain mot. II se montra véritablement le chef, l'oracle et Tapôtre de sa religion. Cette religion n'était plus précisément celle qu'enseignaient les rituels pontificaux ; Isis et Serapis y tenaient plus de place que Jupiter et Junon : c'était une fusion de tous les rites, rapprochés par leur hostilité commune au christianisme, et desservis par un clergé au sein duquel les réformes de Maximin Daza avaient^ du moins en Orient, effacé tous les disparates. Julien prêchait d'exemple : il sacrifiait à tout propos, et son zèle, comme autrefois celui de Marc-Aurèle, menaçait la race des bœufs d'une extermination prochaine. Les chrétiens ne lui épargnaient pas les épigrammes. 11 ripostait par des
0) Cod. Thcod. IX, 47, 3, 4. — (2) Cod. Tùcod. XII, 1, i6. — (3) Sozom. V, 4. Grut. 285, 4-4. OrcH. 4I4I, [ V. L. Blcrcklin, Coopt. p. 45t.]
PONTIFICAT DE JULILN. ^45
(lisser talions satiriques, et aussi, il faut le dire, par des édits qui avaient la prétention d'exclure le christianisme du monde intelligent. En même temps il cherchait à ranimer par Témulation le zèle attiédi des païens ; il écrivait aux Grands-Prétres des provinces, entre autres à Arsace, Grand-Prêtre de Galatie, des lettres pontificales pour les exhoiter à faire régner dans leur clergé les vertus dont les chrétiens donnaient l'exemple, afin que le paganisme pût soutenir la comparaison avec la reUgion rivale *. Ses efforts prouvent qu'il était capable de grandes illusions. 11 sortait un peu moins des limites du possible en renouvelant les édits de Constant sur la violation des sépultures (363). L'ôdit de Julien interdit aussi les enterrements de jour, pour des raisons empruntées peut-être à la casuistique pontificale *.
La brièveté du pontificat de Julien et l'incompétence ^des auteurs qui ont écrit son histoire, ne nous ont pas permis de tirer un grand parti de ce règne qui semblait promettre de belles pages à l'histoire des Pontifes.
Le règne de Jovien (363-364) fut plus court encore. Elevé à l'empire par une armée en retraite et mort avant d'atteindre sa capitale, il n'eut guère le temps de se tracer une hgne de conduite dans les questions religieuses. Les querelles des sectes chrétiennes confisquèrent les quelques loisirs dont il put disposer. Il donnait des audiences .sous la tente aux théologiens qui se hâtaient de prévenir auprès de lui leurs rivaux : i Qui ecclesiis praesidebant, alius aliwn praevertere studuerunty dvm singvli imperatorem suis partibus assensurum sperarent ^. 3> Le seul acte officiel de son règne qui touche à la discipline religieuse est un édit par lequel, comme avant lui Constance (354), .il reconnaît et protège les vœux des vierges qui se consa-
(0 Julian. Epist. 49. — (8) Cod. Thcod. IX, 47, 5. Golhofred. ibid. — (3) Socrat. H. Eccl. IJI, Î4.
4t<> lîISTOmE I>U COLLÈGE DES PONTIPES.
crenl au service de Dieu (virgines sanctinioniales) ^ . On ne dit pas qu'il ait songe à garantir également les vœux des Vestales.
A Jovien succéda Valentinien (364-375), qui associa à Fempire son frère Valens (304 378). L'empire eut deux et bientôt trois P. M. ^ ; car Valentinien conféra à son fils Gratien, en 307, ladignilc d'Auguste et le titre de P. M , qui figure à la suite du nom de Gratien dans des inscriptions de 367 et 368 .^; mais aucun des trois n'était disposé à prendre le pontificat au sérieux.
Valentinien, avec un bon sens rare en tout temps, mais rare surtout à cette époque, annonça hautement l'intention de rester étranger à tous les débals religieux et de borner son rôle à protéger également toutes les croyances et tous les cultes. « Testes sunty dit-il lui-même, Icges a me in exordio imperii mei dalae^ quitus unicuique qvod animo imbibisset colcndi libéra facuUas tributa est ^ i>. Ce témoignage est confirmé par Ammien Marcellin : « Ho: moderamine principatus inclaruitj quod inter religionum diversitates médius stetit^ nec quemquam inquietavit, «ef/ue, ut hoc colerelur imperavit aut illud : nec inicrdiclis minacibus subjectorum cervicem ad id quod ipse coluit inclinabat, sed inlemeratas reliquit has partes^ ut reperit ^ y>. Ce n'est pas là un mince éloge pour un prince violent et absolu que d'avoir respecté les droits de la conscience. On vit pour la première fois l'empereur prêcher l'indépendance au clergé et le forcer à être libre.
Les évoques de Thrace vinrent lui soumettre leurs débats théologiques, il les renvoya au synode : ceux d'Illyrie l'allèrent trouver à Carnunte pour le prier d'imposer aux Églises d'Asie le symbole de Nicée ; il écrivit
(I) Cod. Thcod. IX, 25, t. — (î) CruL t86, 3. Orell. HI7. — (3}Grut. 4G0, 4. 4082, 43. OrQU. 4117. — (4) Cod. Thcod. IX, «6, 9. — (5) Amiu. Marc. XXX, 9> 5*