IGNOBLES VENGEANCES
Decrès était ministre de la nîarinesdepuis 1801. Tout récemment. Napoléon venait de le nommer vice-amiral, et il devait mourir duc de l'Empire. Le poste éminent que remplissait cet homme de mer offrait alors des dif-^ Acuités accrues souvent par la fatalité des événements
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et rinsufâsance des hommes, dont il se tirait généralement avec honneur. Doué d'une grande activité, d'une remarquable force d'esprit et d'une énergique volonté, cet ensemble de qualités lui permit souvent d*annuler des fautes politiques qu'il n'avait pu prévenir, ou de triompher d'elles.
C'est en vain que les détracteurs de cet homme d'État ont cherché à diminuer le mérite de ses travaux^ en lui imputant les désastres dont les treize années de son ministère furent la période.
Gomme marin, Decrès a de beaux faits d'armes à Malte, à Aboukir, et sur le Guillaume Tell, oh il fut couvert de blessures, ce qui lui valut des mains du premier consul un sabre d'honneur.
Comme amiral-ministre , il sut donner aux forces maritimes de la France un accroissement dont l'importance sera jugée sur le simple exposé des chiffres.
En effet, è sa prise de portefeuille, en 4801, la France ne comptait que cinquante-un vaisseaux et quaranteune frégates.
En treize ans remplis de guerres continuelles avec toute l'Europe, ce ministre parvint à faire lancer de nos chantiers quatre-vingt-trois vaisseaux et soixante-cinq frégates, sans compter un nombre prodigieux de bâtiments légers, si bien qu'à l'époque où Decrès quitta les affaires, malgré les désastres subis par notre marine impériale, nous possédions un effectif de trois cents navires de haut bord.
Terminons cette petite mention relative à l'homme d'État qui culminait l'époque maritime dans laquelle nos récits sont enchâssés comme de frêles arabesques dans une table d'or, par le narré dramatique de la mort de l'ami ral-ministre, dont la signature énergique est placée au bas de plus d'un brevet des membres de notre famille.
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Rappelé un moment au /ministère de la marine durant les Gent-Jours, le duc Decrès,à la seconde restauration, rentra définitivement dans la vie privée.
Un attentat affreux, raconte un de ses biographes, vint brusquement terminer ses jours. Le 22 novembre 1820, Tamiral^ revejiant du Théâtre-Français, s'était couché depuis peu d'instants, lorsqu'il fut arraché à son premier sommeil par une suffocation résultant d'une forte odeur de linge brûlé et de poudre. Il entend presque aussitôt un grésillement semblable à celui d'un artiûce qui prend feu ; il s'élance hors du lit... mais à peine a-t-il fait quelques pas dans sa chambre, qu'une . explosion éclate entre ses matelas... une seconde plus violente lui succède... et aussitôt la chambre est tout en feu ! Le duc sonne son valet de chambre ; mais celui-ci venait de se jeter par la fenêtre. Des secours arrivent néanmoins, le feu peut être éteint; alors on trouve dans le lit de l'amiral les débris de trois paquets de poudre, qui avaient fait explosion par la , communication d'une mèche dirigée vers une porte latérale.
Tout prouva bientôt que l'auteur de l'attentat était le valet de chambre, qui avait espéré couvrir un vol par un assassinat. Au premier abord^ les blessures de l'amiral n'avaient point semblé dangereuses; mais une fièvre ataxique s'étant développée brusquement, il y succomba le 7 décembre 1820, à peine âgé de cinquantehuit ans.
Decrès, à la mort prématurée de l'illustre Bruix, avait nommé, avons-nous dit, au commandement supérieur de la flottille le contre-amiral Lacrosse. S'il n'avait pas les qualités toutes créoles de son prédécesseur, ce brave ofQcier en possédait d'autres qui le rendaient fort digne du poste élevé et assurément fort grave, en ces circonstances, où l'appelait la confiance de Napoléon. Partout on sentait que l'époque de la crise approchait, et les eaux
du détroit séparaient deux populations également animées. Tune par Tanxielé et la crainte, l'autre par Timpatience et Tardeur.
Les habitants de Boulogne, au contact de ôette double armée de terre et de mer, avec laquelle ils partageaient en partie leur table et leur toit, avaient senti s'enflammer leur patriotisme, et, fiers du beau rôle que leur ville a joué aux. époques de la Ligue et des guerres de Flandre, ils aspiraient vivement à la gloire d'ajouter une nouvelle couronne, la couronne d'algues d'une nouvelle victoire maritime, au front de leur écu civique 'timbré de tours.
En effet, Boulogne a toujours marqué parmi les villes belliqueuses du pays, et T histoire lui* a, en plus d'une •circonstance, consacré des pages dont ses habitants son ajuste titre orgueilleux.
On n'a point oublié qu'à une époque où sa population ne montait * pas à dix mille âmes, elle ol&it onze cents •combattants aux premières luttes de la République... et plus tard, l'empereur la trouva toujours une de ses villes les plus promptes à fournir un facile contingent à ses amples conscriptions.
Nous ne nous arrêterons pas à rappeler les nombreux faits d'armes, les héroïques traits de courage dont les ^aux du pas de Calais furent témoins, et qui ont valu tant de croix à l'époque où ces distinctions étaient si rares, tant d'épaulettes de tous grades et de belles mentions aux marins boulonnais.
Dans un autre ordre de combattants, les corsaires de <;ette ville sont entre les plus célèbres, et l'amiralat a compté plus d'un de ses enfants, ddnt les aïeux avaient si bien établi leur réputation de patriotisme durant les siècles passés, que, jusqu'en 1770, Boulogne était sans •caserne, sans garnison, ses habitants ayant le glorieux
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privilège de défendre eux-mêmes leur frontière maritime.
Il n'était donc pas jusqu'aux habitants, jusqu'aux citadins de cette viiie qui comptait près d'un quart de sa population gâoérale déjà sous les armes, qui n'aspirassent avec ardeur après le grand jour où la perfide Angleterre serait ébranlée au choc ariné de la France.
On raconte qjie des veuves, des filles et des femmes de pêcheurs, outrées par la félonie dont l'Anglais fit si souvent preuve envers nos bateaux de côte, offrirent à Tamiral du port d'armer et de monter un bâtiment delà flottille, dont le commandement serait confié à celle d'entre elles qui serait reconnue pour l'emporter sur ses^ compagnes en fait de ces connaissances nautiques que les oiatelotes boulonnaises possèdent toutes h un degré plus ou moins développé. La singularité de l'offre, bien plus que ce qu'eussent présenté de chanceux ses conséquences, la fit repousser ; mais il est demeuré constaté que plus d'un cotillon exaspéré s'est faufilé, sous prétexte de culotte, dans les rangs de nos marins, protecteurs du secret, et que les cendres de l'héroïne de Vaucouleurs ont dû plus d'une fois tressaillir d'aise à la façon dont nos ardentes Picardes pourfendaient, dans un abordage, cet ennemi de toutes les époques, qui alluma honteusement le bûcher des flammes duquel monta vers les cieur l'âme valeureuse et sainte de Tillustre Lorraine I
L'amiral attendait du Havre et de Cherbourg quelques cargaisons de munitions, d'armes et de vivres de campagne. Les préfets maritimes n'osaient prendre sur eux de lancer sur les eaux scabreuses de la Manche ces précieux convois.
LaCrosse, qui avait hâte d'opérer cette Jonction, se décida à expédier quelques canonnières pour former l'escorte, et, ne voulant distraire des cadres de son" effectif aucun marin pour renforcer momentanément
SfeO LES PONTONS ANGLAIS
les équipages des quatre bricks expéditionnaires, fit un appel de volontaires.
£n quelques heures, cent braves jeunes gens de la ville se firent inscrire à la mairie. Il fallait des bas officiers pour les diriger, et Roch, qui depuis l'affaire des catamarans était resté attaché au dépôt général du port, eut vingt élèves h dresser aux manœuvres somipaires et ^ à Tart de sauter à Tabordage, la hache, le pistolet au poing et le sabre entre les dents.
En huit jours, les volontaires furent prêts^ et Nicolas Thibaud, choisi, comme un marin déterminé quMl étaif^ pour faire partie de l'escorte, demanda Roch et son escouade sur son bord, ce qui lui fut accordé^ notre contremaître n'ayant de son côté nulle raison acquise de désirer se soustraire à cet embarquement. »
Un soir donc, les quatre canonnières appareillèrent à rinsu de la ligne anglaise, Tune d'elles portant dans ses flancs Roch et Cornu, les ex-commensaux du grenier de la place des Victoires, tous deux sous le commandement de la Main mauditûy personnage jusqu'alors tout; à fait inconnu de notre digne contre-maître.
Roch s'était embarqué pour cette scabreuse expédition (en pareil cas les convoyeurs sont destinés à se sacrifier au besoin pour sauver le convoi...) avec une arrièrepensée née à la fois de^ scrupules restés dans sa conscience, relativement à l'affaire avec le Patrick, dans laquelle il ne croyait pas sa parole assez dégagée par sa mention dans l'échange des prisonniers^ et aussi de son désir de porter aide et secours à Gabriel et à Marius.
Gàrolin Grimbot, retenu à Dieppe' par les formalités ^relatives à sa part de jprise du trois-mÂts sénégalais, arriva à Roulogne juste deux jours après le départ de celui auquel il apportait la lettre du prisonnier du Kent, lettre qui instruisait Tonde de l'inexplicable translation de sa nièce Gabrielle, de Woolwich à Londres, dans un
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carrosse armorié, circonstance que Marins signalait avec raison comme relative au secret que Roch possédait sur la mystérieuse naissance de l'aspirant.
Suivons la canonnière qui porte vers des événements nouveaux ces trois personnages qu'animent des passions diverses !
L'appareillage du brick que commandait, l'ex-corsaire avait entraîné un incident qui devait être fatal à Jean Cornu. Le cuisinier de Téquipage, le coq {coquus], comme on dit dans la marine, en apportant de terre des provisions, était tombé à l'eau, le' soir, et s'était grièvement blessé SUT le bord d'une embarcation. Or, comme il était tout à fait impossible de pourvoir à son remplacement immédiat, Nicolas Thibaud avait fait porter le blessé sur un bâtiment de la rade pour être déposé à l'hôpital le lendemain, et il avait déclaré au pygmée qu'il aurait à cumuler, pour cette petite campagne^ les doubles fonctions de maître-queux... ou de coq plutôt, et de cambusier. L'avis avait été reçu avec une sorte de désespoir par celui qui, par d'autres motifs déjà , n'attendait rien de bon de la présence de Roch sur les mêmes planches que lui, et s'étant enfermé dans sa cambuse, il but, dans une crise de prodigalité, visant à s'étourdir sur ses maux, tous les pouces de vin qu'il avait fraudés à l'équipage durant les distributions du jour I
C'est que, soyons franc, le métier de cuisinier, de coq d'équipage, était bien de nature à causer quelque répugnance à Jean Cornu.
Le coq de navire est encore un de ces rôles tranchés qui se dessinent fortement dans le pêle-mêle d'nn nom* I)reux équipage. Mais c'est surtout à bord d'un vaisseau de ligne monté par huit cents hommes, sous l'influence d'une foule d'exigences qui contrôlent sa responsabilité culinaire, et dans les embarras de sa sale et pénible be-
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sogne, que l'observation pourrait aller étudier ce caractère typique.
Le coq n'est pas un matelot pris dans l'équipage comme on y prend des caliers pour les travaux de la cale^ des gabiers pour le soin des mâts. Difficilement même trouverait-on un marin qui consentît à se faire coq, et c'est bien en raison de cela que le capitaine avait sur-lechamp promu à de telles fonctions, qui ne pouvaient rester vacantes, le drôle qu'on sait, le cambusier, le ^ seul non-combattant du bord, et dont le métier n'était, du reste, pas sans quelque analogie avec la marmite.
Au surplus, les talents requis étaient les plus simples rudiments de l'art des Carême et des Vatel. Le tout se bornait à faire cuire du bœuf ou du lard dans une immense chaudière, à savoir composer d'eau et de biscuit une sorte de bouillie décorée du nom friand de turlu- Une; plus à opérer à grande eau la décoction d'une énorme quantité de haricots.
Renforcé d'un aide (jeune mousse), sur lequel le coq a la haute main... et souvent aussi la main haute, il a parfois pour toute complication d'attributs la mission d'éplucher des légumes que la proximité des ports permet de jeter dans la soupe au bouillon léger... si léger que, comme disent les matelots, il faudrait le plus malin maître d'armes pour lui crever un œil.
L'atmosphère de fumée et de vapeur dans laquelle le coq vit continuellement, la manipulation laborieuse de sa pesante et noire chaudière, le contact des cendres, du charbon, de la graisse et de tant d'autres ingrédients, le condamnent généralement à une malpropreté inabordable.
Rarement chaiKsé, il porte d'ordinaire une mauvaise culotte de toile maculée de taches par couches superposées, et maintentie par un bout de corde étoupé qui kii serre les hanches ou Hn bride Tépaule; une chemise
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eofumée, collée à sa peau par la traDspiration de son corps et les vapeurs de la cuisine, s'ouvre sur sa poitrine suintante...
Ses yeux larmoyants y voient à peine sous des paupières enflammées par l*âcre fumée ; ses cheveux courts brossent la suie des bordages doublés de tôle ; ses manches de chemise retroussées laissent voir des bras poilus, souvent tatoués de ces stupides dessins des pontons, et charbonnés comme le sont sa poitrine, son cou, son visage de nègre artificiel, sa face de minuit, comme on l'appelle.
On le sent venir de loin, tant son corps et son inamovible défroque^sont imprégnés des pénétrantes émana* lions au sein desquelles il vit. Dans le TdbUau de la Mety petit poëme burlesque du siècle passé, on défiiiit ainsi le cuisinier de bord :
Ud malpropre, un Tilain, qui sans cesse se gratte, Dont les yeux larmoyants sont bordés d'écarlate» Qui quitte rarement sa cuiller et son croc ; Cet animal, enfin, que Ton appelle coq^
Les rapports du matelot, soit avec le cuisinier, soit avec le cambusier, sont une hostilité continuelle qui prend sa source dans la parcimonie de tous deux à distribuer les produits, qui des barils, qni de la chaudière, et dans la jalousie et le dédain qu'inspire leur qualité do non-combattanf-
La position du coq, plus positivement exposé aux contacts du. matelot^ est un éternel et fatigant qui- vive contre les malices vigilantes d'adversaires qui s*étudient sans cesse à lui jouer de méchants tooi^s.
Mais il est une autre variété de cet emploi^ plus pénible encore parce que sa responsabilité est plus grande, nous voulons parler du cuisinier de navire marchand.
CeluM^ doit, outre sa capacité de cordon- bleu, se montrer boulanger, pâtissier, confiseur, boucher, charcutier, etc. Tout le monde l'appelle, le harcèle et Taccable : c'est un métier d'enfer, à part môme l'élément au milieu duquel il vit, entre les parois brûlantes d'une cuisine de cinq pieds cubes, tapissée de lames de métal ardent. -
Dans ces longues traversées des Antilles ou des Indes, durant lesquelles les passagers n'ont d'autre distraction que celle de la table, le cuisinier devient la victime de leur oisiveté exigeante ; aussi ne le perdent-ils pas de vue, s'accrochant à lui pour mille petits services: un œuf mollet, un bouillon, du pain grillé, un peu d'eau chaude. Les passagers harassent ce malheureux pour lui dicter des sauces inconnues, des ragoûts fantastiques, des ratatouilles évasiueptiques. Ils plantent leurs doigts dans la pâte qui va au four, dénoncent au capitaine quelques plumes restées è la carcasse d'une volaille, et accusent volontiers le modeste Carême du manque de vivres, si la traversée se prolonge.
Et encore si le pauvre diable n'avait pas aussi à se défendre contre l'équipage I Qu'il tourne un moment les talons, et le matelot flibustier s'introduit furtivement dans la baraque, plonge une fourchette dans la casserole-et enlève à bout de bras une aile à la fricassée de poulet!
Le cuisinier du commerce, comme le coq du navire de guerre, est rarement bien avec les matelots. La haine instinctive de ceux-ci provient de ce que le cuisinier prépare des aliments dont ils ne goûtent que leparfum; aussi, lorsqu'ils le volent, la gourmandise est-elle pour moitié au moins dans le mauvais tour.
Lorsque voler est impossible, le matelot, comme pour se venger de n'avoir rien pu sucer, fait des niches au pauvre homme : il jette du sel à poignées dans la soupe
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des passagers^ du poivre dans la charlotte, du tabac dans la purée, du fii de caret dans le coulis, de Tétoupe dans la choucroute ou des copeaux dans le pudding. On verra bientôt ce que Jean Cotùm trouva un jour dans sa soupe.. . Revenons.
La canonnière fit donc route, avec ses trois compagnes, le cap sur la pointe de Fécamp, pour gagner le Havre, où le convoi attendait réuni. Sitôt en mer, Nicolas Thibaud, impatient de savoir quel homme était co Roch, qu'il avait détesté avant de le connaître, le fit appeler sur le gaillard d'arrière, le toisa d'une façon qui surprit notre héros, et lui dit :
— Je coi^nais le numéro de ton sac... charrie droit, ou ça chauffera... Comme tu m'as été recommandé pour un garnement, je te relève au compas.. • Tu m'as d'ailleurs une figurasse à Vest-quart-suet qui ne me revient que tout juste... Quel pif! est-il d'un seul morceau, ce nezrlà? Allons, ça suffit! file devant, et fourre-loi bien dans la caboche que je suis un lapin qui a du poil aux oreilles... Tu sais ce que ça veut dire? C'est bien! veille au grain et pousse au large de moi... Allons, trotte !
Roch, abasourdi, stupéfait de cette étrange tirade, resta i^n moment les yeux fixés sur le capitaine dé la canonnière, comme s'il ne pouvait compren'dre qu'une aussi grossière façon de s'exprimer fût celle d'un homme ennobli d'une épaulette, et aussi qu'un tel langage lui fût adressé, à lui. Revenu de sa première surprise, il répondit avec une noble fermeté.
— Pardon, excuse, mon capitaine... mais il doit y avoir là-dessous quelque fausse embardée, quelque erreur de pavillon... ça ne peut pas être sur moi que vous croyiez pointer celte volée de mitraille?...
— De qui? de quoi?... Tu raisonnes, failli chien? Et à qui donc veux-tu que je parle ? Je te ferai ficher aux
Il t.
W htS PORTONS ANGLAIS
fers par les basses pattes pour qite tu saches si c'est bien pour toi !
— ËQ doooeur la vergue alors, capitaine, reprit Hoch indigné de cette brutalité inexplicable. Je respecte Totre épaulette... et si je me permets d'être encore là, c'est parce que je persiste à croire que votre esprit fait fausse route en m'adressant tout ça... Pardon, excuse, mon capitaine, il y aura bien sûr erreur, et ce n'est pas dans ma cale que vous avez intention que tous vos. propos soient arrimés... Je suis le contre-maître Roch, de Boulogne... Parlez de moi à qui vous voudrez, et on vous
. dira que celui qui m'injurie, s'il n'est pas vent dessus vent dedans, se fait plus de tort qu'à moi... Voilai... Maintenant je fîle mon câble.
— Et je te conseille bien de rester à une bonne encablure de mon grappin, contre-maître de poulainel reprit Nicolas Thibaud, auquel le ton ferme et digne de Roch n'avait pas laissé que d'imposer un peu, car c'est bien à ton cuir que j'adresse mon avertissement. J' n'aime pas les blonds! Allons, tip/ donne-toi de Pair!... et tâche de ne pas te trouver souvent sous mon cap, car, à la première faute, je te déralingue la frimousse à coups de porte-voix, pour voir si après tu n'auras pas un autre nez qui me revienne mieux l
Roch eut besoin de faire un violent appel à tout sou sang-froid, à tout son respect pour la discipline, et de refréner aussi toute son indignation, pour ne pas se laisser emporter à quelque violence.
Il jeta sur l'ignoble personnage un regard qui, saisi par celui-ci, aurait sans doute redoublé sa furie i^ns excuse et amené une scène déplorable, si, en lui décochant ce regard méprisant, le pauvre Roch n'avait eu la prudence et la force de s'éloigner aussitôt.
— Et dire que ce brimborion, cette espèce de faobert qu'il asur l'épaule a suffi pour m'empéd^r d'amarrer un
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pareil chenapan ! se dit le contre-maître, en allant au charnier boire une grande moqae d'eau pour rafraîchir son gosier altéré par la colère et Timpatience...
— Ce Roch m'a l'air d'un marsouin dur à plumer... Mais c'est égal, je le chouquerai tout de même ! se dit Nicolas Thibaud, que sa mauvaise nature avait emporté plus loin qu'il ne l'aurait voulu, s'il avait été homme à réfléchir au respect qu'il devait à son nouveau grade.
La canonnière naviguait de conserve avec ses compagnes. Durant le quart de nuit, Roch, dans le but de s'expliquer la brutalité du capitaine, interrogea quelques matelots sur le nouvel enseigne auxiliaire, et l'histoire de la Main maudite lai fut racontée.
On ignorait encore dans la flottille comment cette croix qu'un fer brûlant avait imprimée sur la peau livide, comme un stigmate indélébile, s'était trouvée, ' depuis, percée de part en part dans le duel du ponton, par l'arme singulière maniée avec tant de bonheur par la main vengeresse de Marius, de sorte qu'à l'odieux de l'histoire il manquait son complément nouveau : l'humHiation !
Si Roch avait pu savoir cet étrange épisode du Eent! s'il avait pu soupçooner que Jean Cornu avait reconnu Marins sur le tillac du Caehaloty et que Thibaud était l'ex-second dépossédé du corsaire !•...
Mais c'est celte ignorance où noils sommes presque constamment des faits qui nous intéressent le plus, qui cause les événements de notre existence. Avec Tomniscieuce, la vie, tout entravée de ronces et de barrières qui nous jettent dans toutes sortes de détours, de coudes et de zigzags^ serait une longue ligne droite, bien lisse, bien exempte de cahots, bien monotone aussi, qui nous conduirait, comme un rail-way, à la culbute finale du tombeau.
Roch apprit à quel homme il allait se trouver avoir
affaire pour quelques semaines peut-être ; mais il ne pétra pas pour cela les causes de cette animosité si brutalementj si intempestivement, si imprudemment révélée.
Nicolas Thibaud^ dont la main était tantôt nue^ tantôt grossièrement enveloppée d'un chiffon de toile cousu^ se trouvait, depuis que le personnage avait pris rang dans le corps des officiers^ assez soigneusement ganté de peau noire... comme s'il eût porté le deuil des meurtres qu'il avait accomplis !
— Si cette griffe-là essaye jamais de me crocher... je rabats, se dit le contre-maître en jetant un coup d'œil détourné sur les bachots d'abordage plantés autour du mât de misaine.
La journée du lendemain s'écoula sans incident. Ce qui se passa de plus grave, tandis que les canonnières défilaient grand largue le long de la côte, espérant voir les feux du Havre durant la nuit suivante, ce fut l'accident qui arriva à Jean Cornu, cumulant à si grand regret les fonctions de coq et de cambusier,
L'heure du dîner de l'équipage étant venue, la cloche appela chaque novice à la distribution de la soupe, et bientôt une douzaine de gamelles se rangèrent en cercle . à la portée de la chaudière, où le bouillon trottait tran* quillement depuis le matin, sur les flammes entretenues par le nabot humilié et vexé.
La chaudière découverte, il s'en éleva un nuage de fumée suffoquante au milieu des tourbillons moites et brûlants de laquelle Jean Cornu dut se précipiter pour ac* complir son pénible office...
Armé d'une large cuiller à pot, grimpé sur un escabeau dont les pieds rallongeaient ses trop courtes jambes, le nain plongea maintes et maintes fois dans le liquide fumant, 6t trempa, baigna, inonda le pain taillé dans chaque gamelle de sept commensaux, qui attendaient
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leur repas en donnant un dernier poli à leur cuiller de fer mai lavée, à l'aide du coin de leur paletot ou du bout leur cravate.
Bientôt, le bouillon étant à peu près prélevé, C!ornu dut échanger la cuiller à pot contre le croc, afin de pécher, de harponner chaque morceau de viande dans les restes troubles du liquide.
Chaque plat ayant sa broche de bois marquée d'une façon spéciale, à laquelle le morceau de viande représentant les sept rations est ficelé avec soin, il s'agit de livrer à chacun son lot, piquant du croc au hasard dans la marmite, et représentant chaque morceau transpercé à l'examen des novices attentifs à reconnaître chacun leur petite broche de bois.
Déjà Jean Cornu avait ainsi harponné cinq ou six rations de sept^ et la besogne devenait plus facile en avançant, lorsque le croc replcmgé dans la vapeur grasse en ressortit garni d'un lot singulier qui attire sur-le-champ l'inspection turbulente et étonnée des marins présents...
Le malheureux coq, qui a le premier reconnu à quel règne de la nature appartient l'objet qu'il a péché, cherche à le renfouir dans l'antre vaporeux dont il est fatalement sorti... Mais il est déjà trof) tard ! dix yeux d'Argus ont, sinon parfaitement précisé la nature du pVoduit, du moins deviné, saisi Tétrangeté de son assimilation avec les morceaux de bœuf attendus.
On prend le Cornu par le coude, on lui fait allonger le bras hors de la fumée et vers la lumière, et chacun reconnaît, dans l'objet violemment exposé, un corps composé, dans lequel l'ordre animal entre pour matière première, qui se rattache aussi à l'espèce animale par sa Wgue application*., mais qui pourtant, bien qu'il provienne du veau ou du bœuf par son origine, a depuis passé par des apprêts, une forme, des mélanges et surtout un usage qui motivent son incompatibilité complète
II s.
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avec les agents dout se forme et s'engraisse d'ordinaire le bouillon...
Cet hôte frauduleux de la marmite de Jean Corna était.,, il est temps de le dire, un vieux soulier crevassé, écttlé, racorni, dégoûtant, hideux. La semelle, à demi détachée par la longue ébuUition qui avait fait dissoudre le fil,' laissait suinter un bouillon noirâtre, distillant.les sucs les plus concentrés de Tobjet...
Sa constatation fut le signal d'un cri général d'indignaion dont le diapason résonna aux oreilles du mauvais nabot comme la plus inquiétante menace.
Depuis deux jours qu'ils naviguaient ensemble, les deux anciens hôtes du même grenier s'étaient à peine vus ; Tun, accablé par les fonctions de la cambuse et de la marmite, n'avait point quitté les antres où s'exerçait son double ministère... l'autre, fort occupé, comme second maître du bord, ne descendait guère dans l'entrepont. Une fois seulement ils s'étaient croisés à l'écoutille d'avant: "
— Ah ! tu es ici, commencement d'homme ! avait dit Roch.
Ce à quoi le Cornu avait répondu de l'accent le plus agréable et le plus patelin qu'il avait pu trouver, malgré ses secrètes inquiétudes :
— Oui.:. Je suis ici, maître Roch... J'ose me flatter que ça ne vous déplaît pas? Quand j*ai su que vous embarquiez, je me suis dit : Puisque c'est comme ça, je pars aussi!... il faut que j'aie le plaisir de verser à maître Roch le vin et le schnick en mer comme à terre î
— C'est bon, rat !... tâche seulement de veiller à ne pas trop mettre le pouce J
— Maîti% Roch, je vous assure que je ne te mets jamais, le pouce !
— On verra I... En attendant, brasse k culer, fourmi, que je passe I
ou. LE MORT VIVANT SI
Ce furent là toutes les aménités qu'ils échangèrent. Mais raffaire désastreuse du soulier les remit en contact. Plainte ayant été portée h Taspirant de quart, là négligence du coq qui surveillait si mal le couvercle de la marmite devait être punie d'un tour de t)ouline9 et ce fut Roch qui reçut ordre de faire appliquer la peine. A . dire vrai, cette contée déplut à notre héros ; mais l'aspirant avait parlé et il ne restait qu'à ol»éir.
Or, le dîner fîni (car bien petit fut le nombre des délicats qui s'abstinrent de manger la soupe avec infusion de savate), un vigoureux coup de sifflet appela l'équipage à Tordre sur le passavant, et deux hommes eurent mission d'aller chercher le délinquant dans Tentre-poût. Mais on ne le trouva point. Roch, obligé de descendre lui-même, fît tout fouiller, tout bouleverser, cogoa même les barils de la cambuse pour entendre s'ils sonnaient le creux.,, et on ne découvrit pas le moindre coq, pas le plus léger Jean Cornu:
— Si c'était un autre pistolet, dit Roch, je croirais qu'il s'est jeté à la mer pour éviter sa correction... ça s'est vu... chez des gens de cœur... mais ce clampin-là !
Toujours est-il que le nabot ne se trouva point, et que l'équipage, qui s'était promis de rire aux dépens de sa bête noire, n'avait d'autre regret, dans le cas de noyade, que de voir s'échapper l'occasion de venger les bidons de tant de pouces de vin escamotés...
On rendit compte de l'inciJent à l'aspirant de quart, qui alla eu informer le capitaine. Celui-ci répondit que, dût-on retourner le brick comme une pea"u de lapin, il lui fallait le Cornu mort ou vif.
Roch, instruit de l'urgence, prit un fanal, et, accompagné de deux .hommes, recommença sa perquisition par l'avant de la cale et de l'entre-pont, tandis qu'une autre escouade, dirigée par le maître d'équipage, procédait par l'arrière. '
Nous passerons sous silence toutes les drôles de saillies, les plaisanteries de tout calibre dont les matelots accompagnèrent cette recherche. Il y en eut qui ^ en raison de la taille exiguë du cambusier-coq> le cherchèrent jusque sous les entonnoirs et les boujarôns renversés. Tout chapeau qui traînait était plaisamment soulevé pour vérifier si le Bébé de cambuse n'était pas accroupi dessous.
L'entrp-pont fouillé comme une poche d*avare, on passa à la cale, et, ayant cru voir remuer quelque chose dans la plus effilée des façons du brick, Roch prit le fanal et essaya de s*y faufiler, en se traînant courbé et à genoux au milieu des câbles et des voiles de rechange... Arrivé à un point où Texiguïté de Tespace lui rendait impossible d'avancer, le contre-maître dirigea sa lumière dans un recoin, un vide formé de la superposition de plusieurs lourdes barriques ^ et aperçut, blotti dans le fond, dans un lieu où un chat seul aurait pu pénétrer, la face pâle et terrifiée du nain, qui, se voyant découvert, murmura piteusement à voix basse :
— Ne me trahissez pas, mon estimable contre-maître... ne dites rien... respectable Roch... je vous en supplie par sainte Marie-Madeleine I
— Ah ! té voilà arrive là, ravet?... s'écria Roch, sans tenir compte de l'oraison. Comment diable as-tu passé là, cancrelat?... Allons, décoince-toi, et en double! II y a là-haut quelqu'un qui t'attend pour savoir si tu as la peau fine I
Les matelots restés en arrière à chercher smr d'autres points ne pouvaient entendre ce colloque.
— Maître Roch... vous qui êtes un guerrier fini... un fameux... un tout!... épargnez-moi ces coups de garcette... je tous en conjure... Je suis bien ici, je ne gêne personne, vous voyez bien, maître Roch!... Ne me
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trahissez pas... ITai du biscuil pour deux jours... une fois au Havre, je déserte... et après^ ni vu ni connu !
—Il n'y a pas moyen, Cornu; faut la danser, mon nabolin!... laisse-toi pincer, prends la chose en riant, c'est le mieux! Ça chatouille un peu , c'est vrai ! Mais deux ou trois chiques de hasard sur les égratignures en façon de cataplasmes, et il n'y arien de meilleur pour Tappétitl... Allons! dérape, liston, ou j'appelle! dit Roch en cherchant à fourrer son bras dans le vide au fond duquel l'avorton s'était , on ne saurait dire comment , faufilé.
— Maître RocfFi ! reprit Jean Cornu d'un ton de plus en plus pleurard et couard, si vous ne me dénoncez pas, je vous enseignerai comment on ouvre le barillon au genièvre... et chaque fois que ça pourra vous charmer...
— ïl n'y a pas de genièvre ni de robinet qui tienne, cornard ! Allons, dérape ! désarrime-toi ! file dehors !
— J'ai à Boulogne, dans un double de ma paillasse... (je peux vous dire ça, h vous I ) cinq ou six vieux louis quej'ai gagnés honnêtement... eh bien!... je vous les prêterai.
— Déguerpiras-tu ? te décoinceras-tu, nabotasse! Ah 0> tu commences à m'échauffer la bile !
— Maître Roch... souvenez-vous de ma marraine!... Ah! tenez, estimable contre-maître, j'y pense, si vous voulez me laisser ici, je vous raconterai sur le capitaine <iela canonnière quelque chose... Oui, c'est ça! c'est fameux! Oh^ vous allez me laisser.,, j'en sais long... ça vous obligera joliment de l'apprendre aussi!... Écou^ tez,.. je suis très-bien ici pour vous dire ça... Vous savez bien, une nuit, ce corsaire qui appareillaiti^uand on m'a jeté à l'eau...
Roch avait déjà trouvé moyen de dégager quelques plis de. câble, et sa main venait de frotter le pied de
34 LES PaNTOHS ANGLAIS
Cornu, Jorsque celui-ci fit allusion à Ja fameuse nuit de rexécution et du départ du Cachalot.
Notre héros se dégagea pour mieux entendre; car, on s'en souvient^ il avait toujours redouté que le riz-painsel eût reconnu Marius sur le tiUac. Notre homme était pris par son côté vulnérable; il allait sans doute traiter, entrer en composition avec le cambusier pour prix de sa confidence.,, mais, par malheur, les matelots ayant fait sur d'autres points une vaine recherche, ei voyant le contre-maître s'ohstiner là , s'approchèrent et comprirent sur-le-champ que l'oiseau était déniché.
— Ah l le gredinasse ! Yous l'avez donc harponné, maître Roch ?•.. Ohé ! les autres, passez la voix en haut, le chien de mer a l'hameçon dans la gueule ! Nous allons rire 1 apprêtez mâchoires !
Roch fut vivement contrarié de cette 4écouverte, car un mot, une pensée avait brusquement changé ses dispositions. Mais déjà il était trop tard pour pouvoir entrer en arrangement, avec Cornu; sa cachette était éventée.
Les matelots redoublèrent de saillies de pasquinades, de rires joyeux. Mais pourtant, si le nabot étaitdécouvert, on ne le tenait pas encore, car en apercevant ses ennemis, il s'était pelotonné, blotti dans l'angle le plus pro-' fond de sa niche, et à moins de désarrimer tout l'avant du brick, il semblait difficile de le faire déguerpir.
■—C'est bon... maître Roch, me voilà frit! mais je vous revaudrai cela, dit le reptile, qui ignorait que sans Tintervention des matelots, Roch allait #ans doute le sauver d-e l'avanie et du supplice qui se préparaient.
Désormais obligé de faire son devoir, le contre-maître avisa aux moyens de débusquer Cornu de sa retraite; tout examiné et tenté, même les inconvénients du jet de la pompe à incendie, il ne resta d'autre ressource j en face de cette volonté désespérée de n'être pas happé,
ou LE MOKT Tr
que de saisir ce qu'on pourrait du i ou oreille , à l'aide d'une longue charpentier du bord.
Pris par l'orteil, Cornu, cédant causa la rude pression du fer^ av saisit la jambe, et le récalcitrant dehors, non sans s'écorcher cruel droits, tant le vide par lequel ce ( étroit et inconcevabie.
Une fois débusqué et dehors, ou dire de main en main jusque, sur de la discipline un peu relâchée d avorton fut reçu par un vigoureu
Nicolas Thibaud, qui n'était j( lorsqu'il y avait à punir et à battr< busier au pied du grand mât:
— Ah çà! puceron, tu fais d< quelejues coups de garcette ? As-t de ta couenne?,., ça t'apprendra i fois au couvercle du pot-au-feu t'a joué ce tour-là ? sais-tu h qui naissance du chat à neuf queues
— Ah ! si je le savais 1... murn corps était agité d'un tremblemei autour de lui des regards éperdu qu'un vaisseau anglais vînt attaq le délivrer,
; — Cest dommage, rat à fromi
Tien, car si le mauvais drôle qu dans la soupe de l'équipage étai donné la moitié de ta ration d( parie que tu aurais encore trouv Jean Cornu, frappé de cette di 8ée infernale; il reprit aussitôt:
— Eh bien ! c'est des bêtises d
le gredin, mon vénérable commdndant... Oui^ ça doit être lui... (iar deux fois je Tai vu rôdailler auprès de mon fourneau^ tandis que J'étais occupé à éplucher mes légumes...
— Qui donc? demanda Nicolas Thibaud, enchanté de punir double.
— Cest le contre-maîlre. Roch ! dit addacieusement le reptile, saisissant Toccasion de se venger du refus que Roch venait d'opposer à ses suppliques.
— Est-ce vrai? fit l'enseigne avec une explosion de joie, tandis qu'une expression d'incrédulité passa sur
ous les visages de cent qui entendirent cette extravagante accusation. Eh bien ! puisque c'est comme ça, tu ne feras qu'un tour de |,boulino... et le contre-maître Roch abraquera l'autre ! reprit Thibaud avec un sourire cruel et haineux.
Roch, resté dans Tentre-pont, n'avait pu entendre cette condamnation folle de l'ignoble capitaine. Mais tout le monde comprit sur-le-champ qu'une scène terrible se préparait.
— Lieutenant, dit la Main maudite y faites vos apprêts : douze matelots à bonnes poignes sur deux rangs de six, la garcette en main, le pavillon de justice à la corne, un roulement de tambour, et qu'on tape dur... Allons, up 1
— Pardon, capitaine, dit l'aspirant; pour ce gringalet de Cornu, je comprends j mais... pour le contre-maître, est-ce sérieux?
— Comment, si c'est sérieux? C'est votre question qui n'est pas sérieuse, je m'imagine, monsieur le raisonneur I... Est-ce qu un coptre-maître n'a pas un dos comme un autre ?
L'aspirant n'osa répliquer, et alla ordonner les préparatifs du châtiment.
ou LE MORT VIVANT 37
Nicolas Thibaud s^ mit à se promener sur Je gaillard d'arrière comme un homme enchanté de lui-même.
— Ahl gredin! c'est toi qui protèges «ce blanc-bec du pooton ! se dit le chenapan en épaulettes, c'est toi qui me l'as flanqué sur le corsaire pour m'en souffler le commandement... c'est ifdi qui mystifias la justice du code contre les déserteurs, et qui viens faire le rodomont quand je te préviens que ton grouin ne me revient pasi... C'est bon ! c'est bon ! ça va te cuire !
— Capitaine, tout est prêt I vint bientôt dire le maître d'équipage.
— C'est bien !..« En haut tout le monde ; commandez, lieutenant !
Le pavillon de justice grimpa sur la drisse pour indiquer aux canonnières naviguant de conserve ce qui se passait. L'aspirant tira son épée, et s'avançant au pied du grand mât :
— Range tout le monde sur le passavant de bâbord (côté d'où venait le vent) ! en rang l'escouade!... roulement!
Alors le malheureux cambusier fut amené par deux matelots dont l'appui ne lui était pas superflu pour marcher.
Arrivé au pied du mât, à un signe du maître d'équipage, on le dépouilla de sa veste, puis de sa chemise, ne lui laissant sur le corps que son pantalon. Ensuite on lui passa autour de la ceinture un bout de corde qu'on attacha à un large anneau de fer enfllé dans un cordage vigoureusement tendu dans le sens de la longueur du bord, à la hauteur des reins du petit homme. Puis on lui posa un panier sur la tête, pour parer les coups mal dirigés, et on attendit le dernier signal de l'officier pour faire subir au coq imprudent et rebelle ce .'qu'on appelle en marine un tour de bouline.
^ Ah çà... patine-toi, fiston ! dit le maître d'équipage;
38 LISS POKTâKS AHfiLâSS
une toÏB le signal dcdikoé, aie camme si le diable t*em-
rir tait, et ne t*arrôte {Mis |M»ur éesEUtoder ritem» 4{(i*il est peraonae^.
Nicolas Tbibaud ^e tenait sur son banc de quart, |odssant à Tavance du jsecond acte promis à ce drame qui commençaiL
— Y sommes-^iious ? demanda l'aspirant
— Ouiylieutenanty dit-ie imaltre d'équipage.
— Faites ! Et levant son épée, il fit battre un^ourt roulement. Alors, pour indiquer plus éneigiquement aucaflibusier éperdu que c'était le moment de se mettre à courir le long de la corde à laqueUe le ^xait l'anneau de sa ceinture, le maître d'équipage envoya dans l'endroit oà on le donne le plus ordinairement un vigoureux coup de pied au pauvre Cornu, quj, subissant l'impulsion, s'élança insUnctivement en avant, enixe les 4eux haies de matelots, lesquels^ il faut le dire, n'abusaient point du poids de leurs bras, et se contestèrent, À une ou deux exceptions près, de faire sentir.au nabot la garcette dont il leur était facile, malgré la rapidité de sa course, de le sangler jusqu'au vif. Arrivé au but, Jean Cornu tomba évanoui... mais d'effroi, de couardise, bien plus que de douleur.
— A l'autre I cria le capitaine.
Vautre ne savait encore rien dece qui l'attendait^ cax^ bien qu'il fût monté sur le pont depuis 1q moment oùit sentence avait été prononcée, personne n'avait osé lai apprendre à quelle bumiliation imméritée l'avait condamné le farouche capitaine.
Boch se tenait donc sur l'avâ^t, au n^oment oii Jean Cornu y tomba en faiblesse, et, malgré l'absence complète de sympathie qu'il éprouvât pour cette maie bête, il alla le relever, et s'occupait, en lui jetant de l'eau sur la tête, de lui faire reprendre ses sens, lorsqu'un novice vint d'un air embarrassé lui dire :
ou LB MORT VIVAJîT St
— Contre-maître, on vous demande à l^arrière.
— Vj vas^'dit Roch sans défiance; sealement, pendant ce temps- là» tâche d*asperger ce pauvre diable avec cette eau fralche*«« le sirugien ne tardera pas à le panser... çdL saigne un peu, mais ça ne sera rien 1
• Et Roch passa sur le gaillard d'arrière.
En le Toyant venir, Thibaud s'avança v^rs le pied du ^and mât.
— Allons... h ton tourl dit-il.
• — A mon tour de quoi, capitaine ? demanda le contremaître, qui était à cent lieues de pouvoir s'imaginer ce dont il ^itquesti<Hi.
— Gommait I de quoi? reprit le butor. Ah! c'est toi, rodomont, qui empoisonnes la soupe de l'équipage avec tes vimlles savates, ajouta*t-il pour mettre isesgens de son côté, et tu oses encore demander ce qu'on te veut !... Allons, gredin, un tour de bouline, pendant qu'on 7 est, et plus vite que ça !
— Pardon, excuse, capitaine] dit froidement Roch; après un court moment rempli par l'étonnement causé par l'eitravagance de cette accusation; bien sûr, vous me prenez pour un autre... Je ne ne fais pas des Mtises comme ça, moi... et vous croyez parler à un mousse !
— Ah ! tu raisonnes !... Eh bien ! au lieu d'un tour de bouline, comme ce rat de cambuse, tu en abraqueras deux !
— Ni un ni deux, capitaine... car vous ne voudriez pas punir un innocent ! reprit Roch, qui mettait à contribution toutes ses forces pour affecter le calme et ne pas se mettre dans son tort.
Il faut dire que tout l'équipage s'était peu à peu approché, et que ces nombreux témoins ajoutaient à la gravité de la scène.
— Un innocent... toi, garnement que tu es! reprit la lHÊqin maudite. Est-ce que Jean Cornu ne t'a pas vu, lui
jeter cette infection dans sa marmite? Ne Ta-t-ii pas déclaré ici tout à l'heure, devant tout Téquipage? Jeté conseille de faire la prude, failli gars !... Allons, tu vois qu*on connaît ton numéro... A bas la casaque, et fais le gros dos pour quatre tours au lieu de deux, puisque tu regimbes!
— Capitaine... dit le pauvre contre-maître à bout de patience, et doutant encore que la menace d'un aussi dégradant supplice fût sérieuse, capitaine... jusqu'à présent je n'ai rien fait de mal, je n'ai cherché qu'à me défendre comme c'est mon droit ; hier, quand vous m'avez invectivé au premier coup, sans me connaître, j'ai, comme aujourd'hui , respecté le faubert doré que vous avez en manière d'épaulette.. Je ne suis pas grand'chose... mais enfin j'ai mon petit grade... et les règlements ne permettent de frapper que les mousses, les novices et les simples matelots... et encore ça ne se fait guère à des hommes... Mais si j'ai commis une faute, qu'on me le prouve, et alors qu'on me punisse suivant mes galons...
— Galons de qui, galons de quoi? reprit Nicolas Thibaud exaspéré par ce sang-froid de sa victime qu'il avait espéré entraîner dans quelque grave écart de discipline; je te les Ole, tes galons ! je te dégrade et te dégomme ! j'en ai bien le droit et le motif, j'espère? Allons ! assez lanterné comme ça... lieutenant! J'ai dit six tours de bouline, je crois... je m'en tiens là... faites votre devoir!
Et ce disant, Nicolas Thibaud tourna le dos au groupe, et s'en fut vers l'extrême arrière, assez content de la façon dont, malgré la prudence de Roch, il avait réussi à envenimer l'affaire.
— Une pluie de coups de garcette et dégradé... ça n'est pas mal ! se dit-il en montant sur son banc de quart pour faire semblant d*examîîier la marche des autres canonnières, sans pour cela perdre de vue la scène du pied du mât, qu'il suivait du coin de l'œil.
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— Allons^ Roch... mon pauvre homme, j*en suis fâché... mais il faut que j'obéisse..., dit l'aspirant; préparez-vous, car il y a déjà un bout de temps que le paviilou de justice flotte, et ça compromet notre bord aux yeux des autres navires.
Et tandis que le contre-maître restait immobile à Tendroit où l'avaient cloué son étonnement et son indignation, l'aspirant donna ses ordres au maître d'équipage qui, maîtrisé par la discipline, fit, malgré ce qu'il lui en coûtait, les préparatifs du nouveau châtiment.
Tout étant prêt, l'aspirant leva son épée pour un premier roulement de tambour, et le nombre de matelots suffisant ayant été mis sur deux lignes de chaque côté du cordage rehaussé, le long duquel le patienf^evait courir, le maître d'équipage appela deux hommes pour attacher Roch et le déshabiller...
—Passe deux hommes derrière ! cria le marin.
Personne ne vint. Chacun s'était éloigné pour se soustraire à cette mission pénible. Il fallut en désigner deux nominativement, et même les appeler trois ou quatre fois pour qu'ils se décidassent à s'avancer.
Toutes ces opérations se firent avec une lenteur qui impatienta sans doute le haineux et brutal capitaine, car tout d'un coup il saula de son banc de quart sur le tillac, et s'avançant vers le lieu du châtiment ;
— Ah çà ! est-ce que cela ne va pas finir? s'écria-t-il. Ça commence joliment à me juguler I Faut-il par hasard que j'y mette la patte!... Allons, failli chien, au lieu de rester planté là comme une bitte, comme un visir.,. à bas la casaque, et vlan !
Alors Roch, comme brusquement réveillé, saisit de chaque main les côtés du collet de sa veste, et les rejetant en arrière, il se découvrit la poitrine, puis, faisant deux ou trois pas décidés vers le capitaine, il s'écria :
n LES PONTOffS ANGLAIS
— Osez à présent me faire courir la bouline L.« Yoilà qui vaut bien votre épautette !
Et tous les regards, étonnés de ee mouvement, s'étant portés sur la poitrine du centre-maître^ on vit, attaché à la chemise, sur le sein gauche, un morceau de gros drap bleu auquel était pendue une crpix d'bcmiieur enrubannée...
On se rappelle que, le jour de la cérémonie de Tber- Hnctum^ Roch, pour ne pas se présenter au trône tout suitant de Toau du détroit, avait emfminté à un de ses camarades un paletot sur lequel Tempereur avait fixé l'étoile des braves.
Roch avait acheté ce paletot et en avait découpé le morceau auquel l'impôriale main avait attaché le ruban flamboyant. C'était ce fragment qu'il portait, avec sa croix, caché sur son cœur...
A cette vue il se lit dans tout Féquipage de» exclamations que Nicolas Thibaud interpréta trop bien pour ne pas sentir plus vivement encore s'allumer en lui la colère que fit naître la vue de l'obstacle que le brave légionnaire opposait à l'application d'un ignominieux châtiment. Mais sa haine et sa rage excitées lui faisant bientôt perdre la saine appréciation des choses, il s'avança furieux sur Roch, le bras haut, comme pour lui arracher sa croix.
Tout le monde frémit, car on vit bien que quelque chose de terrible, qae quelque catastrophe était imminente. Mais, au moment où la Main maudite se crispait convulsive pour arracher la noble étoile émaillée, Roch fit un bond en arrière, en criant:
— Arrière, capitaine de malheur F pas de profanation, ou...
Nicolas Thibaud tira son épée. II était pâle de ftireirr^ les yeux lui sortaient de la tète.
. ' Je prends le commcfhdement, monsieur! djt-^ ^
m U BiQKT iriTÀKT 4S
fbsjpkaMémuv Maître f ... qaarfre bommes sur ce gredin pi se révolte (^. Qu'on lui déchire sa veste en nuerceauT, si on ne peut la retîTer... qu'oa hii retire poar un moment sa croix... et en avant la bouline.
II y eni comme un Hii»B€ni d'hésitation dans Té» qui page...
— Âh çà! eanaillesy h;rigand^«. allez -vous obéir I burla le capitaine^ s'avançant Fépée nue sur ses gens.
Quatre marins intimidés s'avancèrent enfin vers Roch.
— Allons^ matel(^... c'est embêtant; mais il paraîtqu'll fout se laisser faire... Aide^tm^ va^ ça vaudra mieux que de nous forcer... dit l'un d'eux.
— Roulement! eria le capitaine en brandissant son arme. £h bien 1 tas de mollasses^ vous b'ésitcz encore?
Roch avait cette attitude défensive et fière que Foyatîér adonnée au Sparfacw des Tuileries; les revers de la veste s'étaient recroisés sur la noble croix. Nos matelots, contraints d'obéir, et voyant l'inaction de Roch, portèrent lamam sur lui..» Mais, comme si ces attouchements eussent été eeux du fer rouge, notre bésos tressaillit... puis, se dérobant par un brusque mouvement k cette première étreinte, il bondit au pavois... s'élança sur le bastingage^ et s'éena d*une voix éclatante :
— *Ma crois d'honneur déshonorée I... Jamais! jamais L.. plutdt mourir !... Gahrielle... Mariu$> mes enfants, pardonnez-moi !...
Puis il se jeta dans les flots.
— Ma foi! tant mieux l murmura l'odieux Thibaud. Maiseonnae- 1« canonnière filait cinq ou six iiœud?^
c'est-à-dire avee une vitesse de près de deux lieues à Fheiire, tctut le mon<^ jugea I^ danger imminent pour te digne maa^m qui préférait la. mort à Tignominie d'un injuste châtiment.
Aus» chaeiai sf étoiçart^l aux manœuvres et a«x points éa naviie oii deiraienl s'exémler les ordres <|u'on Mien^
dail. Le capitaine eût bien désiré n^être pas contraint de les donner; mais il sentit que pareille inhumanité était impossible. II cria donc, le plus tard qu'il put:
— Gargue les voilesl file les écoutes de focsi... borde le gui ! masque le grand hunier!... Timonnier, la barre dessus 1
Et tandis que s'opérait cette manœuvre, dont l'objet était d'enrayer la course du navire, le maître d'équipage faisait préparer le canot pendu à l'arrière pour ramener à l'eau et le lancer à la recherche du pauvre Roch.^. L'aspirant était grimpé dans les haubans du grand mât pour le suivre des yeux sur les lames.
— Nagez à tribord ! cria-t-il aux canotiers enfin en mer... Il est là-bas par le travers de la grande vergue. . Hardi, mes enfants! vous le sauverez!
Celle des canonnières qui naviguait dans les mêmes eaux avait, par hasard, vu l'accident, et son canot avait été mis à l'eau avant celui du brick d'oîi notre héros s'était élancé; de sorte que les deux embarcations ramèrent vigoureusement sur le même point. L'aspirant et d'autres hommes grimpés dans les mâts continuaient d'indiquer la direction vers laquelle le corps commençait à disparaître sous le passage des lames.
— Les gredins l'auront ! se dit Nicolas Thibaud... Pour la bouline, c'est fini de rire; il serait difficile à présent de le faire schlaguer... mais j'espère bien lui trouver sous peu autre chose d'indigeste !
Au reste, il était temps que les embarcations arrivassent au point où se trouvait notre homme, car il venait de s'évanouir et, sans doute, il allait couler à fond (on n'avait guère alors l'usage des bouées de sauvetage), lorsqu'on lui attrapa un bras qu'une sorte de spasme élevait sur la lame. -
Une fois dans le canot, on lui introduisit entre les lèvres le goulot d'une fiole à eau-de-vie dont était
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muni l'aspirant qui dirigeait le canot de l'autre canonnière.
Les matelots de Nicolas Thibaud racontèrent sommairement Taffaire à leurs collègues... Ces braves gens s'indignèrent, se souhaitèrent un bon quart, et poussant au large, chacun rama vers son bord.
Dix minutes après, les deux bricks, ayant orienté leur voilure, avaient repris leur route, les convoyeurs se trouvant alors par le travers de Goberville, le cap sur la Hêve, pour mouiller en rade du Havre durant la nuît.
Le chirurgien s'empara de Roch, le ranima, le saigna et Tencouragea par des témoignages de sympathie. Nicolas Thibaud, quels que fussent les sentiments, les passions qui l'agitaient, ne soufflait plus mot de l'affaire et avait fait amener le pavillon de justice au moment où il avait dû commander le signal de : Un homme à ta mer! Le lieutenant n'en parla plus, prenant sur lui de faire enlever la mise en scène du châtiment.
Déjà Jean Cornu, que quelques compresses d'eau vinaigrée avaient suffi pour remettre sur pied, était à sa marmite pour la turlutine du soir, ayant toutefois obtenu du capitaine d'armes que, suivant un usage assez général dès ce temps-là sur les bâtiments de guerre, un cadenas fût placé sur le couvercle de la fatale marmite dont le soin lui était si déplorablement confié.
Au commencement de la nuit, les quatre canonnières déQlèrent sous la pointe escarpée dite le cap la Hêve, qui sert de piédestal à deux phares, dont un semble, de nos jours, devoir ôti*e bientôt entraîné par les éboulements du terrain qui, d'année en année, se détache du sommet et des versants de la falaise.
Vers minuit, nos bricks mouillèrent dans la rade en attendant le jour, qui leur montra le convoi ancré à l'ouvert de la Seine.
II s.
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