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LES DAA.MES DB LA. 1U3L

Le lendemain, de bonne heure, le plus ancien des quatre enseignes de vaisseau qui commandaient les eannonières étant descendu à terre, afin de recevoir les ordres du préfet maritime, l'appareillage du convoi fut décidé pour le soir. Les équipages restèrent donc sans communication avec la terre.

Après son dîner, Nicolas Thibaud fit venir dans sa chambre le Jean Cornu, et eut avec lui une longue conversation, sur le sujet de laquelle (^équipage étonné ne put faire que des conjectures. Ce qu'on remarqua, c'est qu'yen quittant le capitaine, notre cambusier avait un air de satisfaction qu'il était assez béte ou assez ineipérimenté pour ne pas savoir déguiser...

A neuf heures du soir, trois coups de canon donnèrent le signal de l'appareillage général.

En moins d'une heure, les dix navires, pleins de munitions, d'armes et de vivres, furent sous voiles et naviguant en bloc, précédés par une cannonière éclaireuse, en ayant deux autres aux flancs, et la quatrième, enfin, en retraite. Nicolas Thibaud, étant le ^us jeune en grade, avait dû prendre celte position d'arrière-garde.

Ainsi formé, le convoi doubla la pointe de la Hê?e, et mit le cap vers Boulogne, en tenant le plus possible les eaux de nos rivages, pour diminuer les chances de mauvaise rencontre.

Il faisait une nuit sombre et , aussi favorable qu'on pouvait le désirer pour une si scabreuse navigation. Les rares étoiles du ciel étaient voilées par les vapeurs nua-

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geoses qnfr sendaft noe brise aaaes fcafiâM}, soufflant de Toufisk

Pmr f^rudeoee, et afîii de ne pas signaler leur passage aux croiseurs ennemis^ les convoyeurs et les convoyés s'étaient abstenus d'aHumer des fevSy de sorte que la kmpe môme de leur habitaeie étant cadiée à tout autre ââlqué celui du timonniery nosnavires» pour connaître leur position respectîTe, n'avaient d'autre ressource que de multiplier les bommes de vigie aux bossoirs et dans les mâts.

De deux dangers, celui d'attirer TatlentiDn de l'ennemi ou celui de s'entre-choquer dans cette navigation aveugle^ les capitaines avaient cboisi le moindre» tâchant d'en diminuer les chances par l'attention avec laquelle chacun veillait à rester isolé sur les lames; bientôt les deux phares de la Hêve brillèrent par l'arrière de tout le convoi.

Yers minuit, Nicolas Tbibaud, qui était resté sur le pont, ordonna à l'aspirant de quart de faire distribuer un verre d'eaur-de-^e à l'équipage^ qui se trouvait en ce moment sur pied, la moitié quittant le quart que prenait l'autre moitié.

On fut réveiller Jean Cornu dans la cambuse. Le nabot s'était glissé ee scur-ià d^ns son hamae avec ce que les marins appellent un coup de vent ou une biture.

Le capitaine lui avait promis qu'à partir du lendemain il serait relevé de ses fâcheuses fonctions de coq d'équipage, pour ne conserver désormais que son cher emploi de eambusier.

Nous ignorons encore comment le châtié de la veille avait obtenu cette faveur, qui l'autorisait à résigner le croc et la cuiller à pot aux mains d'un novice. Toujours est-il que la joie qu'avait ressentie Cornu, à cette modification de son sort^ l'avait exalté au point qu'il s'était mis à boire avant de se coucher les pouces de vin esca-

moles aux rations du jour. L'avorton portait mal la voile, si bien qu'il ne s'était qu'avec la plus grande peine hissé dans son hamac^ où l'avait bientôt saisi un sommeil de plomb.

Il y avait deux heures qu'il cuvait son ivresse danscet engourdissement, lorsqu'on vint le réveiller pour la distribution à faire à l'équipage; il fallut le secouer pendant citiq minutes, et môme finir par le jeter du hamac à terre pour interrompre Tabrutissement de ce lourd sommeil.

Jean Cornu, à demi-ivre encore, alluma sa mèche de cire jaune, et, tout en grommelant, prit ses moques, se« mesures, puis s'approcha du baril à l'eau-de-vie, ayant, cette fois pour unique contrôleur le novice porteur du bidon envoyé à l'extraordinaire.

Jean Cornu, mal solide au roulis, un œil encore collé, les idées peu nettes, tourna machinalement le robinet à l'alcool , et emplit instinctivement ses mesures. Mais à la troisième moque, il arriva un coup de langage qui lui fit en partie perdre Téquilibre, si bien que, l'ustensile de fer-blanc se trouvant écarté du robinet coulant, Teau-Hlevie s'épancha sur le tillac... quelques éclaboussures s'enflammèrent à la mèche plantée à terre, et, en un clin d'oeil, le spiritueux flamboyïint couvrit de sa liappe bleue, courant au roulis, tout le plancher de la cambuse...

Le jet ruisselant du robinet ouvert établit sur-le-champ un cordon de feu du tillac au baril entamé depuis deux ou trois jours seulement, et d'où s'épanchèrent en un instant des flots de flammes^ peut-on dire, malgré le désaccord ordinaire de ces deux mots.

En moins d'une minute, le roulis aidant, l'accident avait pris l'aspect d'un incendie menaçant!

Dès l'instant où la flamme avait envahi le plancher, Jean Cornu et le novice, l'un encore abruti, Tautfe effrayé, avaient sauté hors de la cambuse, sans oser ou

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sans songer à aventurer un peu leur niain dans le feu pour tourner le robinet fatal!...

Nu-pieds tous deux,ils avaient cédé au premier instinct éveillé par la douleur des brûlures. Mais une fois dans Tentre-pont, lorsqu'il vit la flamme grésillante allonger rapidement ses langues bleues et blanches hors de la cambuse, dont la cloison n'était qu'un simple grillage de bois, Jean Cornu, brusquement dégrisé^ réveillé par le sentiment du danger, chercha le moyen d'y porter remède.

Lo novice voulait s'élancer sur le pont et crier au feu 1^.. Mais le nabot^ effrayé à la pensée de la terrible colère du capitaine, Ten empêcha, bien que ce fût sans contredit le mieux qu'il y eût à faire, et le seul moyen peut-être de conjurer un extrême malheur.

Jean Cornu emmena au plus vile le novice pour chercher la marjnite pleine d'eau préparée sur la cuisine, et ils la renversèrent sur la flamme. Mais l'alcool qui s'épanchait toujours, transporté en tous sens par le tangage et le roulis, venait de franchir l'illoire ou rebord du panneau de la cale, et le baril, dans Tintérieur duquel la flamme ardente s'était glissée, éclata bientôt avec une forte explosion qui/creva un barillon de genièvre arrimé contre, si bien que les liquides enflammés, se précipitèrent à flots dans le fond du brick, où les voiles, les câble, le goudron et mille objets inflammables en reçurent aussitôt les morsures ardentes...

Mais déjà le cri d'alarme était donné ! Jean Cornu et le novice, effrayés d'un si grave accident, s'étaient sauvés par le petit écoutillon de l'avant,' et tout sur le pont était en l'air. Il faut le dire, dansc^ temps-là, la marine n'en était point arrivée à ce raffinement de perfection que trente ans de paix ont permis d'apporter dans chacune des spécialités de son matériel compliqué ; et de même que beaucoup de petits navires^ manquaient, comme

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cette eammnièrey de bouée de sauvetage pour lasc^ aux malheureux tombés à reau» de mêttie eei io^Dieax système de seaux, de manehes en cuir, de pompes, etc.^ à l'aide desquels de nos jours on combat un incendie naissant, y^manquoit^ et iie pouvait être supléé que par ^s moyens les p4us [primitifs.

Or il arriva que par s«iite des coupables retards apportés par ceux qu'on sait à la révélation du sinistre^ et aussi à cause de la première confusion que causa la nouvelle parmi l'équipage, la flamme s'était déjà emparée des objets les plus dangereux de la cale et pétillait sur vingt points différents, se multipliant toujours au balancement du navire... que Ton avait à peine commencé à puiser de Teau le long du bord, pour Tépancher à seaux dans cette cale d'où s'élevait déjà, sinon la flamme, du moins une fumée rousse etsuffôquante*..

Nicolas Thibaud, furieux d'un in^lbeur dont la cau5e était encore inconnue, comprit bientôt tout le danger de la situation. L'eau de la mer qu'on jetait en seilles multipliées dans le panneau lui sembla, avec raison, un moyen insuffisant pour conjurer la catastrophe. Il était d'ailleurs déjà impossible de descendre même dans i'entre-pont, d'où la flamme commençait à lancer en haut ses langues étincelantes au milieu des tourbillons de fumée acre, causés par la combustion du brai et du goudron.

Maîtriser l'incendie semblait donc désormais impraticable... Le seul parti à prendre, c^était d'en retarder, autant que possibie, les furieux progrès* Tbibaud espérait pouvoir aiasi gagner le joi^, pour se faire secourir par une des dernières voiles du convqi. Il oardoiuia donc que les panneaux de I'entre-pont fussent stiielemeDt condamnés et bouchés^ afln de retirer à la fiamoie le contact de l'air qui l'alimentait et Gcmtribuait à son développement; après quoi il ât préparer les èmbâffcatioits

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pour le eas oii il faudrait abandcttner le brick avant le jour. •

C'était un triste spectacle (fue celui de cette canonnière lusant r(>ute> au sein de cette ombre épaiâfie^ avec un dévorant incendie dans les flancs I L'équipage, morne, sil^icieuZy errait sur le pont; on s'arrêtait en petits groupes, s'tnterrogeant sur les causes du sinistre» sur les conséquences possibles et les cbances qui restaient au salut de tous. A peine la vigie attentive dans la inâture voyait-elle de loin en loin, à l'aide des rares éclairoies du ciel, les deux ou trois dernières voiles du convoi qui défilaient rondement sous le souffle de la brise accrue par le frais de la nuit, faute de signaux convenus d'avance dans la prévision d'un danger autre que la rencontre d'un ennemi; il était même difficile de s'imaginer par quel moyen on pourrait, dans le cas échéant, réclamer du secours. Lorsqu'un convoi est en route, si l'un des convoyeurs est attaqué, d'ordinaire les convoyés ne s'en sauvent que plus vite, et laissent leur protecteur s'escrimer comme il peut avec rennemi...On l'a dit déjà, la mission, le rôle de celui-ci est de se faire prendre, s'il n'y a que ce moyen d'occuper, de retarder les croiseurs si malsains aux navires marchands.

La seule ressource qui fût donc à la disposition de notre incendié pour réVéler son besoin de secours, c'éta'it, à la dernière extrémité, et au risque d'attirer Tennemi dans l'ombre, d'ouvrir les panneaux et d'en laisser sortir •t monter l'incendie.

Triste moyen I ressource désespérée qui pouvait même conduire celui qui y aurait recours devant un conseil de guerre, dans le cas où ce signal éclatant deviendrait fatal à quelque voiledu convoi !...

Les canonnières étaient hasardées là pour se sacrifier au besoin à la conservation des précieux charg«nents attendus; qu'elles fussent victimes de l'ennemi ou des

éléments, qu'importe ? L'important était que les vivres, les munitions^ les armes qu'attendait la flottille de Boulogne arrivassent à bon porj !

Nicolas Thibaud était un ignoble chenapan, un être brutal, haineux, vindicatif et tout ce qu'on voudra encore î Nous souscrivons, à son égard, au plus dur réquitoire qu'on pourra formuler... Mais la justice nous impose pourtant de faire valoir en sa faveur une circonstance atténuante: il était brave. Capable de toutes les infamies, de toutes les turpitudes possibles comme individu, heurtant sans vergogne les articles les plus sacrés de ce code social qui, par malheur, n'est écrit que dans la conscience des hommes de bien, il rachetait quelque chose de son abjection mondaine lorsqu'il s'agissait d'honneur militaire ou de patrie.

Sans doute sa bravoure était le grossier emportement du sang, l'irritation nerveuse, l'aveugle brutalité dominant tout le reste de son être : instincts, pensées, sentimejits... Mais enfin ce n'en était pas moins de la bravoure.

Celte valeur réfléchie, cette audace de sang-froid, cette intrépidité calme qui constitue ce qu'on peut appeler la bravoure française, fut et sera toujours préférable pour la dignité de nos armes , de même qu'elle sera plus profitable à nos succès, puisqu'il ne saurait exister de plus belle victoire que celle où la tête conduit le bras...

Mais, après tout, entre l'homme d'élite qui marche à un duel chevaleresquement, avec des façons courtoises, ' des épigrammes spirituelles, et le colérique qui. n'a que des injures à la bouche pour l'adversaire sur lequel il lance des regards flamboyants, il reste toujours cette parité fondamentale, que cette énergie qui les domine est essentiellement la même; que c'est la nationalité qui l'a niise en eux, et l'expression, la formule seule en varie suivant leur tempérament propre et leur organisation

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persoDDelle. La Maison rouge qui salua renuemi avant de charger, à Fontenoy, ne se montra pas plus valeureuse que ces grossiers hussards de la Mort qui blasphémaient en hachant les Prussiens ?

Nicolas Thibaud, tout ignoble qu'il fût par les pen* chants et les sentiments sociauxy.n'en était pas moins, Je fait est désormais établi, ce que les marins appellent un dur à cuire et un lapin fini. En fait de devoir militaire, il se montrait d'autant plus inexorable pour les autres, qu'il était pour lui-même sévère au plus haut degré. Un supérieur lui eût dit : < Va mettre le feu à ce canon qui crèvera, te tuera.. .mais sauvera ledrapeau ! » qu'il y serait allé d'un trait, en jurant contre l'ennemi. C'était la bravoure du sang^ des nerfs, bravoure stupide, inepte^, brutale, allant droit au but comme un boulet; mais c'était la bravoure.

Ceux qui portent haut leur cœur, quels que puissent être même en eux les agents organiques de la matière, en triomphent toujours et se conduisent noblement. Thibaud était un ambitieux ; sa conduite sur le Cacfialoty sa haine contre Marius l'ont prouvé. Son aveugle bravoure était au service de cette ambition qu'un sien parent avait secondée, en réussissant è lui faire donner par le nouveau commandant de la flottille cette épaulotte d'enseigne auxiliaire qui l'avait arraché à la vie des corsaires.

En voyant le feu à son navire, il comprit donc qu'il fallait risquer sa vie et celle de ses gens, bien entendu, pour Faccom plissement de son devoir. Appeler à lui, en laissant déborder ces flammes, c'était aussi appeler l'ennemi croiseur.

Ne redoutant point le danger, auquel il opposa par nature un courage féroce, il n'eut en vue que ce conseil de guerre qui. pouvait briser sa nouvelle carrière à son début. Son parti fut donc bientôt pris. Il envoya deux

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homme» dans sa chambre, «srveiHer les progrès defîneendie nrrs la partie de l'extrême arrière où était la soute aux poudres, et resta déeidé à prolonger ta situation le plus longtemps possible. Ces ingénieux progrès de Tart maritime dont nous parlions tout à Fheure n'avaient point encore préservé les navires d'un des accidents les plus terribles de leur aventureuse carrière : l'explosion de ha poudrière.

Aujourd'hui, la soute qui contient ce^ dangereuses matières est entourée de précautions telles, qu'une catastrophe de la nature de celles qui mena^^ient si souvent l'ancienne flotte est devenue, peut-on dire, impossible.

Les poudres, soigneusement gardées dans des boîtes de cuivre à vis, sont arrimées dans une partie close du navire où ne se trouve pas .un morceau de fer et dans laquelle on n'entre que pieds nus. Un large robinet, en communication directe avec la mer, permet, dans un cas d'incendie, de les noyer ^ sans pour cela les endommager, puisque leur enveloppe de métal les met également à l'abri des deux fléaux qui se combattent. Mais il y a quarante ans, ce dangereux agent des combats était encore confié à de doubles barils, pour toute sauvegarde. Nicolas Thibaud avait donc compris que la soute aux poudres offrait à sa situation la plus imminente complication de* danger, et que si le feu ne s'en approchait pas, il y avait espoir d'atteindre le jour pour descendre dans les chaloupes, et se faire alors recueillir sans compromettre le convoi que le brick incendié suivait too-jours,..

Deux ou trois heures s'écoulèrent dans fanxiété générale de cette situation. Le lieutenant et l» ri^StiQ d'équipage essayaient ée faire une enquête sur tes causes du sinistre.^ mais les coui»tbles se gardaient bien de trahir leur secret Alor* tes embareaitionSy so^ndues

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aux flânes du brtek^ étaient toates prêtes à recevoir l'équipage, qui commesçait à sentir le {>oiit s'échauffer sous ses pieds.

Roch se tenait silencieux et pensif au bossoir, cher* cbant dans l'ombre les vagues silhouettes des navires plus noires que la nuit. La situation avait de la solennité ; Nieolas Thibaud pensait qu'il serait bon de rencontrer un Anglais et se sauver en abordant et en enlevant son navire. Jean Cornu rôdait au pied du grand mât^ comme s*ll eût désiré se faire appeler du brutal capitaine. — Maître! cria celui-ci en quittant le banc de quart, d'où il observait de son mieux la marche du convoi, révélée de temps en temps par les vagues lueurs que les nuages déchirés laissaient tomber du ciel ; maUre.. . ne sait-on donc rien de la façondont le feu s'est déclaré?

— Rien«.^ capitaine l Je jure par ma vieille chique que personne n'en sait goutte!

— Excepté l murmura le reptile de cambusier, en se glissant vers le capitaine.

— Toi, Aommefo«e.' dit Thibaud ; avance à l'ordre l... Voyons! qu'as-tu à débagouler?

~ Le respectable capitaijie sait bien que depuis son bain >d'hier l'ex-contre-mattre Roch est resté dans son hamac.?

— Le msgor l'a dit.^ après?

— Il n'a paru sur le pont qu'un quart d'heure avant rincendie..^

— Allons l nage de l'avant, que veux-tu dire? '

— Je veux dire, honorable commandant...

Et comme jbb proaionçaT^t ces mots, l'avorton baissa la voix, le maître d'équipage, qui avait saisi le commencement de cette conversation inattendue, n'en put rien entendre déplus.^ Emporté par un mouvement géAéïeux^ il allait se porter à l'avant pour prévenir Roch des soupçons qu'il venait de concevoir, lorsque les deux ma-

rins apostés dans la chambre surgirent tout à coup sur le pont, en criant :

— Capitaine! le feu a gagné l'arrière I II ne tardera pas à mordre la cloison de la soute aux poudres...

— Range aux embarcations ! s*écria aussitôt Nicolas Thibaud, en tirant son épée; hisse le pavillon à )a corne... lieutenant, préparez tout pour quitter le brick...

Ces mouvements divers s'opérèrent avec une promptitude qu'il est facile de sMmaginer. Il était alors environ quatre heures du matin, et un léger crépuscule dégragradait les teintes sombres du ciel vers l'orient. Pour peu que leurs vigies y eussent fait attention, les traînards du convoi, qui se trouvaient alors par le travers de F6camp, eussent pu voir la fumée qui commençait à filtrer par les coutures débrayées du pont, et jouait dans la mâture en se découpant en enroulements sombres sur le fond déjà clair du ciel, au levant.

Nicolas Thibaud avait espéré, en restant encore une heure à bord, voir l'horizon vide d'ennemis, et pouvoir, en quittant son bord, tirer le canon d'alarme pour appeler une des convoyeuses à recueillir les chaloupes... Mais toute la partie de la côte anglaise, c'est-à-diro le nord, était encore si sombre, qu'il était impossible de se rendre compte si à une lieue de là ne flânait pas quelque marchand de mort subite ^ quelque man of woar.

Thibaud, résigné à subir les lois de son devoir militaire, fit donc embarquer son monde : le gros de l'équipage dans la chaloupe commandée par le maître, les gabiers et canonniers dans le canot avec le lieutenant, et enfin quatre hommes, dont Jean Cornu, dans la petite , yole, sa propre embarcation.

Tout le monde était embarqué, Nicolas Thibaud luimôme le dernier, et Ton venait de pousser au large la dangereuse coque, en ramant dans la direction du con-

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voi^ lorsque le capitaine s'aperçut qu*il avait laissé sur la table de sa cabine les papiers officiels du brick. Les trois embarcations étant encore à portée de voix Tune de l'autre, il hôla ses gens :

— Ohé ! vous autres ! un marsouin de bonne volonté qui se jette à l'eau et m'aille chercher ma boîte à expéditions que j'ai laissée dans la chambre du brick 1

Personne ne bougea. Pour être juste envers tous, nous dirons que nous n'hésitons pas à croire que, d'un signe, tout officier eût obtenu de dix marins ce que nul ne se sentit de calibre à faire sur l'invitation de Thibaud.

— Ah çà ! reprit le personnage, il paraît que j'ai affaire à des drôles de caïmans ! h de fichues volailles de mateluchesl Comment, gredins!.A pas un de vous n'ose mouiller ses puces pour éviter a tout l'équipage d'un canot de s'exposer à raccosler le brûlot ?

Soudain un homme se dressa à l'avant du grand canot, et cria :

— J'y vais, moi I... Sainte Gabrielle, protégez-moi ! Et il se lança à la mer, nageant vigoureusement à

travers les lames que commençait à verdir à leur crête le jour naissant.

— Faites route, vous aufres, cria le capitaine ; je reste ici pour ramasser ce pingouin !

Il faut dire que l'obscurité avait empêché Nicolas Thibaud de reconnaître celui qui s'était dévoué à ses ordres. On a deviné que c'était Roch, Roch qui, brave et généreux, considérait cette étoile qui flamboyait sur sa poitrine comme une obligation «continuelle de faire plus que les autres. Dans cette grave circonstance, il n'y avait plus là pour lui ni ennemi particulier ni vengeance... Celui qui ordonnait était un officier, son capitaine, dont la voix vibrait à des oreilles assourdies par la peur d'un danger sans gloire... Il s'était senti honteux de la part

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qui lui revenait de ces reproches adressés à tous, el tétait élancé../

Rien n'avait été changé à la voilure du brick au moment où on l'avait quitté ; mais comme «on gouvernail avait cessé d'être dirigé, il allait au hasard, tantôt en bonne route, tantôt masquant^ puis se trouvant par hasard orienté de nouveau... «rant enfin comme un homme ivre: Il fallut dix minutes h Roch pour se cramponner aux chaînes des porte-haubans et grimper à bord. Le- pont brûlait; déjà plusieurs bordages consumés donnaient passage à l'air du dehors et aux flammes du dedans. Notre héros franchit le tillac et s'affala dans la chambre... Mais arrivé au bas de Tescalier, il fut saisi à la gorge par une fumée si acre, si pesante, si épaisse, qu'il comprit que sa tentative serait sans succès.

En effet, n'étant jamais descendu dans CQtte chambre, il était impossible, sans le secours des yeux, d'y trouver la cabine du capitaine, et là cette boîte si mal à propos oubliée. Roch risqua pourtant une ou deux tentatives.,. Mais la certitude d'être asphyxié s'il hasardait un pas de plus le fit promptement battre en xetraite; il regrimpa sur le pont où il respira l'air pur avec un bien-être inexprimable. Puis, voyant que toute prolongation de sa présence sur ce bord déjà en partie calciné serait une sorte de bravade sans utilité et sans gloire, il grimpa sur un canon, chercha des yeux la yole qui l'attendait, la distingua dans les pénombres de plus en plusblanchissanles de l'air, et s'élança de nouveau à la mer pour se faire recueillir. •

Déjà notre héros, vigoureux nageur, avait franchi plus de la moitié de la distance qui séparait la frêle embarcation du brûlot menaçant, lorsqu'une gerbe de feu s'élança de récoutillon de misaine et teignit d'une pourpre passagère les voiles que la position du brick découpait

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en noir jsur le ciel àé^ d'an azur grisâtre, les quatre marins qui armaieBt la joie tressaillirent., et Jean Cormi plus qii'ajicun. On {KMivait craindre que l'inceodie, ayant enûQ miné toute la cale, no fût enfiji arrivé à la limite de la soute aux poudres^ et que rex|)ilosion ne com[»romft Texistence des fuyards attardés. Les rameurs agitèrent machinaleinent leurs avirons...

Mais déjà Nicolas Thibaud et Jean Cornu avaient reconnu celui <|ai s'était aussi étourdiment dévoué pour obéir à un or<ire imprudent... Debout à Tarrière de la petite embarcation^ le ^capitaine, aidé peut-être de cette double Ttté que Tinstinct peut puiser dans la haine» se sentit tressaillir au passage d'une infernale pensée. Un hasaril perfide vint aider le méchant. Une seconde gerbe de feu plus ardente, plus scintillante que la pre* mière^ témoigna, par son explosion, que le danger augmentait toujours dans le voisinage de la coque incendiée... Uinf&me cambusier, obéissant à une double impulsion de haine et de peur, se mit à ramer. Les trois marins suivirent son lâche exemple. Thibaud laissa faire^ et lorsqu'un rapide sillage eut été donné à la yole, il se contenta^e dire :

— Ma foi, garçons, mieux vaut, au fait, un d'exposé que cinq de rôtis!... Poussez dur, mes chérubins!... Si le brûlot saute, ce chien de mer s'accrochera aux débris... on verra à le sauver ensuite, si l'Anglais^i'est pas à longueur de gaffe!... Après ça, qu'il crève brûlé ou noyé si le diable veûtl j*ai la preuve que c'est lui qui a mis le feu à la canonnière !

Et la yole légère vola sur les lames, vigoureusement emportée par les matelots chez lesquels cette dernière déclaration leva tout reste de scrupule.

Roch, altornativement abaissé dans leur creux ou soulevé sur leurs crêtes par les lames, ne tarda pas à reconnaître l'odieux abandon duquel 11 était l'objet.

Il constata la fuite du canot que gouvernait son capitaine, et dans lequel il avait vu Jean Cornu s'embarquer bientôt; et ne pouvant plus douter du parti que ces haines tiraient de la grave situation où il se trouvait, il prit sur-le-champ une énergique et furieuse résolution. Puisant dans celte résolution des forces nouvelles, il se retourna vers le brick, et, peu soucieux d'être englouti dans cette imminente explosion^ puisque, par la fuite du canot, il semblait condamné à se noyer, il nagea vigoureusement pour aborder de nouveau le navire en feu. Un hasard vint à son aide, car le vent ayant pris uii moment les voiles dans le sens de leur installation, la coque, en filant quelques instants au nord, lui épargna, en venant à sa rencontre, la moitié du temps et de la fatigue du trajet...

Roch crocha le bord et bondit sur le pont, si calciné en maint endroit qu'il semblait devoir s'écrouler sous ses pieds. Mais à l'arrière les bordages étaient plus intacts, et c'était là que notre héros avait affaire. En effet, il s'élança à la barre du gouvernail, et donna à la proue une direction qui mit le vent dans toutes les voiles. Puis, ayant cherché des yeux la yole qui portait les infâmes, il mit tout droit le cap dessus...

Ce que voulait notre homme était, sinon en discipline, du moins en sentiments naturels, la plus juste des représailles... Il voulait poursuivre la perfide embarcation, la heurter du taille-mer du brick, et la couler!

Il est assurément des situations si violentes qu'elles légitiment tout : les antécédents de Thibaud et de Corna à son égard étaient de^ circonstances aggravantes qui compliquaient au delà de l'odieux même cette dernière tentative de mort... Roch ne s'arrêta plus à méditer s'il pouvait y avoir au monde des tribunaux, des conseils de guerre pour le condamner ou l'absoudre. Il avait, lui,

l'honnête marin et l^honnête homme , condamné les infâmes : c'était assez^I

Bientôt, la canonnière, qu'enveloppaient déjà en partie les tourbillons de fumée qui s'échappaient en vingt endroits de la cale, courut avec ardeur sur la yole perfide qui portait son commandant. C'était un spectacle étrange et saisissant à la fois! Le soleil allait poindre au-dessus des côtes normandes au front desquelles de légers nuages jaunes ou roses se teignaient déjà des rayons de l'astre encore invisible. Les rives françaises dessinaient à droite leurs méandres verdâtres historiés par l'ocre des falaises; à gauche» les terres britanniques s'estompaient dans les dernières vapeurs nocturnes que la lumière, surgissant à VoTïeni, allait bientôt disperser et dissoudre,- la mer avait le vert transparent de Taigue-marine; le jour, en calmant la brise de la nuit^ y répandait les marbrures écumeuses des lames affaissées.

À un mille ou deux dans le nord» on voyait tout le convoi, dont les voiles» recevant les reflats roses des lueurs matinales, se détachaient lumineuses sur le fond ardoisé de cette partie du ciel par oîi s'enfuyait la nuit. Un des derniers bâtiments venait de mettre en panne pour recueillir la chaloupe et le grand canot» qui n'avaient pas eu les mêmes raisons que la yole de rester en arrière.

Mais les fuyards une fois à bord, le marchand avait lestement repris son sillage, car les ténèbres» en se dissipant dans l'ouest» avaient réalisé une des inquiétudes qu'avait conçues l'esprit malin de Nicolas Thibaud: un grand cutter accourait du large, le cap sur la côte de Dieppe» et allait passer à ranger la canonnière vers le point oh celle-ci devait infailliblement heurter et couler la yole» dans laquelle les rameurs terrifiés s'épuisaient vainement à fuir...

Et la grande masse vengeresse du sombre et terrible n 4

6i LES PONTONS ANGLAIS

brûlot s'avançait ardemment vers ettx, sous la conduite d*une main inexorable...

Les trois rameurs étaient {>âles«..

Jean Cornu en défaillance...

Nicolas Thibaud silencieux...

Qu*il crût ou non à Taccusation d'incendiaire portée contre Boch par le reptile de la cambuse, Nicolas Thibaud ne laissa points tout brave qu'il fût, de ressentir en ce moment quelque remords de ce qu'il avait fait. Que ce remords prît sa source dans la brusque transformation des événements devenus si menaçants pour lui... c'est possible ; mais toujours est-il qu'il jugea la>itaation de toute gravité.

En effet, il y avait là trois périls, trois menaces également formidables, dont la moindre était la capture par l'Anglais avec un nouveau temps de pontons en perspective. Coulé par le choc du brick, ou écrasé, emporté par l'explosion qu'il fallait, d'un moment à l'autre, s'attendre à voir éclater par les airs, c'était toutun... et, on le sait, les plus braves mômes y regardent à deux fois lorsqu'il s'agit d*un trépas sans nécessité, sans |5rofit pour la cause du pays, sans prestige, sans gloire I Et puis, mourir de la main d'un ennemi qui se venge en retournant contre vous le péril auquel vousl'aviez livré, ce serait à en mourir de rage et d'humiliation, si la mort violente et vengeresse n'était pas là prête à vous saisir et les griffes déjà étendues sur vous... Thibaud eut un moment la pensée de se noyer, pour ne pas mourir du fait de son ennemi, mais un mot d'un de ses canotiers éperdus le retint.

~ Ce cutter nous sauvera peut-être ! dit cet homme pusillanime, qui avait si légèrement accepté l'accusation lancée contre le pauvre contre-maître, afin, sans doute, d'y puiser le prétexte de son ardeur à fuir le voisinage de la canonnière prête à sauter.

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Mais pendant que noas expliquons les diverses parties de la scène solennelle dont les flots étaient le théâtre, le brick aux flancs corrodés avançait rapidement et comme animé de la fureur magnétique que lui communiquait la main fiévreuse qui dirigeait implacablement le gouyemail.

Le convoi, justement alarmé de l'arrivée du grand cutter, s'enfuyait à tire-de-voiles,.. La yole, aux bras allanguis de terreur, commençait à se perdre dans la fumée, d'instants en instants plus noire et plus épaisse, que le vent poussait sur la mer, dans la direction où courait le navire vengeur.

Bientôt maître Thibaud cessa de distinguer son brick tout enveloppé de cette fumée sortant, par immenses gorgées opaques, de l'ouverture des panneaux calcinés et effondrés. La malheureuse barque flotta donc quelques instants au hasard, ramant de ci de là sans plus savoir si elle évitait le danger ou si elle allait à lui^ Mais une éclaircie l'avait perdue... Roch l'entrevit à travers une déchirure des vapeurs tourbillonnantes, lofa..» et les condamnés virent tout à coup l'effrayante masse noire fondre sur eux»

A leurs cris désespérés répondit le hurra triomphal du contre-maître... Il comprit qu'il était vengé... Brave brick t tu peux sauter maintenant.!

Sa vengeance accomplie, comme Roch vit que le brûlot n'usait point de la permission qu'il lui octroyait de voler en dix mille morceaux dans les airs, il songea tout naturellement à essayer de sauver sa peau de la catastrophe , attendu que f^iî est leau, comme dit le vers du poète, de mourir avec ses ennemis^ il est tout au moins aussi beau et plus triomphal, sans contredit, de leur survivre.

Roch, imbu de ce principe et sentant que d'an moment à l'autre, ou le pont s'écroulerait complètement sous ses

pieds^ comme cela était arrivé vers le centre, et le précipiterait dans la fournaise, ou l'explosion le lancerait à mille brasses en l'air pour ne retomber qu'en morceaux; Roch^ disons-nous, avisa au parti extrême qu'il lui restait à prendre. .

Il pensa qu'entre le saut plus que périlleux et une visite aux pontons de Plymoutb^ il n'y avait pas à bésiter, et il choisit, bien entendu^ la captivité plutôt que la mort. Il courut donc larguer les bras ou cordes qui amarraient sous le vent les vergues du ^and mât, et porta la barre du gouvernail de façon à masquer ses voiles, si bien qu'en un instant la brise frappant celles de misaine dans le sens du sillage et celles du grand mât dans le sens du recul, les deux actions se neutralisant, le brick resta stalionnaire.... Cette mesure lui avait semblé prudente pour essayer de se faire recueillir par le cutter ennemi qui s'était approché à portée de voix du brick en combustion.

Cette manœuvre opérée, sautillant de son mieux sur les cordages calcinés et respirant par échappée au milieu des nuages de fumée qui s'élançaient avec les flammes du cratère ouvert au milieu du pont,, notre héros chercha à gagner le pied du grand mât, pour y prendrg une esparre qu'il voulait lancer à l'eau, afin de s'en aider dans la scabreuse traversée qu'il lui restait à accomplir pour grimper sur le cutter.

Ce fut alors que jetant par hasard sur l'avant S3s yeux aveuglés, il vit... ou crut voir un homme,à demi-es(ompé derrière le fantastique rideau de flammes, et qui le menaçait d'un bras armé, en dardant sur lui un regard qui, de même qu'un projectile lancé, arriva à lui et lui causa comme une sorte de rapide vertige!

Mais lorsque, avançant résolument de quelques pas Roch voulut essayer de vérifier la réalité de cette vision, les flammes et la fumée qui l'en séparaient tourbillon-

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nèrentavec plus d'intensilé, et au milieu des craquements du bois, du pétillement du goudron et des plaintes des cordages tirés en sens contraires, son oreille étourdie crut saisir un bruyant éclat de rire... le rire sec, rigide, moqueur d*un démon qui culbute sa victime dans les flammes...

— fiab ! c'est une niche que mon imagination me joue! se dit Je contre-maître. Et saisissant Tesparre qu'il s'était hasardé à venir prendre, il la traîna à l'arrière, la lança à la mer et s'y précipita lui-même... Puis bientôt nageant et s'aidant du flotteur, il dirigea sa course vers le cutter, qui en ce moment rôdait curieusement et imprudemment, peut-on aussi dire, à portée de pistolet du brick en flammes.

Roch, tout en nageant, vit qu'on s'apprêtait à mettre un canot à 4a mer pour venir au-devant de lui. Comme il était épuisé de fatigue par suite de toutes ses prouesses depuis la révélation de l'incendie, il s'arrêta appuyé sur l'esparre. Quelques minutes après, le canot fut pr^s de lui,

— Eh ! l'ami! lui cria-t-on en français, il paraît qu'il était temps que les vieux de la cale missent le ^ap ici... Le brick sent légèrement le roussi... Dites dote, matelot, est-ce qu'il éternuera ses poudres? y

— Comment donc, les amis ! exclama Roch jen enjambant la lisse du canot, aidé par trois ou^qumre poignets vigoureux, vous n'êtes donc pas des Ei^lish ? je ne suis donc pas prisonnier? ;

— Pas plus qu'une mouette ou un hareng! C'est nous, vieux, qui étions prisonniers et qui leur avons glissé entre les pattes sans visa, à ces goddem!

Le cutter était en effet monté par une vingtaine de braves marins français qui s'échappaient de Portsnaouth à la faveur de circonstances bizarres qui seront expliquées sous peu.

66 £E8 POinrOKS ANGLAIS

-^ Ck>Riment ça va-^t-il? ça va bien alors» les amis^ cria Roch en se secouant comme un chien qui grimpedu bassin sur un quai. Et moi, qui^ me croyant au moment d'être repincé sans combat, m'étais demandé s*'ù ne valait pas mieux avaler ma gaffe !.^ Vive la France et mon empereur et roi ! La Main maudite est noyée ou rôtie... bon débarras^ et du nabot aussi 1 Y'ià le soleil, ça me séchera dehors... il y aura bien sur le cotre un coup de schnick pour me sécher le dedans, hein^ les amis?

— Du schnick à mort ! il y en a tant, que nous nous lavons les pieds avec!

On abordait le cutter.

Un jeune homme armé d'une longue-vue se tenait à ranrière, le visage caché par l'attention avec laquelle il examinait l'avant de la canonnière, où deux hommes erraient, tandis qu'un troisième, grimpé dans les portehaubans, essayait de faire un signal de détresse au mi- T?%u^s tourbillons de fumée qui enveloppaient irrégulièreîïfeSâ la mâture.

— Ohéi l'ami 1 dit l'officier en quittant tout à coup sa contemplation et en s'àvançant vers le contre-maître qui grir&pait à bord, croyez-vous qu'on puisse sans danger pler chercher ces pauvres diables qui âont \h un pied^dans l'enfer.

— M&T^ust*- s'écrie Roch... est-il possible!...

— RocH !... exclame Marins stupéfait. '

Et les deux amis tombent dans les bras l'uû de l'àu*tre et s'étreignent, muets de surprise et de joie, au milieu de l'équipage du cotre, émerveillé du coup de théâtre.

— Roch... Marins... murmura un vieux matelot du cutter, il me semble que ce sont ces noms-là qui sont en écrit sur l'adresse de ces papiers que j'ai là cachés entre bord et serre !

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— EstH» bi^i TOUS, mon ofQcierT reprit le contremaître émerreillé dé la rencontre.

— Ëst-ee bien toi, mon bravo? repartit le Jeune homme jojenx.

— EtGabrielle?

^Gabrieilc !... ah ! jeté dirai tout... bientôt, oui, bientôt Dous en causerons, nous pourrons nous épancher r tant de choses se sont passées depuis le jour où tu me quittas sur le quai de Boulogne, après m'avoir embarqué sur le Cachalot!... Mais à plus tard ces récits, ces explications... il faut pour le moment songer au plus pressé. Nous sommes, à ce qu'il paraît, sur le cratère d'un volcan... Peut-on encore, crois-tu, essayer d'envoyer un canot pour sauver ces hommes ?

->- Et quels hommes donc? exclama Roch, stupéfait, au miheu de toutes ces surprises, qu'il pût y avoir des hommes sur le brick calciné.

— Eh pardieu I ne les vois-tu pas qui errent là sur Tavant du brick comme des âmes en peine ?

Roch se jeta sur la longue-vue dont il dirigea Tobjectif sur le brûlot enfumé.

— Ah ! malédiction ! Neptune n'a pas voulu de sa vilaine peau... Eh bien I que le diable le grille donc !

— Qu'y a-t-il ? demanda Marins étonné de l'air furi- ' bond qu'avait brusquement pris le digne homme.

— Ce qu'il y a ! ce qu'il y a ! dit Roch l'œil enflammé, il y a que j'ai manqué mon coup... que la Main maudite échappe aux requins!

— La Main maudite ?... que dis- tu là? Est-ce de Nicolas Thibaud que tu parles ?

—Eh oui ! l'infâme I Je croyais lui avoir fait passer sa canonnière sur le corps... Oui, l'odieux Nicolas Thibaud.. . Le connaîtriez-voos, mon officier?

— Si je le connais ! exclama Marins vivement surpris. Mais c'est l'enfer qui l'envoie ici !

— Oui... l'enfer qui n'en a pas voulu, et qui l'a revomi 1...

— Nicolas Thibaud ! exclama encore Blarius... Mais qu'importe ! il faut que ces malheureux soient sauvés... Il n'y a plus ici d'ennemis personnels... il n'y a que des Français en péril... Ohé, mes amis!... vous sentez-vous quatre gaillards disposés à aller chercher ces deux ou trois pauvres diables qui nous implorent là-bas ?

— Ouais ! ça chauffe trop pour moi ! dit un des évadés de Plymouth. ^

— Ma foi, je n'ai pas sauvé ma peau des pontons pour aller la faire rôtir au profit de ces inconnus I dit un autre en gagnant l'avant.

— Capitaine... nous ferions mieux de prendre en double la portée de terre que de rester là à attendre les éclaboussures! ajouta un troisième. Le brick va sauter d'une minute à l'autre, et gare dessous I

— Quand on n'a à flaire que des propositions comme ça, murmura un autre, on les garde pour soi...

— Aussi ce brave homme et moi- irons-nous, sans craindre ni eau ni feu! s'écria Marius. N'est-ce pas, Roch ?

— Hum!... grogna celui-ci, s'exposer à partir en l'air comme une chandelle romaine, pour épargner la chose à la ^ain maudite... c'est casuel... Ce cancrelat de Jean Cornu est capable de vivre aussi et de se faire sauver par nous, la vermine !

— Allons, Roch, mon vieil ami !..-. attrapons la pagaie, et à Teau! il n'y a pas un instant à perdre!

— Bah 1 après tout, les gredins sont aussi de&hommesl murmura le digne coptre-roaîlre, gagné par les sentiments de Marius, et il s'élança dans le canot pour aller philosophiquement sauver de l'explosion ceux qui l'y avaient condamné une demi-heure auparavant... et qu'il aurait voulu noyer depuis...

ou LE MORT VIVANT 69

— Mais que le Cornu se défie de mes pattes» si je le croche dans un coin... car je te lui amure tant de taloches» qu'il ne saura où les mettre... Quant au Thibaut... je le sauve... c'est trop vrai... mais s'ilalecœurde mettre bas son faubert doré pendant trois fois cinq minutes, et de venir nous regarder entre quatre-z-yeux derrière un vieux mur...

— Que marmottes-tu, vieux congre? dit Marius en poussant le canot au large du cutter.

— Je marmotte que sainte Gabrielle aura de moi un beau cierge de cent sous» si le brick ne nous crache pas sa poudre dans les yeux, pour avoir voulu soustraire au diable des chenapans qu'il tenait déjà par une patte!

Et le canot, vigoureusement Boussé par nos deux nobles amis, attaqua bravement la distance qui les séparait du péril.

Pourtant, à moitié chemin, ils furent contraints de s'arrêter. Le cas devenait grave ! de l'ouverture béante que formaient le grand panneau et le tillac écroulé à Tentour, venaient de s'élancer des flammes ardentes qui, embrassant la grand'voile masquée sur le mât, en firent en quelques secondes une large nappe de feu; les flammes, montant toujours, mordirent le hunier, s'enroulèrent autour des cordages et lancèrent leurs langues altérées au milieu -des lutineries du vent, qui les divisaient ou les confondaient en les précipitant surtout ce qui pouvait s'offrir à leur ardeur.

Courant d'un mât à l'autre par l'intermédiaire des étais, des bras, des boulines goudronnées, les flammes gagnèrent l'avant et donnèrent bientôt un des plus somptueux spectacles qui puissent naître d'un incendie marin.

Le feu ayant rongé les écoutes ou attaches qui fixaient à la vergue de misaine les bords inférieurs du hunier, la flamme, en s'emparant du tissu, l'envahit dans toute l'é-

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tendue de son trapèze, en môme temps que le vent le* lançait par les airs, si bien qu'elle claqua et battit comme une immense bannière de pourpre ardente, et s'envolar par les cieux.

La position des^ sauveurs devenait plus que dangereuse, car les débris de toiles et de cordages enflammés, éparpillés par la brise, commençaient à tomber autour d'euï.

Du cutter on poussait à l'unisson de grands cris, pour les engager à revenir.-. Roch n'osait se prononcer, mais il n'attendait évidemment qu'un geste de son officier pour virer lestement le cap de la barque. Mais tout à coup Marins s'élança sur un des bancs pour mieux voir sur l'eau , et il s'écria :.

— En voilà un qui vient à nous!,.. Allons! quelques coups d'aviron pour le sauver, le canard !

— Huml... canard... canard... canaille, plutôt!... Si c'est le Thibaud, il faut bien de la vertu pour ne pas le désirer rôti, ce canard-là ! murmura Roch.

— Souque I souquons ferme I cria Marius, en faisant plier sa rame sous une généreuse pression.

— Va donc ! fit Roch, Je réponds bien qu'on ne dira pas que j'ai des oeufs au fond des mains !

El le canot vola sur les lames, à la rencontre du nageur. Quelques instants après, les /deux amis levaient leurs avirons pour tendre les bras à^un homme épuiséde fatigue, auquel il restait à peine la force de se cramr -ponner au rebord de la barque.

— Au lieu de te hisser entre deux honnêtes gens, brigand, je ferais mieux de te pousser à fond I dit Roch en empoignant par le collet de son uniforme Nicolas Thibaud, que Marius soulevait par la ceinture, et qui fut embarqué comme une masse inerte..*

Le fait est que là... au milieu de cette eau discrète..» de ce désastre m jstérieux.»« qui eût su Gette vengeance?.*»

du LB MORT VIVANT 71

Thibaud, presque épuisé, eût coulé comme une soBde... •et DOS deux amis étaient débarrassés de leur dangereux ennemi.

— Dieu nous voiti se contenta de dire Marins, auquel «et homme avait déjà fait tant de mal, et quMl installa de son mieux dans le fond du canot.

— Et le diable réclamera! ajouta Roch en grimpant sur le banc pour voir s'il n'y avait pas encore quelqu'un à sauver.

On aperçut une autre tête au-dessus des lames; mais c'était celle d'un homme vigoureux, qui dirigeait ses brasses actives vers l'embarcation.

— Crénom d'une vadrouille! en voilà un qui ne s'amuse pas comme le petit Chaperon-Rouge à attraper des papillons en chemin!. ..Ohél l'ami! faites un peu la planche pour vous refaire... on y va !

Et malgré l'inquiétante direction qu'il leur fallait prendrOj les deux amis allèrent à la rencontre du nageur qui grimpa lestement dans le canot.

— Yen a-t-il d'autres? demanda Marins.

— Ma foi, nous étions trois qui nous sommes accrochés aux ancres de bossoir^ quand le fiston que voilà nous a envoyé le brick en plein bois... mais l'autre a reçu un bout de vergue enflammée par la boule et a fait •couic!,,. Qui de trois ôte un, reste deux; nous voilà au complet... Filons...

— Et le^tz-pam-«eZ? demanda le contre-maître sans répondre à l'accusation du matelot.

— liïa foi, il boita la grande tasse, le cambusierl... il .a porte sa vilaine peau en ration aux requins I

— Pauvre gredinassel exclama Roch en manière d'oraison funèbre pour son commensal du grenier de la »Cornu.

Marius n'eut môme pas la pensée .de se réjouir de la mort supposée de son ntjaZ... il maniait vigoureusement

son aviron, le cap enfin sur le culter. Les deux autres ramaient aussi à tour de bras; le Tbibaud était en valdrague au fond du canot, employant ce quMl avait de sentiment à pester de se voir sauver par ses deux ennemis...

Le cutter avait masqué sa trinquette, et tenait sa grand'- Yoile en ralingue^ pour ne pas faire de chemin. Les vingt bommes qui le montaient et dont Marins s'était momentanément trouvé capitaine, se tenaient grimpés ou appuyés sur le pavois^ attendant, non sans impatience, que le trop généreux jeune bomme et ses compagnons eussent toucbé le bord pour s'enfuir à toc de voiles du dangereux voisinage de la canonnière en combustion.

Mais il était dit que ce long drame de feu, qui se déroulait depuis plusieurs beures dans les flancs du brick,, n'attendrait pas davantage son dénoûment. Le canot était encore à demi-portée de pistolet du cotre, que les ^ flammes, qui avaient consumé la mâture, retombèrent, faute d'aliment, sur le tillac effondré, et quelques grondements sourds annoncèrent que l'incendie avait enfin gagné les artifices rangés dans la soute, autour des barils de poudre...

— Casse-cou, mon officier ! cria Rocb ; faites comme moi, ou vous êtes frit!

Et, en disant cela, le contre-maître s'élança dans la mer... sous la surface de laquelle il disparut au moment même où une explosion, qu'on ne cherchera pas à décrire, lança par les airs, au sein d'une immeu^ gerbe de feu, les débris de tout l'arrière du pauvre brick si ïongtemps miné par l'incendie !

— Gare de dessous ! cria le matelot à peine sauvé de cet immense^ péril. Pas bête, au fait, le contre-maître RochI il s'est mis là sous un fameux parapluie... ou plutôt parafeu l

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Et au moment même une esparrc enflammée arriva droit à l'endroit que Roch avait quitté et creva le canot... partout à Tentour, iamer reçut cent débris charbonnéSi calcinés, en feu, qui s'éteignirent en grésillant ; la surface verdâtre des flots en fut en un instant toute parsemée.

Tout à coup une tête surgit de l'eau au milieu des épaves.

— Ohé ! les autres ! est-ce fini de rire?... le tour est fait, mon officier! comment ça va-t-il? ca va bien. Brrrou... j'ai bu un coup!

C'était Roch qui n'avait pas trouvé de moyen plus simple et meilleur de se soustraire au danger que de faire un plongeon d'une minute... L'idée était originale, et elle lui avait d'autant mieux réussi, que probablement l'esparre lui fût tombée sur la fôte.

Le canot, à demi-coulé sous ce choc, pouvait encore supporter ses hôtes, sinon les transporter. Mais rien désormais n'empêchait le cutter de s'approcher, et, en effet, quelques minutes après, Nicolas Thibaud , le matelot, Roch et Marins étaient sur le tillac.

— Ohé ! timonier ! gouverne sur la carcasse du brick 1 cria Marins, il peut y avoir encore quelque diable à sauver... Vous autres, faites goûter le genièvre anglais h ceux qui en veulent. Allons, mon vieux Roch... lu es humide, vas schnicker,

— Ah çà I tout ça est bel et bon, mais qui êtes-vous, vous, à la fin des fins? dit Nicolas Thibaud après avoir lampe une effrayante moque de genièvre. Minute! en douceur la vergue... vous voyez mon uniforme ; il est un peu sec, mais c'est égal ! Ça vous dit qui je suis : enseigne de vaisseau auquexiliaire, si ça ne vous incommode pas... donc je prends le commandement.

— Allez commander sur la carcasse de votre brick si

cela vous fait plaisir, répondit Marius, indigné de cette agression nouvelle et si peu prévue dans les circonstances présentes; mais quand bien même vous seriez amiral» vous n^êtes ici que mon passager, et puisque vous oubliez déjà que vous me devez la vie, pensez à bien vous tenir, ou... rappelez-vous le Cachalot '

-^ De quoi, de quoi que je vous dois? C'aurait été un mousse ou un ôaniche que vous l'auriez sauvé tout de mèmel... Je ne vous dois pas de reconnaissance ce qui tiendrait dans mon œil... Si vous aviez su que c*était moi, vous m'auriez sauvé, peut-être?

— Vous n'êtes pas homme à comprendre ma conduite, reprit Marius du ton le plus méprisant , si je vous dis que je vous avais reconnu à l'aide de cette longue-vue, et que, si j'ai été vous sauver avec ce brave homme, c'est parce que personne ici ne s'est soucié d'affronter la mort pour vous.

— Brave homme, ça ! le gredin qui a mis le feu à ma canonnière, exclama l'enseigne eu désignant d'une façon menaçante le digne Roch, qui essayait de se sécher de ses bains successifs en s'ingurgitant de longues lampées de genièvre.

— Cet homme est décidément fou! s'écria Marius,. qui, dégoûté de la présence de l'ignoble Nicolas Thibaud^ lui tourna le dos pour aller veiller à la manœuvre du cutter, qui approchait de l'espèce de radeau noir et fumant qui restait de la canonnière.

— Ah l je suis fou ! dit l'être en regardant le noble jeune homme s'éloigner... C'est bon ! commande ta dernière manœuvre, mirliflor^ pommadin, freluqu^iser dans un quart d'heure, je le coulerai dans le tuyau de Foreille quelque chose qui te rendra souple comme la queue d'un pavillon...

Et le chenapan en épaulette, grimpant sur un desca^ nous des passavants,, se mit à siffloter en regardant

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Jean Cornu, qui se tenait cramponné à Técubier, sur Tavanl du brick en partie resté debout. On eût dit un de ces crapauds, un de ces reptiles de pierre qui forment une gargouille au rebord du faîte des vieui monuments gothiques. Le Quasimodo des cambusiers avait réussi à se nicher là, lorsque la yole, brisée par le taille-mer, lui manqua sous les pieds. Les autres lâches qui avaient repris la rame pour abandonner Roch s'étaient probable* ment noyés.

Le nabot ne fut pas médiocrement étonné, lorsqu'on Tempoigna pour le jeter sur le cotre, de reconnaître Marius à l'arrière.

— *Aïe! aie! fit-il en cherchant à se faufilera l'avant, je tombe en grand dans tous mes amis réunis... nom , d'un boujaron î Je le savais bien, moi, que l'enseigne n'avait pas été fusillé... Ah! vil déserteur! tu prends des airs de vivre sans en avoir le droit, pour souffler à un beau garçon comme moi une belle dot... et une belle fille!... Et ce Roch qui trempe dans tout ça ! ce Roch qui se donne des tons de Providence envers nous autres, après avoir voulu nous couler, la grande blondasse!... Hum! avec un nez comme ça, la croix d'honneur! ça fait pitié, nom d'une moque trop pleine, ça fait suer !.,. Cest-i' bisquant tout de même de les voir encore réunis; ees deux museaux-là ! c*est-i' chamberdant!... Ils m'ont sauvé; mais, au lieu de leur en savoir gré, c'est sûr que je dois plutôt leur en vouloir, car ils ne savaient pas que j'étais là !... Bon ! j'y pense... le contre-maître n'aura pas le magot que j'ai dans ma paillasse à Boulogne... Eh mais! voilà le capitaine Thibaud qui parle au fusillé! r paraît que ça va mal ensemble?... KcHhci!.,. mordezvous, déralinguez-vous... et à moi la fille! Oh ! je m'en rapporte au capitaine pour faire mes affaires sans s'en dcwter. Je parie bien qu*il n'est pas sitôt h terre qu'il court dénoncer le beau Itf arius et qu'on vous te le refu-

sillo... à mort, quoi î... Kn \'\h un qui nVsl pas limide!... mais aussi, parlez-moi de ça... ra vous est grand, ça vous est fort... ça vous tourne et retourne un homme comme moi un robinet!...

Hum! s'il savait pourtant, à propos de robinet, que C>st moi qui ai mis le feu à la canonnière !... Mais, bah! i! croit que c'est le Roch, qui voulait se venger des coups de garcette... Ma foi, tant pisi et c'est bien fait... car pourquoi un homme qui a la croix d'honneur s'amuset-il à fourrer un vieux soulier dans la marmite d'un pauvre diable qui fait honnêtement bouillir sa soupe? car ça doit être lui qui a fait le coup... L'idée de le,diro au capitaine ne me serait pas venue, si... si... Puisque je l'ai dit, c'est que j'avais mes raisons...

— Eh ! là-bas, cra poussin ! viens donc un peu tenir dessous, tandis que nous étarguons le gui, cria un matelot en interrompant le charmant monologue de Jean Cornu.

C'est que le culter ayant reconnu qu'il n'y avait plus rien à faire auprès de la carcasse fumeuse et charbonnée do la canonnière, avait repris sa course vers Dieppe, où il se rendait, lorsque la catastrophe du brick l'avait attiré, dans la prévision do quelques secours à porter à des malheureux.

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