‹ Les populations dangereuses et les misères socialesChapitre 17 sur 59 · LES HOSPICES ET LES HOPITAUX · texte numérisé non relu

LES HOSPICES ET LES HOPITAUX

L'hôpital. — > L'hospice. — Les secours à domicile, le bureau de bienfaisance. — Réforme indispensable. — Nombre des établissements. — Nombre des lits. — Nombre des individus soignés et des pensionnaires. — Importance des legs aux hôpitaux. — Fortune de l'assistance publique. — Produits des fermages, revenus de toute nature. — Personnel des employés. — Leurs traitements. — Inconvénients de la trop grande di- , versité des congrégations religieuses hospitalières. — Statistique de tous les pensionnaires de l'assistance publique. *^ Réforme des commissions d'hospices. — Prix do la journée du malade chez lui ou à Thôpital. — Nombre des malades soignés à leur domicile, organisation de la médecine cantonale. — Des bureaux de bienfaisance, des consultations gratuites, des secours à domicile.

Il est un point sur lequel, sans doute, nous ne rencontrerons pas beaucoup de contradicteurs : il faut reconstituer la famille, il faut la fortifier par tous les moyens.

Pour fortifier la famille, il est nécessaire d'attaquer l'institution de l'hôpital, mais surtout celle de Thospice.

Les mots hospice et hôpital ne veulent pas indiquer le même établissement; l'hôpital reçoit les malades, Tbospice sert de refuge aux vieillards, aux infirmes et aux enfants abandonnés ; le jour où on pourra réserver l'hôpital et l'hospice exclusivement à ceux qui sont isolés sur la terre et secourir chez eux les indigents malades aussi bien que les vieillards infirmes et les enfants abandonnés, rhumanité aura fait un grand pas vers la moralisation q^énérale; on aura donné une force nouvelle à la famille.

La réforme, que tous les bons esprits poursuivent, contrariera, sans doute, en province surtout, de ' petites importances locales, des ambitions souvent mal placées, et des vanités plus disposées à agir pour le seul plaisir de leur orgueil que dans l'intérêt public ; mais nous croyons qu'il sera facile de convaincre les esprits de bonne foi qui voudront bien nous lire après avoir laissé de côté Tesprit de parti.

Au l*'janvier 1869 on comptait, en France, 1,537 hôpitaux ou hospices : 41S hôpitaux, 291 hospices, et 831 hôpitaux-hospices, c'est-à-dire établissements recevant simultanément des vieillards, des enfants et des malades.

Le nombre des lits destinés aux diverses catégories de pensionnaires s'élevait à 141,576.

Si, pour savoir exactement les nombres et les chiffres, nous remontons à 4864, nous trouvons

que, dans le cours de l'année , 553,060 individus ont été soignés ou entretenus dans ces différents établissements, et qu'ils y ont passé 35,912,997 journées.

Sans doute ce sont des résultats qui, en apparence, semblent merveilleux au point de vue du nombre des gens secourus; mais après avoir constaté fes chiff'res des revenus de toute sorte affectés à l'assistance publique, après avoir examiné les conditions d'existônce de la charité officielle, on reconnaîtra qu'on pourrait beaucoup mieux faire.

Les dons et les legs de toute sorte faits aux hôpitaux et aux hospices, qui s'étaient élevés à 35 millions sous la Restauration , ù 47 millions sous Louis-Philippe, ont atteint de 1852 à 1868 le chiffre de 84 millions.

Ces sommes considérables sont venues arrondir le patrimoine déjà si magnifique des pauvres.

En 1864, le produit des fermages des biens immeubles, appartenant aux hospices et hôpitaux, était de 15,067,235 francs par an.

C'est que leurs propriétés sont belles et productives; ils possèdent 156,833 hectares de terre en culture, 29,393 hectares en bois, 18,124 hectares non cultivés (ils le seraient probablement s'ils appartenaient à des particuliers), 76 hectares de propriétés industrielles, 1,939 de propriétés bâties, en total 206,367 hectares.

Soit plus de la moitié de la superficie totale de certains départements.

Quelle est la valeur réelle de toutes ces proprié-

tés ? Elle est énorme et supérieure à toutes les prévisions; Tadministration supérieure eUe-méme a renoncé à faire évaluer le capital immeuble possédé par les hospices-hôpitaux.

Si le capital est fti*os, le revenu est également fort considérable, car en ne comptant pas les bâtisses, les constructions spacieuses et innombrables occupées par les différents services hospitaliers, le revenu de l'assistance générale est de (1864) 29,029,636 fr. 92 centimes.

Les accessoires et les subventions donnent 18,469,786 fr.

Le remboursement des frais de séjour, 9,222,464 fr.

Les produits des services annexés, 3,581,105 fr.

La vente des médicaments, les produits des parcs et jardins, 1,667,969 fr.

Au total général des recettes, 61,070,930 fr. 80 c.

Ces revenus ne se répartissent pas également entre tous les hospices suivant leur population et leurs besoins.

260 hospices n'ont que 10 à 20,000 fr. de revenu; 750, c'est-à-dire la moitié d'entre eux, ont moins de 10,000 fr. ; 94 ne font pas 2,000 fr. de recettes ordinaires; c'est surtout pour tous ces derniers établissements, qui composent plus de la moitié du nombre total, que les frais généraux d'administràtioh, rétat-major prennent le plus clair du revenu.

On a proposé la suppression de tous les établissements ayant moinsde 10,000 fr.de rente, et lear conversion en bureaux de bienfaisance qui ren-

(Iraient beaucoup plus de services aux indigents ; on a objecté contre cette annexion qu'elle serait en opposition au vœu de^ bienfaiteurs ou donataires; il est facile d'y répondre : les donataires ont sans doute créé des fondations dans le but de secourir le mieux possible les malades et les indigents, et non dans celui de faire des traitement^ à quelques employés sinécuristes.

A Tappui de notre thèse, nous pouvons citer un souvenir personnel. Nous avons vu, il y a quelques années, un hôpital magnifique, bâtiments h'pacieux, jardins bien plantés^ personnel complet, un peu moins de 10,000 livres de rente, trois ou quatre employés bien payés, et seulement trois pensionnaires coûtant plus de 3,000 fn chacun.

Le personnel est partout ce qu'il y a de plus abondant et de pluâ remarquable dans les hospices et hôpitaux.

Ce personnel général comprend :

Médecins et chirurgiens, 2,345.

Pharmaciens diplômés, 85.

Élèves en médecine internes, 425.

Maîtresses sages-femmes, 55.

Sœurs, 8,854.

Infirmiers, infirmières, servants, 9,026.

20,760 personnes, sans compter les convalescents valides qu'on utilise, sontdonc employés pour en soigner 144,000, nombre de lits actuellement en service.

Pour les médecins, il n'y a rien à dire, et leurs soins ne sont pas très-onéreux pour le patrimoine des pauvres.

291 d'entre eux ne reçoivent aueun traitement.

1,761 louchent de 100 à 500 fr. ;

184 de 600 à 1,000 fr.;

109 de 1,100 à 4,500 fr.

11 faut constater, en outre, que dans 630 établissements, des sœurs sont chargées des manipulations pharmaceutiques; sans doute, ce fait constitue un abus grave, une illégalité qui peut être dangereuse pour Ja vie des malades ; mais il est probable que cette illégalité disparaîtra bientôt, et que les sœurs pharmaciennes pourront être prochainement astreintes à subir des examens analogues à ceux que subissent devant les jurys médicaux les officiers de santé et les pharmaciens de troisième classe.

Il n*est pas, d'ailleurs, inutile de rappeler que des jeunes filles ont déjà subi, avec le plus grand succès^ des examens pour arriver à se faire recevoir pharmaciennes du degré supérieur, et qu'elles répondaient sur les matières de Texamen aussi bien que leurs condisciples masculins. '

L*abus qui consistait à confier à des sœurs non diplômées les manipulations pharmaceutiques, n'était que la conséquence d'autres abus assez nombreux, dont le principal consiste dans la multiplicité d'ordres religieux s'occupant des hospices et hôpitaux, et dans la multiplicité des établissements annexés à l'hospice malgré tous les droits.

C'est ainsi, en effet, que 200 écoles, 280 salles d'asile, 130 ouvroirs, 109 pensionnats de filles, ont été annexés à des hospices; abus grave, très- grave; le bruit des enfants fatigue les malades, les malades

et lés vieillards, par leurs exhalaisons et leur voisinage, peuvent transmettre des épidémies ou de mauvais exemples aux enfants.

Seize ordres religieux absolument différents ou reliés par certains liens, s'occupent des hôpitaux ou des hospices.

Après en avoir donné les noms et les résidences, nous ne pouvons que regretter très-vivement qu'ils ne se réunissent pas en un seul ; leur but est commun, pourquoi leurs efforts ne se concentrent-ils pas? Il y aurait moins de supérieures, mais il y aurait aussi moins de non-valeurs, moins de novices, moins de retraitées à la charge de chaque maison hospitalière.

Les sœurs de Saint-Vincent de Paul dirigent 216 établissements.

Celles de la Charité de Nevers 109.

Celles de la Sagesse (Saint-Laurent, Vendée), 58.

Celles Saint-Charles (Nancy), 56.

Celles de la Présentation de la Vierge (Tours), 38.

Les sœurs de Saint-Paul (Chartres), 34.

Celles de la Charité de Strasbourg, 30.

Celles de la Charité d'Evron, 30.

Celles du Saint-Sacrement romain, 30.

Celles de Saint-Thomas de Villeneuve (Paris), 28.

Les sœurs de Saint-Charles (Lyon), 25.

Celles de la Charité de Bourges, 25.'

Celles Trinitaires (Valence), 25.

Cellfs de r Enfant Jésus (Lille), 24.

Celles de Saint-Thomas de Villeneuve (Aix), 22.

Celles de Saint-Joseph (les Vaus), 20.

Cette diffusion d'ordres différents a également un autre inconvénient sérieux f les sœurs étant cloîtrées ne sont jamais envoyées dans une maison d'un autre ordre, et toutes les améliorations apportées dans un hospice restent inaperçues dans les autres, et souvent même, quand elles sont connues, elles sont contestées par suite de la rivalité des congrégations entre elles; l'administration épiscopale, si elle porte un vif intérêt à la bonne gestion des hospices, devrait pousser autant que possible à la fusion de tous les ordres religieux qui s'occupent du soin des malades et des indigents.

Quelques laïques s'occupent également des hô^ pitaux ; 68 d'entre eux-sont desservis par des per* sonnes n'appartenant à aucun ordre religieux, 4 par des diaconesses protestantes.

Quant aux infirmiers et servants, ils offrent un personnel assez médiocre; il est temporaire, il faudrait pour l'améliorer donner aux bons sujets un salaire progressif et plus élevé, il faudrait enfin leur assurer une retraite après de bons et longs services.

Nous venons de voir que 21 ,000 personnes environ donnent leurs soins aux 141,000 usufruitiers des lits d'hôpital et d'hospice.

Ces différents pensionnaires, recensés eal866, se décomposaient ainsi :

Infirmes et vieillards vivant dans les hospices, 58,628.

Enfants trouvés, abandonnés, orphelins à la charge des hospices, 48,277.

Malades dans les maisons de santé et les hôpitaux, 19,041.

Ces chiffres, qui sont ceux des pensionnaires temporaires ou déiinitifs des différents établissements hospitaliers, ne sont pas toutefois ceux de la population infirme, malade ou indigente.

Les aveugles, notamment, étaient, en 1866, au nombre de 31,968 pauvres ou riches; 4,726 aveugles de naissance, 25,857 à la suite de maladies ou d'accidents^ 1,385 pour lesquels la distinction n'avait pu être faite; le plus grand nombre dans les familles.

Les sourds-muets comptaient 21^214 individus, dont 15,980 de naissance, et 5,234 par suite de maladie ; la plupart dans leurs familles.

50,726 aliénés, presque tous dans des asiles.

39,953 crétins et idiots, un certain nombre isolés dans leurs familles.

68,808 goitreux, dans les familles.

21,214 sourds-muets, dans leurs familles.

Total, 202,669 infirmes ou malades.

Ces infirmités affectent 96,935 hommes et 105,734 femmes ; les femmes fournissent plus d'atiénéeset de goitreuses, les hommes plus d'idiots, d'aveugles et de sourds-muets.

Tous ces malheureux ne sont pas secourus dans l'état actuel des choses, et un grand nombre d'entre eux sont obligés de recourir à la charité privée^

 Paris, la situation est meilleure qu'en province; le budget charitable est de 20 millions; l'adminis-

tratioQ possède trente établissements, 19 hôpitaux^ 11 hospices. Contenant à savoir: les hôpitaux--» 7,710 lits; les hospices, 11,075. — Les individus^ traités dans les hôpitaux ont été, en 1864, de 98,824 -» et les hospices ont entretenu 19,029' vieillards, ii^^"' firmes ou enfants.

Les dépenses des hospices et hôpitaux de toute 1^^ France, en 1867, ont été de 37,881,414 franco 94 centimes.

Le prix moyen de la journée pour le traitement ^ des malades à domicile a été de 1 fr. 12 c, tandis que le coût du traitement à Thôpital a été de 2 fr. 50 c.

La c(»mparaison de ces deux chiffres ouvre à la question un horizon tout nouveau ; on voit qu'il y a quelque chose de plus utile à faire que ce qui se fait, en organisant sur de plus larges bases le traitement à domicile pour remplacer le traitement à Thôpital.

Est-il moral, sage et économique d'envoyer prendre un malade dans son domicile, d'arracher le mari à sa femme, Tenfant à la mère, le vieilard à ses filles pour les amener à l'hôpital?

Non, aucun intérêt avouable ne nécessite cette manière de procéder.

Il est équitable de le reconnaître; de tout temps l'administration supérieure a recommandé les secours à domicile, comme préférables aux maintien dans l'hospice, chaque fois qu'il était possible de les donner.

Mais la résistance est presque toujours venue

des autorités locales, des petites notabilités qui voulaient tenir les pauvres à l'hôpital ou à l'hospice p^ur mieux les avoir sous leur joug, pour les avoir à leur disposition absolue les jours de vote. Les commissions d'hospice, nommées sur la proposition des maires par le pouvoir central, ont une velléité d'indépendance à rencontre des conseils municipaux qui ne sont consultés le plus souvent que pour la forme.

Cette tendance à Tisolement et à Tautonomie est un des obstacles les plus sérieux qui s'opposent au progrès de l'assistance publique.

Une des premières choses à faire, c'est de fusionner les commissions des hospices avec celles des bureaux de bienfaisance, et si on continue à donner la nomination à l'autorité supérieure, il conviendrait que les candidats fussent au moins présentés par les conseils municipaux et non plus par les maires seuls.

Nous avons dit que la journée du malade dans l'hospice coûte 2 fr. 50 c. à l'établissement; ce chiffre n'établit qu'une moyenne, et moins l'établissement est important, plus ses dépenses sont relativement élevées; certains hospices voient chaque journée de pensionnaires'élever beaucoup plushaut. A llliers (Eure-et-Loire), le prix de journée ressort à 19 fr. 7 c, àCéret (Pyrénées-Orientales) à 17 fr. 29 c, à Seneches, à Toury, à GourseauxàlOfrancs; dans plus de dix hospices il dépasse 5 francs, et 3 francs dans un très-grand nombre d'autres.

La conclusion- est facile à trouver; puisque le ma-

lade à domicile ne coûte que 1 fr. 12 c, il faut diminuer les lits d'hôpital et étendre considérablement les secours à domicile.

La loi d*août 1851 a tracé la voie aux administrations locales. Pourquoi n'a-t-elle pas été suivie généralement? C'est-ce que nous nous propo^ns d^examiner, après avQîr, toutefois, constaté avec bonheur les résultats obtenus à Paris au moyen des secours à domicile.

A Paris, en 1864, on avait soigné 29,661 malades à domicile ; en 1867, on en a traité 6S,503, quand la population a eu compris la moralité et les avantages du traitement à domicile; en 1864^ on avait donné 102,472* consultations gratuites; on en a donné 355;089 en 1867.

Les avantages de la mesure ont été plus sensibles encore pour les accouchements à domicile. Il y en avait eu, en 1864, 1,597; on en a compté 8,741 en 1867 ; — les maladies, les décès ont été beaucoup moins nombreux que dans les hôpitaux spéciaux.

Si Ton veut faire quelque chose de sérieusement utile sur la question de l'assistance publique, la première base de la réforme doit être, nous ne saurions trop le répéter, le secours à domicile pour le vieillard et Tenfant aussi bien que pour le malade^ toutes les fois que la chose est possible.

Mais il faut surtout réformer toute Torçanisation actuelle, fusionner les deux services latéraux, hospice, hôpital et les bureaux de bienfaisance.

Ces dernières institutions légales sont encore

presque ignorées, car tandis que 1,382 hôpitaux dis* posent de plus de 60 millions de revenus^ les 13,298 bureaux de bienfaisance n'ont que 19 millions de rente, sur lesquels 2 millions seulement sont employés en secours médicaux.

Les quatre cinquièmes des donations et des legs vont aux hospices ; c'est que le bienfait dans ce cas ' est visible et attesté.

Il est donc absolument indispensable et urgent de réunir Thospice et le bureau de bienfaisance; on pourra tout d'abord réduire les frais de Tétat-major. Tl faut faire désigner les candidats des comités de bienfaisance et d*hospicepar les conseils municipaux pour établir Tunité et la confiance dans les services hospitaliers et communaux.

Cette union arrêtera peut-être les commissions sur la pente des constructions et des bâtisses, une des causes de malaise et de ruine pour tous les établissement charitables.

Là où l'importance de la commune ne lui permet pas d'avoir un hôpital-hospice, elle peut toujours avoir un bureau de bienfaisance, lui constituer des revenus au moyen de quêtes et de souscriptions particulières et d'une subvention sur le budget communal. Elles pourront toutes alors venir en aide à leurs indigents, les secourir à domicile et même les envoyer à l'hôpital du canton ou de l'arrondissement, en profitant de la loi d'août 1851, pour faire traiter les malades dans Thospice le pluSi voisin.

En Belgique, tout indigent, en cas de nécessité,

est provisoirement secouru dans la commune où il se trouve; n'en pourrait-il être de même chez nous*? Quand il s'agit de payer l'hospice, on a toujours le temps de s'assurer d'une responsabilité quelconque^ celle de l'individu soigné, d'abord, celle de ses pèrtf» et mcre ou de ses enfants, celle de la conmiune si la famille est trop pauvre pour payer, et enfin cell^ du département si la commmune n'a pas de ressources suffisantes.

Ce secours, donné à l'indigent en cas d'urgence, n'empêcherait pas que toutes les fois qu'il serait possible,' on vint en aide au malade ou à l'infirme resté dans sa famille.

On a souvent parlé des difficultés que rencontrent les indigents des communes rurales lorsqu'ils ont besoin de se faire soigner et surtout de se faire admettre dans les hôpitaux des villes.

Ces difficultés disparaîtront le jour où l'assistance médicale gratuite sera réellement organisée dans les campagnes, ce qui n'a pu avoir lieu jusqu'à présent faute de subventions suffisantes; jl suffirait de faire figurer parmi les dépenses obligatoires des budgets communaux l'indemnité à la médecine gratuite pour que la question fît très-vite un pas important.

En attendant, ne pourrait-on, dès aujourd'hui, prescrire dans chaque hôpital ou hospice une consultation gratuite pour les malades indigents, au moins deux ou trois fois par semaine ; ceux qui seraient jugés assez souffrants pour le nécessiter, pourraient être immédiatement mis en possession

d'un lit d'hôpital. Nul,j)eut-être, n'a droit à l'assistance, mais l'assistance n'est-elle pas un devoir de la société, et l'urgence des secours ne doit-élle pas dominer toute autre considération ?

La réunion à l'hôpital du service externe et internç n'est pas d'ailleurs une idée nouvelle, elle est pratiquée en Angleterre depuis plusieurs siècles, et c'est avec le plus grand succès.

Il faut également que Thôpital donne aux indigents les médicaments à domicile; le développement des secours à domicile aura pour avantage principal de rendre inutile la construction de nouveaux hôpitaux, dont les bâtisses coûteuses amoindrissent les dotations %i ruinent les villes.

Il faut enfîn autoriser les hospices à dépenser la moitié et même les trois quarts de leurs ressources en secours à domicile pour les malades et en secours annuels pour les vieillards et les enfants placés dans les familles; les aliénés eux-mêmes pourraient être, avantageusement, comme en Belgique, mis en pension chez les particuliers; qu'on le sache bien, toute mesure prise contre la concentration des indigents dans des hospices ou hôpitaux casernes, sera favorable à l'esprit de famille et par conséquent à la société.

Page 1