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LES FEMMES GALANTES ET LES PROSTITUEES

Kombre des femmes se livrant à la prostitution, à Paris et dans les départements. — Prostitution clandestine. — Femmes inscrites. — Maisons de tolérance, — Maisons à parties. — Procureuses, maisons de passe. — Entremetteurs. — Statistique de la prostitution au i*' janvier 1870. — Fléau vénérien, nombre des malades soignés dans les hôpitaux spéciaux, chei eux. — Soldats malades. — Répression dans les départements.

— Visites sanitaires à Paris. — Nombre des insoumises malades. — Enregistrement des femmes prostituées. — Détention des filles à Saint-Lazare. — Recrutement de la prostitution.

— Causes de la prostitution. — Œuvres cl^aritables pour les repentautes.

La nuance entre ces deux catégories de femmes est actuellement si peu sensible, et les résultats qu'elles offrent pour la santé publique sont tellement analogues, qu'on peut les placer à côté Tune de l'autre dans le même cadre.

L'assimilation se justifie d'autant mieux qu'il ré-

suite des documents et des chiffres que nous allons 1 produire ce fait que, si la prostitution officielle semble avoir diminué, au moins à Paris, la galanterie vénale, en revanche, en changeant déforme, s'est tellement multipliée, qu'il faut, à la fois, au double point de vue des mœurs et de la santé publique, se préoccuper autant de Tune que de l'autre.

Combien y a-l-il à Paris et dans les départements de femmes se livrant à la prostitution? (1).

Les filles publiques inscrites dans toute la France, à Paris et dans les départements, d'âprês la statistique de 1866, était de 11,291 patronnes, c'est-àdire travaillant pour leur propre compte., et 551 employées. Pour les départements ce chiffre es^ absolument impossible à contrôler , car no^^ croyons que la di^éction de la sûreté générale ï^^ s'occupe pas de centraliser les questions de prôst^* tution départementale.

Le même doute existerait pour Paris^ si on voi^' lait savoir exactement le nombre des femmes plil^ ou moins galantes, qui n'ont d'autre moyen d'exis " tence que les produits de l'amour.

Il est certain que dans les hautes régions sociales^ comme dans les plus humbles catégories, le liber-^ tinage a profondément modifié ses conditions; la^

(1) Une grande partie des renseignements spéciant ei des chiCH'^s de ce chapitre sont empruntés au remarquable travail sur la prostitution, publié^ en 1870, par notre ancien condisciple^ et ami, aujourd'hui chef de la i'^ division à la Préfecture de police, M. Lecour.

grisette, qui passait successivement des bras d'un étudiant dans ceux d'un autre jeune homme, a disparu, et, il faut bien le dire, la commandite et la participation ont été étendues à Tamour.

La lorette de haute et de moyenne volée, la iemme à parties, la femme des maisons de rendez-vous ont pris une large place dans la prostitution et si leur racolage ne s'opère pas généralement sur la voie publique, elles n'en sont pas moins habituées à disposer de leurs charmes en faveur de tout inconnu prêt à donner le prix qu'elles demandent.

En fait, ce sont des prostituées; elles ont un tarif, etla seule différence qui les sépare des filles soumises , c'est qu'elles emploient souvent des intermédiaires pour le recrutement de leur clientèle, et qu'elles exercent sans autorisation.

S'il fallait donc mettre au compte dii personnel de la prostitution toutes celles qui en vivent et qui se donnent simultanément à plusieurs hommes, le chiffre total serait considérable.

L'administration englobant, d'après des renseignements qui sont certainement sérieux, toutes les femmes se livrant, à Paris, à la prostitution publique, qn évalue le nombre à 30,000 environ.

Ce chiffre s'applique à toutes celles qui sont un danger pour la santé publique, aux filles soumises inscrites à la police, aussi bien qu'aux prostituées clandestines de toutes les catégories que nous venons d'énumérer.

Dans cette statistique figurent évidemment à côté des femmes faisant ouvertement appe! aux passions

des passants sur les boulevards et dans les raes de la capitale, celles qui, assises à la devanture des cafés, dans les petits théâtres, dans les bals publics, sur les promenades, etc., se livrent à des provocations qui ne sont pas moins apparentes et dont la prostitution ne diffère de celle des premières que par une différence de tarif et surtout par le danger plus grand qu'elles présentent pour la santé gênéraie.

L'exercice de la prostitution clandestine est plus brillant dans l'apparence, et il n est pas trèsdangereux au point de vue de la liberté personnelle ; c'est probablement ce qui explique le petit nombre relatif des filles qui se soumettent aux règlements de la police et qui figurent sur ses états. On serait loin de le croire, quand on a parcouru nos boulevards et nos rues pendant une soirée, cependant le fait est incontestable : il n'y a à Paris que 3,600 filles soumises.

Certaines filles inscrites isolées sont, en raison de leur âge, autorisées à loger dans un garni.

L'autorisation nécessaire pour l'établissement de lieux de tolérance ne s'accorde qu'à des femmes, et quand elles sont mariées elles doivent présenter le consentement de leur mari et celui du propriétaire de l'immeuble qu'elles veulent utiliser.

Cette autorisation est essentiellement révocable, et elle est effectivement* révoquée ou suspendue en cas d'abus.

Il y a plusieurs espèces de maisons de tolérance; celle qu'on appelle maison à partie dont aucun

signe extérieur ne révèle l'existence; on les appelle également maisons de passe ou de rendez-vous, parce qu'elles ne conservent pas de prostituées à demeure; ce sont souvent des hôtels équivoques dans lesquels des couples irréguliers se rencontrent ou se donnent rendez-vous; ce sont encore des habitations de procureuses qui, pour leur clientèle ou des étrangers de passage, envoient chercher à leur domicile certaines femmes vénales dont elles ont les noms et la photographie et qui viennent se prostituer chez ces entremetteuses.

Ces maisons de passe, de même d'ailleurs que les maisons publiques, recrutent leur clientèle de différentes façons : des cochers offrent aux voyageurs de les conduire chez leurs clientes, des garçons d*hôtel ou de café fournissent des adresses de femmes; des tapissiers les meublent à crédit; des conducteurs de diligence recrutent pour le compte des maisons de tolérance; et certains bureaux de placement, à l'aide d'annonces fallacieuses, attirent les jeunes filles qui se trouvent sans ressources et les envoient aux maîtresses des m^iisons publiques.

On comprend que toutes ces maisons de passe ou de rendez-vous et que toutes les entremetteuses ne puissent être connues de la police; il n'est donc pas possible de donner le chiffre exact de tous les repaires de la galanterie vénale qui se dissimule.

La prostitution ofScielle diminue, le nombre des maisons de tolérance est moindre; c'est que là prostitution clandestine s'est développée dans les

plus larges proportions, c'est qu'il est, paraît-il, facile d'échapper à la police; le chiffre des arrestations d'insoumises est seulement de 2,000 par an, tandis qu'il pourrait être facilement décuplô si les inspecteurs des mœurs étaient plus nombreux.

On possède des renseignements complets et exacts sur les filles inscrites à la police; on les divise en trois classes principales :

l^Les filles majeures inscrites en province qui sont venues s'établir à Paris ; 2"* les filles majeures ou mineures qui demandent leur inscription sur les registres ; S** celles qui se refusent à l'inscription.

L'inscription est une formalité tout à fait confidentielle qui n*est divulguée que dans un intérêt judiciaire; les radiations s'obtiennent facilement quand la femme peut donner des garanties; quand elle se marie, quand elle se conduit bien et enfin quand elle prouve qu*elle possède, sans recourir à la prostitution, des moyens d'existence sérieux.

Les filles inscrites qui deviennent maîtresses de maisons de tolérance obtiennent la radiation, mais à titre provisoire seulement.

Les femmes inscrites se divisent également en filles isolées, logées dans leurs meubles, vivant à leurs frais, et les filles de maisons qui logent dans les maisons de tolérance et qui sont nourries et logées par les directrices de ces établissements. , Le nombre des inscriptions n'est pas aussi considérable qu'on pourrait le croire, il ne s'élève qu'à 330 environ par an ; presque toutes les demandes

viennent de provinciales, les prostituées de Paris s'appliquant de préférence à la prostitution clandestine, à celle qui recrute sa clientèle dans les petits théâtres, dans les cafés, dans les bals, sur les promenades.

La catégorie la mieux connue est celle des maisons de tolérance dont le gros numéro, placé audessus de la porte, et la clôture hermétique des fenêtres indiquent suffisamment la spécialité.

Ces maisons, au !«' janvier' 1870, étaient au nombre de 134 à Paris et de 18 dans la banlieue, en tout 152. L'administration autorise la cession d'une maison de tolérance qui doit toujours être gérée par le titulaire.

La mère et la fille ne peuvent habiter ensemble dans lamôme maison, seraient-elles majeiites toutes les deux; les filles ne peuvent avoir de concubinaire, ni habiter ensemble dans la même chambre, elles ne peuvent conserver chez elles leur enfant quand il est âgé de plus de quatre ans.

Nous avons dit que le nombre des prostituées inscrites sur les livres de la police allait toujours en diminuant; ily a, toutefois, depuis les deux sièges de Paris, une certaine amélioration à ce point de vue; la police se montrant plus sévère a pu faire inscrire un certain nombre de filles jusqu'alors insoumises. Cette diminution antérieure avait été de 611 filles de 1840 à 1855, et de 370 de 1855 à 1870. Ce résultat ne prouvait rien en fayeur de la continence, puisque le nombre des insoumises s'est

accru dans une proportion beaucoup plus considérable.

La diminution dn> ipaisonsde tolérance, qui a été également très-sensible, ne prouve pas davantage, pas plus que le chiffre moins élevé du nombre des pensionnaires de ces maisons qui, de 1 ,935, chiffre moyen de 1855 à 1860, était réduit à l,2i)6en 1869. L'augmentation du nombre des filles isolées inscrites n'a pas été aussi sensible qu'on pouvait le croire après la diminution du nombre des maisons de tolérance. Ces filles isolées, logées chez elles^ étaient au nombre de 2,429 en 1855 ; on en comptait 2,525 en 1869.

Voici le résumé statistique de la prostitution, constatée au 1«' janvier 1870 :

Le nombre total des filles inscrites était de 3,656, soit 1^066 filles de maisons de tolérance et de 2,590 filles isolées.

Ce chiffre diffère peu de celui des prostituées inscrites à Saint-Pétersbourg.

A Londres, on compte 9,685 femmes inscrites, et le total général avec les insoumises est de 80,000. Si maintenant on veut se rendre compte du nombre des filles inscrites à Paris, et actives , il faut faire la part des punitions^ des maladies et des disparitions; les 3,656 filles inscrites au 1" janvier 1870 se divisaient ainsi: 21 détenues pour crimes ou délits; 213 en punition à Saint-Lazare; 165 en traitement à rinfirmerie du même établissement; 27 en traitement dans divers hôpitaux pour syphilis; 447 disparues et 2,783 seulement en circulation.

La diminution des maisons de tolérance est trèsregrettable au point de vue de la santé publique^ car quand on cherche le plaisir à Taventure, c'est au grand péril de la santé; la diminution des inscriptions volontaires entraine toujours à sa suite une augmentation du nombre des insoumises. Or, on ne saurait trop le répéter, si les filles inscrites fournissent une malade sur 60 , les insoumises en fournissent 1 sur trois.

La vérité absolue de cette affirmation est surabondamment prouvée par les chiffres officiels. Sans doute, et même pour Paris, il est très-difficile de préciser exactement le nombre des malades atteints de syphilis, la plupart d'entre eux, en effet, échappent à la constatation administrative, notamment tous ceux qui reçoivent des soins à domicile et dans la pratique médicale privée.

On peut, en revanche, donner le bilan exact de ceux qui ont été atteints, en 1867 et 1868, parle Qéau vénérien, et qui ont été soignés dans les établissements publics.

En 4867, l'hôpital du Midi a reçu 3,226 malades 3t 3,185 en 1868 ; l'hôpital de l'Ourcine 1,030 en 1867, et 1,024 en 1868.

Les affections secondaires, traitées dans les hôpi- ;aux ordinaires, se sont élevées à 1,403 en i867, et I 1,551 en 1868. Le nombre des femmes vénériennes à Saint-Lazare a été de 1,694 en 1868.

Le chiffre des soldats de la garnison de Paris itteints de maladies vénériennes, en 1868, a été de 1,907.

Il résulte de ces données que la moyenne des maladies syphilitiques soignées dans les divers établissements publics est de 9,500 individus des deux sexes.

On suppose que ce chiffre ne constitue que le cinquième du nombre total des vénériens de Paris traités à leur domicile par leurs médecins; on arrive donc au total formidable de 47,500 sujets atteints chaque année, plus ou moins gravement, à Paris, de la syphilis.

Il serait bien difficile, sinon impossible, d'apprécier, même approximativement, la situation de la prostitution dans les départements.

La prostitution est tolérée dans un très-grand nombre de villes; il y a lieu d'en gémir, car la plaie qui gâte le corps gangrène les cœurs; mais les municipalités, pas plus que l'administration centrale, n'ont,'en province, le moyen d'empêcher les filles malades de continuer leurs désordres.

Les filles inscrites sont assujetties hebdomadairement aux visites d'un médecin; quand elles sont déclarées malades , on n'a aucun moyen de s'assurer qu'elles se font traiter sérieusement et qu'elles suspendent l'exercice de leur commerce interlope.

Quand elles sont étrangères au département ou à la ville, on les en expulse; mais quand elles sont nées dans le département, on ne peut que les faire reconduire dans leurs communes originaires où elles perpétuent leurs désordres, lorsqu'elles ne reviennent pas secrètement dans les faubourgs des villes d'où elles ont été chassées.

Cet état de choses a des inconvénients graves, surtout dans les villes de garnison où le nombre de soldats atteints de maladies syphilitiques souvent très-sérieuses, constitue une lourde charge pour les finances de TÉtat.

L'usage est de faire donner par le soldat malade le nom et Tadresse de la fenime à laquelle il attribue la contagion ; cette déclaration n'est pas toujours sincère et donne prétexte à des satisfactions de vengeance.

La police de Paris reçoit journellement et en quantité des écrits anonymes ou non qui désignent des femmes comme atteintes de maladies contagieuses; ce sont ou des actes de rancune plus ou moins légitime ou souvent d'odieuses calomnies.

Dans tous les cas, l'administration est tenue à une grande réserve ; s'il s'agit de prostituées, elles sont arrêtées et dirigées sur l'infirmerie de Saint- Lazare; s'il s'agit de femmes qui ne sont pas, par leur position, astreintes aux mesures administratives, elles sont cependant mises en demeure de justifier par l'attestation d'un médecin qu'elles suivent un traitement sérieux, ou elles sont tenues d'entrer à l'hôpital de l'Ourcine,

Lorsque l'administration, ce qui arrive souvent, est en présence d'une femme n'ayant ni domicile ni ressources dans le département de la Seine, il est pourvu d'urgence à son envoi à l'Ourcine, sauf à s'adresser plus tard aux autorités du domicile de la malade pour obtenir le remboursement des frais de traitement.

On sait que toutes les filles soumises sont astreintes à des visites qui ont lieu pour certaines d'entre elles a leur domicile, mais pour la plupart dans un local spécial placé près de la Préfecture de police , et où Tétat sanitaire de chacune est constaté avec le plus grand soin.

Cet établissement qu'on appelle le dispensaire, était, lors de sa fondation, une espèce d'hôpital dans lequel on donnait des consultations et des soins aux indigents atteints de syphilis.

A présent que l'infirmerie de Saint-Lazare et les deux hôpitaux spéciaux du Midi et de rOurcine traitent les maladies syphilitiques^ le dispensaire est resté réservé aux seules filles publiques et aux femmes arrêtées pour faits de prostitution clandestine.

En 18i8, la moyenne des visites des filles publiques par les médecins du dispensaire était annuellement de 20,000; en 1869, la moyenne de ces visites montait à 118,000 environ.

Pour les insoumises, les visites s'élèvent par 2J^ à 2,000 environ; en 1869, sur 2,000 insoumises arrêtées, on trouva 840 syphilitiques et 81 atteinte^ de gale et d'ulcérations. Beaucoup de ces filles soi>^* atteintes de maladies contagieuses, on ne saurai^ trop le répéter. Malgré toutes les difl5cultés de 1^* constatation, on compte une femme malade sur 6C^ filles inscrites, tandis qu'on en compte une sur^ deux et demie filles insoumises.

La prostitution clandestine, celle qui s'exerce hors le contrôle de l'autorité, que la fille soit en

haut ou en bas de Téchelle, donne une malade sur chaque deux ou trois filles.

Il y aurait donc au moins un conseil à donner à ceux qui courent les aventures» celui de n'accepter les propositions que des seules femmes pouvant montrer une carte en règle prouvant leur inscription à la police. Sans doute la question est délicate, mais elle aurait d'heureux effets pour la santé d'un grand nombre de malheureux.

L*insciiption sur les registres de la police n'a pas lieu aussi sommairement qu'on pourrait le croire.

Si l'enregistrement se fait de droit pour les filles majeures déjà arrêtées précédemment pour débauche, il n'en est pas de même pour les filles égarées ou mineures qui sont plus souvent que les autres atteintes de syphilis, mais qui sont encore sous l'autorité paternelle.

Les parents sont discrètement prévenus ; mais, * soit indifférence ou dégoût, ils répondent rarement aux invitations de l'autorité; en cas de récidive, la mineure est alors inscrite d'office. Ces inscriptions s'élèvent annuellement de 330 à 350; sur ce nombre figurent seulement une centaine de filles nées à Paris.

L'inscription pour les filles de Paris, aussi bien que pour celles des départements, n'a jamais lieu sans que le chef du service n'ait préalablement interrogé celle qu'on va inscrire ; on lui demande les motifs de sa détermination ou de sa conduite, et on l'engage à chercher un autre moyen d'existence.

La réponse est à peu près stéréotypée ; toutes recourent à la prostitution parce que. leur famille les a abandonnées et parce qu'elles n'ont pas de travail. On leur offre un asile dans un établissement de charité, où, après leur avoir fait subir un temps d'épreuve, on les placera comme domestiques; leur seconde réponse est encore invariable : elleç ne veulent pas être domestiques^

L inscription a pour résultat de leur faire délivrer une carte sur laquelle sont inscrites à leur ordre de date, toutes les visites sanitaires auxquelles les filles sont astreintes.

Ce$ visites oqt lieu pour les filles isolées au dispensaire où elles viennent successivement; pour les femmes de maisons, les visites sont faites dans l'établissement même où elles exercent, par quatorze médecins.

Les filles de la banlieue sont amenées au dispensaire dans des voitures fermées.

Les filles soumises qui ne viennent pas exactement au dispensaire et qui désobéissent aux règlements spéciaux de police, sont, pour ces actes, enfermées à Saint-Lazare par voie de décision administrative et après que leurs explications ont été entendues par le chef du bureau des mœurs.

En 1869, sur 3,987 filles arrêtées, 2,519 ont été punies; certaines filles ont subi jusqu'à cent peines par an. C'est ce qui constitue l'énormité du chiffra des arrestations ; il suffit, en effet, de plusieurs fem^ mes réfractaires ou indisciplinées pour le cons-' tituer.

♦ Saint-Lazare renferme environ 1,100 détenues, dont 400 filles soumises et 100 filles insoumises.

De tous temps la prostitution a été frappée et réprimée, et les mesures qui sont encore en vigueur ont été décrétées en 1789 et 1790.

Les filles arrêtées pour débauche sont enfermées à Saint-Lazare qui possède depuis 1836 des quartiers spéciaux réservés aux prostituées.

Toute fille arrêtée est soumise à Texamen d'un médecin; celles qui ont moins de seize ans et qui ont déjà eu des relations avec des hommes, si elles ne sont pas trouvées malades, sont placées dans une des deux sectioft^ réservées aux jeunes détenues; en cas de maladie elles dont internées à l'infirmerie jusqu'à leur guérison ; aU-dessuS de l'âgé de seize anâ elleâ sont placées dans le quartief réservé aux insoumises.

Les moralistes ont souvent recherché les causes delà prostitution; elles sont à peu près toujours les mêmes: la paresse, Tamour du luxe et du bienêtre, l*abandon ou les mauvais traitements par les parents ou par le 'premier amant, le contact d'autres femmes plus âgées et d^jà perverties qui procurent une camarade au camarade de leur amant, le manque de travail, ou Tinsuffisance du salaire.

Nous avons vu que le recrutement des filles s'opère en province dans des bureaux de placement borgnes, par des conducteurs de voiture; il s'exerce également sous le couvert de l'industrie, du commerce à la toilette, et souvent dans

un magasin apparent qui n'est réellement qu'un lieu de débauche.

Beaucoup de proxénètes sont d'anciennes femmes prostituées qui, ne pouvant plus trouver d'amants, en procurent aux autres.

Telle mère vend sa fille, (Bt finit parêtresabonne.^

L'art. 334 du Code pénal punit d'un emprisonnement de six mois à deux ans le crime d excitation à la débauche des mineures ; cela n'empêche pas les proxénètes, carie nombre des arrestations pour excitation de mineures à la débauche s*élève à plus de 60 par an, à Paris.

Le souteneur est l'un des châtiments les plus cruels de la prostitution; il exploitera fille sa maîtresse, et quand il le peut, c'est lui qui fait chanter le client. Bien que la cohabitation des filles avec leurs touteneurs soit interdite, il y en a beaucoup qui demeurent avec elles ; car on n'a, contre ces misérables, aucune action légale, si ce n'est contre ceux qui sont étrangers au département et qu'on expulse. Certaines filles sont très-attachées à leurs souteneurs, et on en voit qui quittent Paris, pour suivre leurs amants quand ils en sont expulsés.

Parmi ces malheureuses femmes on trouve encore quelques sentiments honnêtes; si quelques-unes dépouillent l'homme quelles ont racolé, beaucoup d'autres restituent des objets oubliés ou perdus chez elles ; on trouve des calculatrices qui tiennent des livres et une comptabilité régulière du produit ^e leur débauche ; beaucoup remplissent leurs devoirs religieux, et toutes sont très-superstitieuses.

Ce qui prouve que chez les filles soumises tout bon sentiment n'est pas mort, c'est que leur principale ambition est de se faire rayer des contrôles de la police, et qu'il est plus facile de les déterminer au travail après quelles se sont livrées à la prostitution qu au moment de leur inscription sur les registres officiels.

C'est ce sentiment qui, apprécié par les moralistes, a provoqué la création d'œuvres charitables ayant pour but la réhabilitation des filles soumises, par le travail.

Le Bon-Pasteur et Touvroir de Notre-Dame se préoccupent de cette œuvre. Les dames qui les dirigent vont chercher les filles à l'hôpital de l'Ourcine et à Saint-Lazare ; elles les instruisent, les moralisent et les envoient, après un stage à l'ouvroir, dans des familles sûres, en province; elles cherchent, en outre, à faire rentrer dans leur famille les filles dignes d'intérêt.

L'ouvroir de Notre-Dame possédait, en 1870, 90 pensionnaires, dont 86 de quinze à vingt ans et quatre femmes mariées.

,Comme résultat obtenu depuis 1862, 57 filles sont rentrées dans leur famille, 62 ont été placées comme iomestiques, 25 envoyées dans divers établissements, 19 sont mariées, et 7 sont mortes étant revenues à la bonne conduite.

Cette société s'alimente presqu'exclusivementavec le produit du travail de ses protégées.

Dans une période de vingt ans, l'œuvre protes-

tante des dîâcoticsses à reçu plus de 4,000 prostituées repenties.

A Montpellier, un vénérable ecclésiastique, l'abbé Soulâs, à côté d'une œuvre pour les jeunes filles détenues a fondé un refuge pour les femmes sortant de prison et pour les anciennes prostituées; cet établissement rend de très-grands services dans les

départements du Midi<

En résumé^ nous avons vu quelles sont les causes de la prostitution; sll est bien difficile de les faife disparaître, on peut toutefois chercher à enrayer les progrès du mal.

 Paris^ on pouri*ait multiplier le nombre des agents changés de siiWeiller les mœurs, et dans l'intérêt de la santé publique rechercher plus aciivement la prostitution clandestine; sans arrêter dans la rue les femmes suspectes, ont pourrait les suivie jusqu'à leur domicile et établir une surveillance occulte; les garnis qui ne sont que des maisons de passe, pourraient être astreints à inscrire les noms et l'adresse de toutes les femmes qui y prennent une chambre, ne fût-ce que pour quelques instants, car ces sortes de garnis sont les principaux repaires de la prostitution clandestine.

Mais c'est seulement dans Pensemble d*une série de mesures d'intérêt social qu*on pourra trouver le moyen de diminuer le nombre des prostituées.

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