‹ Les populations dangereuses et les misères socialesChapitre 22 sur 59 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

Les coquins vulgaires

Vagabondage en voiture, marchands de paniers ambulants. — Jôueurâ d'orgues, colporteurs, chanteurs, saliimbanques. — Colporteurs. — Mesures réglementait-es. — AUtorlsatidti pér- 8onnell0. >-^ Les 600 autotlBës de la Préfecture de policé. *^ Les 6,000 marchands ambulants. — Les camelots. — Les vidangeurs. — Les chiffonniers. — Les déménageurs, etc.

Le tiôrtlbrô des iridividuâ âppàrtehàrtt aux diverses catégories de ce chapitre est beaucoup plûâ corisidëfàbie qu on he lô supposé généraleftiétit.

Les meridiàntâ en voiture, ceâ innombrables fatiiilles de bohémiens, pai*coUfent les catnpagrtés, avec leut* iriftigre attelage, demandant ràUhiôtlë, vivant eux et leur haridelle, de rapines et dé pillage ; ils campent dans leurs charrettes aux àbôMs

des villes, où ils envoient leurs enfants, sous prétexte de vendre des paniers d*osier, implorer la charilé publique.

Plusieurs circulaires ministérielles ont prescrit de faire la chasse à ces vagabonds en voiture, mais grâce à la facilité des maires, grâce surtout à la difSculté d'emprisonner toutes les familles de traînards et de mettre leur équipage en fourrière, on les laisse impunis.

Cette tolérance est fâcheuse; ces sauterelles, comme les vagabonds basanés de Perpignan, devraient être, dans l'intérêt public, sévèrement réprimés.

Nous ne voyons pas davantage la nécessité d'autoriser les joueurs d'orgue et les chanteurs ambulants qui parcourent la France en tous sens, et qui composent les principaux ornements des foires et des marchés.

Si la poésie de ces ménestrels était pure, nous ne verrions que demi-mal à leur circulation ; mais leur répertoire n'est ordinairement qu'une assez triste collection de soi-disant poésies, productions ordurières qui offensent à la fois le bon sens, la langue et la morale publique.

Les saltimbanques, acrobates, faiseurs de tours, à pied ou en charrette, ne valent pas beaucoup mieux, et toutes ces individualités, quand elles ne sont pas personnellement criminelles, ont trop souvent pour les malfaiteurs une faiblesse qui frise la complicité.

On a eu la preuve de cette promiscuité dans un

procès célèbre et encore récent, celui des assassins de l'Ariége, où on voyait à côté du personnage principal, accusé de quatre assassinats, assis sur les bancs comme complices, un hercule forain et un dentiste ambulant.

L'acquittement de ce dernier prouva, sans doute, son innocence ; mais sa présence sur les bancs des accusés prouvait aussi, que toutes ces épaves sociales se connaissaient et vivaient dans une certaine communauté relative de camaraderie et d'intérêt.

Les colporteurs sont devenus beaucoup moins nombreux. Un autre procès criminel, non moins célèbre que celui de T Ariége, celui des assassins de Caen, a appris au public que parmi les marchands avec chevaux et voiture se trouvaient de véritables malfaiteurs organisés en bandes, et profitant dé leurs attelages pour se livrer plus à leur aise au vol et à l'asçassinat.

La loi de 1849 sur le colportage des livres, et surtout les deux circulaires du Ministre de la police, en 1852, ont profondément modifié le commerce et . le personnel du colportage de la librairie.

Avant ces mesures réglementaires, le colportage donnait lieu aux abus les plus graves ; non-seulement les livres les plus stupides et les plus immoraux, mais encore les images les plus obscènes et les engins de la lubricité formaient le fonds principal du porte-balle.

L'obligation, pour chacun de ces individus, d'avoir aujourd'hui une autorisation personnelle

qui ne se donne qu'à la préfecture dont dépend la commune où il est domicilié, la crainte de voir Tautorisation révoquée, ont complètement codifié et amélioré l'état des choses, et nous croyons quu présent, et grâce surtout à cette garantie de Tautorisation personnelle, Tindustrie du colportage des livres est devenue honorable.

Pourquoi donc n'imposerait-on pas également Tobligation d'une autorisation préalable obtenue à la préfecture du domicile à tous les autres ambulants, aux saltimbanques, aux dentistes, aux chanteurs, aux joueurs d'orgue?

Cette autorisation serait même une garantie pour eux, car elle leur assurerait auprès des populations une certaine dose de confiance qui leur fait aujourd'hui complètement défaut, et qui les fait considérer avec inquiétude par tous ceux qui les voient circuler dans leur voisinage.

A Paris, où la surveillance générale est beaucoup mieux faite qu'en province, la préfecture de police autorise 600 individus à exercer des industries qui sont équivalentes de la mendicité.

Ce nombre n'est jamais dépassé ; on ne donue d'autorisation nouvelle que lorsqu'il y a une vacance ; les autorisations favorisent quatre catégories diflérentes, que dans leur langage imagé les employés appellent l'ordre des quatre mendiants.

150 chanteurs ambulants, ISO saltimbanques, 150 joueurs d'orgue, 150 musiciens sont autorisés à arcourir la voie publique.

Ce sont évidemment des saltimbanques de der-

Qier ordre, et ils ne doivent pas être compris dans la noniencla.ture des 5,378 acrobates, saltimbanques, bateleurs qui occupent 964 employés, et qui parcourent la France pour constituer l'ornement des fêtes et des foires locales.

L'administration n'autorise aucun mendiant; elle tolère, sans doute, les pauvres qui encombrent le porche des églises et certains aveugles entêtés qu'on n'a jamais pu empêcher de solliciter la charité des passants ; la mendicité n'est jamais autorisée dans la capitale.

L'administration permet, en revanche, à6,00D individus, de vendre, en qualité de marchands de quatre saisons ambulants, divers produits alimea-> taires, des fruits, des légumes, du beurre, de la marée et quelques autres menus comestible^, des fleurs coupées, etc.

Ces marchands sont au nombre de 4,S00 pour desservir l'ancien Paris, et de 1,500 pour les communes annexées; ils doivent, avec leur petite voiture, circuler sans s'arrêter longtemps à la même place ; ils sont astreints à des règlements spéciaux assez sévères ; ils s'y conforment exactement, car la médaille qui constitue leur monopole est trèsenviée ; elle ne s'accorde qu'à la suite d'une enquête sérieuse faite sur la moralité des demandeurs qui, nous le répétons, sont fort nombreux ; ce sont tous des pères de famille ; presque tous de braves gens, car la moindre infraction aux règlements ou à la probité les exposerait à une destitution immé-^ diate.

L'ensemble du personnel est donc généralement bon ; et le seul reproche qu'on puisse leur faire, au moins k un certain nombre d'entre eux, c'est d'aimer un peu trop le vin et Teau-de-vie, et de professer une facilité d'allures conjugales quelquefois un peu trop variable.

A côté des marchands ambulants, on autorise également pour la soirée, auprès des théâtres et des bals publics, pendant la représentation, de petits étalagistes qui vendent des fruits ou des sucreries.

En général, ces petits marchands sont, nous le répétons, d'honnêtes gens; il ne faut pas les confondre avec ces négociants fantaisistes qui, aux abords d'un passage, dans une rue, sur le boulevard, et avec un éventaire très-léger et très-sommaire, débitent des chaînes de montre, des petits portemonnaie, ou tel ou tel autre petit objet de l'industrie parisienne.

Ces individus, qu'on appelle camelots^ composent une catégorie à part, dont il faut absolument se méfier.

Un individu offre ses services et son amour à une fille soumise; elle veut que son amant travaille; il travaillera, il se fera camelot en s'associant à tel autre individu son camarade ; la fille lui ouvre un crédit; avec 10 ou 15 francs, il achète chez un fabricant des articles de Paris un peu défectueux, des jouets nouveaux; et il s'installe.

Tandis qu'il provoque les clients par son boniment, le camarade, qu'on appelle le Pet^ fait le guet et pousse un cri d'avertissement lorsqu'il aperçoit à l'horizon venir un gardien de Paris ou un des agents qui sont chargés de surveiller la voie publique.

Le camelot est aux marchands ambulants autorisés comme l'insoumise de la prostitution, il vend de tout, au besoin; il est insaisissable, il lui esta peu près égal, pendant qu'il fait appel à la curiosité des passants, qu'un ami ou un confrère fasse la visite des poches de ses auditeurs ; le camelot est généralement un esprit facile qui connaît toutes les industries et qui n'a aucun préjugé au sujet de leur exercice.

Les camelots constituent une catégorie d'individus qui doivent être surveillés avec vigilance.

Les vidangeurs, — les chiffonniers, — certains chanteurs ambulants non autorisés, — un certain nombre des employés de déménagements doivent être également placés parmi les membres de la société, dont il est indispensable de surveiller les agissements.

Tous les individus qui travaillent la nuit trouvent une excellente occasion pour échapper à la surveillance qu'ils redoutent, car le proverbe est toujours vrai, la nuit tous les chats sont gris.

Sans doute parmi les vidangeurs et les chiffonniers se trouvent d'honorables individualités que la misère, l'infortuneimméritée ou l'abandon de leur famille ont conduites à l'obligation d'exercer des

industries considérées comme infimes ou repoussantes; ces métiers, d'ailleurs, pouf ceux qui savent les pratiquer avec intelligence et qui apportent de la régularitédans leur conduite, ne sont pas aussi peu rémunérateurs qu'on pourrait le croire.

Des chiffonniers laborieux peuvent gagner jusqu'à 4 ou 5 francs par nuit quand ils font leurs recherches dans un bon quartier.

Quant aux vidangeurs, par une bizarrerie diflScile à expliquer, leur métier paraît, tout improbable que le fait puisse sembler, exercer un certain attrait; c'est pour un certain nombre d'entre eux une position héréditaire, et on voit même des jeunes gens ayant appris et connaissant assez, pour en vivre, des états beaucoup plus relevés en apparence, la papeterie, la menuiserie, etc. , les abandonner quand ils ont terminé leur apprentissage, pour revenir à la vidange qui était le métier de leur père.

Le vidangeur, celui du moins qui est chef d'équipe ou ouvrier important de la brigade, reçoit un salaire qui s'élève de 7 à 8 et jusqu'à 10 francs. Ces premiers ouvriers sont généralement de braves gens, exacts à leur service, et ce que nous avons dit de la nécessité de la surveillance s'applique non à eux mais aux auxiliaires que les entreprises admettent sans exiger d'eux aucune justification d'identité, c'est-à-dire ni livret, ni passe-port, ni certificat.

La police a souvent trouvé parmi ces auxiliaires des individus qu'elle recherchait infructueusement depuis longtemps, car on comprend combien il doit

être facile d'échapper à la surveillance de raulorîlé quand on ne travaille et qu'on ne circule que pendant la nuit.

Il est^nfin une autre catégorie d*indîvîdus qu'il importe également de surveiller, car si les vidangeurs auxiliaires circulent librement pendant la nuit dans les maisons dont les portes leur sont ouvertes, les seconds, les garçons de déménagenient circulent dans les appartements, manœuvrent les mobiliers, les transportent d'un endroit à un autre, la plupart du temps sans surveillance.

Or, il est bon qu^on le sache, si certains établissements de déménagement se préoccupent avec soin du choix de leur personnel et le recrutent exclusivement parmi les concierges et les gens établis, il en est d'autres, et c'est peut-être le plus grand nombre, qui prennent au hasard, les jours où le travail donne, tous les individus qui se présentent pour une besogne intermittente et pénible, sans ' s'inquiéter de savoir d'où ils sortent, ce qu'ils faisaient la veille et ce qu'ils feront le lendemain.

Nous ne croyons pas être démentis quand nous affirmons que certaines écuries, certaines remises d*entreprises de déménagement fournissent à la police de sûreté un repaire où elle trouve autant de prises à faire que dans les carrières d'Amérique.

Les chiffonniers ne peuvent fonctionner sans être munis d'une médaille délivrée par la Préfecture de police ; une médaille du même genre est im-

posée aux commissionnaires qui circulent dans la ville ; ne pourrait-on pas dans Tintérêt du public, soumettre également à l'obligation d'un insigne et d'une permission les auxiliaires qui se chargent d'opérer les déménagements?

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