LE TABAC. — LES FUMEURS
£ffets du tabac sur la santé des consommalears. — Aliénations mentales, paralysies , ataxies. — La nicotine. — Son efficacité toxique^. — Chiffre prodoit à la régie par l'impôt sur le tabac. — Le fumeur et sa famille. — Le tabac a commencé la dislocation de la société française.
Nous venons d'exposer la plaie qui ronge Tenfance dès rentrée dans la vie , nous allons examiner à la suite une autre plaie qui, avec l'ivrognerie, contribue le plus certainement à abâtardir l'espèce humaine et à développer sa mortalité.
L'extension de l'usage du tabac à fumer prouve
rimbécillité générale; n'est-il pas singulier, en effet,
qu'un individu consente à subir l'esclavage absolu
d'une passion dont les premiers résultats so sont '
manifestés en le rendant malade au début, en lui donnant des nausées, et en lui détériorant ensuite les dents et l'estomac ?
L'effet funeste du tabac sur les voies digestives est facile à prouver; le fumeur est obligé d'expectorer abondamment , or il prive ainsi l'estomac de la salive qui est nécessaire à la digestion; l'effet qu'il produit sur le cerveau n'est pas moins sensible; peut-on impunément lui procurer d'une manière factice, un état de* vague prôsqùe^oontinuel, une sorte de demi-apoplexie ?
Les fumeurs sont exposés à un certain nombre de maladies qui leur sont spéciales :
Le cancer de la bouche d'abord , qui s'est multiplié avec la consommation du tabac et avec l'abiis qu'on fait de ce narcotique depuis 1830, surtout; trois autres maladies inconnues autrefois,. trèsnombreuses aujourd'hui et < presque spiéciales atix fumeurs, Tataxie locomotrice, l'ataxie musculaire, l'atrophie cérébrale : cette dernière maladie, se manifestant par une congestion, frappe surtout les individus qui vivent dans les tabagies, cercles, eâtamt<neCs, où ils siiibissemun 'véritabte^mpoisonnôment < en respirant l'air vidé par la fufnéte da tabac. L'a foiie'elle^mémeefili très-»souvenft occâsidtt^ née par l'abus de* la pipe et- du dgare; les alcools et le tabac sont les deux principales causés Kte^lV liénation nrentàle.
De 1818 à 1830v rimpdt dà tabac plroduisait ^8 millions; on 'Comptait SyOOOaUénés; en 1838, l'impôt donnait 3& miiiionav 10)000 a>îéné9>;.ei^
lions, 22,000 diéiié^;' e^ i8^\ 180' liiillitins; 4î;000 allëiife:
Nous ne parlons que des aliénés traités daiïè* asiles, liôii' dé cefux soignés' àMofriièîlè, étiidùsne corïiFltorià pâè les autres maladies dfe céûifés' riërvéuk qùHl convient d*àtlribuèr'a'yxitfè'rifièà' causes;' grand ncirïibre*dè paralysies, riofknïniéûi; qui a'ffëc-* tent 50 hommes contre une feiiiriié.
Ce tèrHblé dâtger d^em{)oi5onneTii6^t' ^êneriil auquel' s'exposent de leur propre gré' leiifàht,l4'^ jeune homme, le vieillard; le paùvrë et lé' riche, est' dùà là'iïîcotiiié; on sait les vîoilénts effëÛ (ïe cè^ poison^ dont quelques gouttes ont suffi à desempôîsonrieui^s célèbres pour foudroyer leurs victimes.' Son action sur l'organisme hùmâîn est terrible : il' altère la composition du' sàh^ dont il' détruit la:' fibrine et les globules ; le"" cœur dès" fumeurs* est pâle; mou, d'uti volume ' moindre qu'à' l^'étât normal; lanîcotiné, à très-petite dose, di^tfùît rapîdôiiie'nt là lïiémôirè et produit un épaîssisseme'nt dfélaiïiùquéùsè qui finit par' nuire à la respiration el qui par conséquent amène Tanémie. ,
La preuve desèffètàloxiquès dé là nicofjiièse'cïe-' lûoritre eïi out^e pâi^'ce fait qû*eii Orient, ou le tabac ne contient ce poiéoriqu'à dosé inappréciable, on ne connaît pas, malgré Tabus de la pipe, la paralysie, si fréquente chez les fumeurs français dont les tabacs contiennent de 5 à 7,50 pour 100 dé ni*cotine.
Les femmes^ qui ne fument pas, ne sol^ atteintes de paraïyèié suivie de démence que datfô^a pro-
portion de 1 à 45; il y a trois hypocondres hommes contre une femme; il y a 100 hommes atteints d'ataxie locomotrice contre deux femmes seulement.
Il n'y a pas que les fumeurs qui subissent par plaisir et par manie les funestes effets du tabac, les malheureux ouvriers des manufactures s'en ressentent aussi; mais eux, s'ils souffrent, c'est pour gagner un salaire.
D'après M. le D' Hurteaux^ le sang des ouvriers des manufactures de tabac ne présente pas de couenne, ne forme qu'un caillot mou, il est intoxique. Ces ouvriers sont sujets aux congestions; les femmes surtout y sont très-sujettes, et cet effet se dénote chez elles par des règles plus abondantes et plus rapprochées, et même par de véritables pertes; un certain nombre de femme<=^, après avoir travaillé dans les ateliers de l'administration pendant quelques années, sont obligées de quitter une industrie réellement dangereuse pour elles.
Personne ne peut ignorer ce danger et ses résultats; cependant, la consommation et Tabus du tabac continuent à se développer dans les proportions les plus inquiétantes pour l'avenir.
Il est facile de s'en convaincre en jetant un coup d'œil sur les recettes de la régie :
1675, le produit est de 250,000
L'impôt nouveau qui grève le tabac, aura-t-il au moins cet heureux résultat d'entraver Tessor de cette consommation dont le développement continu nous épouvante pour l'avenir de la société ? Nous n'osons l'espérer, car une fois contractée, l'habitude du tabac devient aussi indispensable que la nourriture. Certaines gens prétendent qu'avec le tabac on peut braver la faimt Ne serait-il pas plus sage de manger selon les besoins de la nature, que d'épuiser sa santé à tromper la faim, en dépensant autant et même plus d'argent, et de s'exposer à mourir plutôt que de se guérir de cette passion?
N'est-il pas honteux de voir des enfants dépenser l'argent de leur nourriture pour acheter du tabac, mendier et même voler pour pouvoir fumer?
N'est-il pas humiliant de voir des gens ramasser sous les pieds des fumeurs des débris de cigarettes et de cigares? Gela surtout se voit en France; en
Angletçi;i^a^4e fumeur n'en est pas encore ajci^vé à ce degré d'^bjecùoïi.
Pourqifpi tout cela ? pour se procurer un état d'hébétement factice et momentané, qu'on décore du nom pompeux (le rêverie poétique I
Si le fun^^ur, le chiqueur ou le priseqr souffraient seuls et par leur volonté de cet usage immodéré ^t malsain, ils seraient peu à plaindre, mais les cpn^équences de leur passion ^frappent aussi r:inno(|^nt, altèrent la santé de leii^rs voisins^ relâchei^t .1^3 rapports sociaux et désunissent la famille.
L'ouvrier qui se plaint toujours de l'élévation de r,jmpôt, trouve je moyen de porter en moyenpe, i^O (rfinçs p2\r an ^ ,|a régji^, et maintenant 50 francs, ^Y Ppftips, ,^e^p^is j'augmei^talion du prix du tabac.
,Cprp]ï|e ia pi^pe ^iguise la soif, rouvrier va au çabai;:pt, se grise^ et cette somme déjà élevée de qO fraises, qu'il dépense pour lyii seul au détriment de ^a femme et de ses enfants qui manquent guel^iiefois de vêtements ^t de Pfiih, Tentraîne à dépenser, pour içire, lapartie la plus considérable de son salaire. Ainsi le tabac, sans parler de Tabrutiis^e^ent qu'il procvi.re à rouvrier, le inène à Tiyro-
gn^rie\ ,W ^Vji,0.^ s^ %iM«h\^rff^t .s.Quffre ^<flans le ^mén^e. J^e père, ^ans
4é)iiq9jtesse, ',^n(ip Fa^çlsphère d*un apparte-
ment çin çéu^rjll exigv, et ^enfant qui ne doit vivre Çlft^^^rfti^ RVi^' s'e^^^ fi%laisons dé i?
pic9,tji^\e.9\ii a ,^>Utant plus d'effets sur lui, gu'iJ ^sj plus jciu^ne.
fLertabac-^mvejdonc àice:résuUa^efirayatit, fque ?m)n-seule!neQt:il:atteint l'homme, la 'femilte, mais rajis$iilft;ra(ml Ijaipreuve à l'appui est évidente.
Le fumeur place le tabac en première iligne de f^Sfbesoiïis : il se Jève, marohe, 'se .couche en !funmnt, il^fumoîmême souvent dansson irt s'il pouvvait faire les. deux choses jenîméme temps, il fumeimit môme >en imangeant; cette (passion irend i^elui .qu'elle domine profondément légoïsle:; il trouve»esjraordinaire quand onrrefuse deae ilaisser cempoijSonn€ir:par:lui. lUn -arfôté admiaisjkFHiîf sdéfend de fumer dans les 'salles diattente, dans les wagons des rchemias denier, on yifume ^cependant sans diflScul- •lévdes wagons spéciaux sont réservés aux fumeur^, jmai^icela nîempêcheipas que ilfon 'fume dans pr*ee- .qucftous.les autres; ni 'la iprésence des femmes, ni QfiXiQ des vieillards et diœ enfants jn'arifôte iles^passionnés de tabac; tout réclamant qui veut faire a?ofipecter la règle, est vu d'un mauvais œil et s'expftse à des discussions et à des querelles; loin de s'interposer pour faire respecter les règlements, ce sont très-souvent les principaux employés qui donnent Texemple de la violation, la pipe ou le cigare à la bouche ; les voyages deviennent un supplice pour ceux qui n'aiment pas la nicotine, et il faudra bientôt avoir des compartiments spéciaux pour les non fumeurs comme on en a pour les dames seules.
Le tabac a produit les cercles et commencé la dislocation de la société française; on n ose pas fumer dans un salon où il y a des femmes bien élevées, on va au club où on peut amplement se livrer à sa
passion et on va ensuite trouver dans les salons interlopes, des femmes qui savent au besoin tenir compagnie aux fumeurs et allumer un cigare ou une cigarette.
L'ambassadeur Nicot a été bien funeste à notre pays, en important, en France, cette plante étrangère. L*alcool et le tabac peuvent être placés au premier rang des plaies sociales, et malgré le revenu énorme que ces deux substances procurent à TÉtat sous forme d'impôt, il serait à désirer qu'on pût, d'une manière ou d'autre, en restreindre, sinon en supprimer la consommation .
L'opium a abruti les Chinois qui étaient, il y a plusieurs siècles, à la tête de la civilisation ; Teaude-vie et le tabac joueront le même rôle et auront, avant peu d'annéss, complété leur œuvre d'abrutissement et de dégénérescence dans la vieille Europe.