LE TRAVAIL ET LE SALAIRE DES FEMMES
Place de la femme au travail. — Ouvrières de Paris et des départements. — Salaire des ouvrières. — Travail dans la famille^ travail isolé, dans les manufactures, dans les ateliers, concurrence des prisons, des couvents, de la machine à coudre. — La femme doit travailler dans la famille, et autant que possible à son domicile. — Nécessité d'élever le niveau de l'enseignement primaire donné aux jeunes filles.
L'idéal qu'on doit rêver dans l'intérêt social, c'est la famille constituée, et à la première place, la femme respectée à côté du père, et l'aidant dans l'accomplissement de ses devoirs.
Cette place de la femme est toute indiquée : elle
prend soin du ménage, élève les jeunes enfants,
s'occupe de l'alimentation de la famille, soigne ou
surveille l'intérieur de la maison.
Dans les campagnes* même dans les famflles d'ouvriers qui vont travailler à la journée diez d'autres, ce rôle de la femme est exactement respecté, et nous avons vu précédemment que les ménages ruraux composaient heureusement encore la grande majorité des familles.
Il n'en est pas malheureusement de même dans les villes, surtout dans les villes de fabriques et de manufactiires, où, soit par ripsufiSs^nce du salaire des hommes, soit qu'ils dépensent personnellement une partie de la somme qui devrait être employée dans la famille, la femme et les enfants, dès leur plus jeune âge, sont obligés d'aller travailler dehors ^f}n ^'^ssurçr T^xistepce matériell.e 44 îî^énage.
On sait par les ^^blQ^ux que pous aypps proçluits dans les précédents chapitres, que les femmes, à quelque riiille près, composent exactement la moitjé de la populiit|on, en France. .
Le nombre fie§ pélili^tàipes fefPfnp? p§t, pap conséquent, à peu près le même que celui des hommes célibataires.
Ce sont surtout les célibataires qui constituent la population ouvrière des villes, et ces ouvriers, pQur le plii3 granfi poçp^r§, pe §ppf p^s; pé^ dans j^ ville qu'ils hat|i^eqt.
^j, p^i: pxeraplç., cjp cppsfîitQ le cjiiffcp 4? ^^ P^" pulation de ÎParis, ç|'aprè3 1^ s^tj^tjque d^ }S§T»<^P ^pouvei qpe ^j 592,763 Ijaljj^sip^s étajpaj p^s^ Paris, ^,fl£i8,{j'l8^faifintpés^^ps ie^ d^Rartsipppts/^,512 étaispt ^trarig^çs n^tuf^lj^^ç, ef 104,11^ %8Sg^P3 non naturalisés.
Combîea^ parmi ce millioa crindividus ayant quitté la province pour Paris, parmi les travailleurs, surtout parmi les femmes, ont dû, plus d'une fois, regretter la vie du village ou de la petite ville?
A la campagne, la vie matérielle coûte moitié moins qu'à la ville, le travail est presque certain, le chômage nul, et ia femme, surtout, y trouve des conditions de travail bien supérieures, en fait, à celles du labeur dans les manufactures et les fabriques.
L'ouvrière de la campagne, celle qui travaille aux champs, la blanchisseuse, la couturière, la ravaudeuse de la petite ville, reçoivent un prix de journée en argent qui n'est pas moindre de 50 à 75 centimes par jour, elle partage en outre les repas de la famille; elle rentre le soir chez ses parents ou dans son ménage; elle a, enfin, un jour ou deux de liberté chaque semaine, elle peut travailler pour son propre compte, pour elle ou pour sa famille, quand bon lui semble.
Le sort des femmes dans les grandes villes est loin d'être aussi solidement établi.
A part un certain ilombre d'entre elles qui sont employées à des professions libérales, puisqu'on compte i3,027 sages-femmes, 6-29 herborises, 113 dentistes; 27,163 institutrices publiques ou libres, 3,SM femmes qui s'occtipent de beaux^àrts, le sort de presque toutes les autres femmes qui ne vivent pas d'un commerce ou de leurs revenus, et qui aœt obligées de recourir au travâril indusiriel.
est véritablement à plaindre dans les grandes villes aussi bien que dans les manufactures.
Sans doute il y a des exceptions* et certaines industries sont plus fructueuses que d'autres pour les salariées; quelques femmes d'une véritable intelligence et d'une grande habileté peuvent se constituer d'excellentes positions, mais ce n'est pas sur l'exception qu'on doit établir la règle.
Partout, quand elle est hors de sa famille, la moralité de la femme est exposée; dans le magasin aussi bien que dans la fabrique, ou dans la maison où elle est servante; la servante a peut-être une existence plus douce, mieux assurée, une nourriture meilleure, un salaire supérieur, mais elle ne s'appartient plus une minute, son indépendance a complètement disparu, et l'habitude même de l'obéissance et de l'abnégation qu'elle doit prendre, l'expose plus qu'une autre à la séduction.
L'abandon de son séducteur en cas de grossesse la laisse sans asile et sans ressources de travail; sa marche vers la prostitution est donc toute indiquée.
Aussi dans le recensement de la galanterie officielle, les anciennes domestiques comptent-elles pour 81 pour iOO.
La situation des demoiselles de magasins ou de boutiques, au point de vue moral, n'est pas sensiblement meilleure; elles sont, presque autant que les servantes, exposées aux entreprises des patrons et de la clientèle qui fréquente les magasins ou les boutiques; on comprend que les jeunes filles qui tien-
nent les comptoirs des cafés et des estaminets ne vivent pas dans un milieu d'une moralité parfaite.
Beaucoup d'ouvrières sont, dès leur plus jeune • âge, élevées dans les fabriques, elles s'y marieront peut-être, elles deviendront mères, en continuant leur dur labeur et sans pouvoir s'occuper des soins de leur ménage et d'élever leurs enfants; elles auront été, dès leur adolescence, dans l'atelier, à côté de femmes plus âgées, exposées aux propos les plus grossiers; si elles ont été jolies, elles ont dû subir les poursuites et les entreprises du patron d'abord, trop souvent, puis des contre-maîtres, enfin des ouvriers. Dans certaine ville où des crimes odieux ont été commis, il y a vingt ans, par la population insurgée, on nous a assuré que la situation faite aux filles et aux jeunes mères par quelques patrons ou contremaîtres qui avaient imposé la satisfaction de leur lu*bricité comme une condition de travail et de salaire, par conséquent, avait été une des causes de la révolte.
Dans le procès criminel qui a suivi, on a dit que les révoltés se proposaient d'aller à quelques kilomètres, dans un couvent ou étaient les jeunes filles de la ville, pour se livrer sur elles à des actes qui de la part de leurs auteurs, n'eussent été que l'application de la loi du talion ; chaque victime était indiquée d'avance et réservée à celui dont la mère ou la sœur avait été elle-même la maîtresse du père de la jeune fille.
Tout cela eût été horrible; mais il importe que les patrons des grands établissements prennent leurs mesures pour empêcher, de tout leur pouvoir.
le sc^dalfi de la promiscuité des aieliers, %b diKi* nant par eax et leurs priocipauKjeQoployésre&emr plù du re.'^[>ect dû au^ femmes qu on fait travailïer.
J<e travail isol/' a certai Renient^ au point de Fue social, de grands avàatages sur celui de l'atelier et de la n)anafacture, et il serait àdé3irar que toutfi jeune ouvrière put travailler che^* sa mère, et toute jeupe femme dans son ménage en soignant sesea» fant$; il importerait donc à Tavenir du pays, qua toutes les grandes usines pussent donner autour d'elles à domicile, quand la chose est possible, le travail aux ouvrièreî>; la fahrication des gants, cettailles passementeries, la dentelle, se fabriquent déjà par des ouvrières qui travaillent chez elles, et qui sont, par conséquent, à tous égards, dans une situation morale et matérielle de beaucoup préférable à celle des ouvrières de manufacture.
Quand rhommeseul travaille dehors, ou quand le travail de la femme dehors n'est qu'exceptionnel, la famille se constitue sur des ba^es solides; si le mari n'est point jvrogne, Taisance vient dans la maison, en proportion même de l'activité et de Tordre de la fpmme,
Jl est incontestable que le travail extérieur de la femme dans la grande industrie est une cause de démoralisqtiim, et tend à ia destruction de la fa* mille, en facilitant la promiscuité, le concubinage; les grandes viUe> de fabrique voient naître plus d'enfanta naturels que ia capitale elle-môme; la population y est étiolée, et ung;rand ncuphre d'eih
^pts ^qjf^ él^evé? ,491?? }es ,c,olonj:es d.0 punes déte-
Colbert a enrichi la France en développant l'in- 4.i^Jtrvç, jïfdi}^ Sully ét^ji.i plus sa^^ quand il voulait epricjiir Ip pj^ys p^r i ^gr jculJUire.
jiJ'e^J; surtflfit au nom de la famille et dans 3on intérêt qu'il faut désirer voir la femme quitter leç jyiapyifi^pfUFes pour êtrp utilisée dans ips petites jndfjisipes, à son cjioipicjje ; par, en admettant même qfiiç §a ppplité y sojt respectée, croit-on que la jeune fille puisse voir développer sa croissance, la ii^pp .d|ç fapiille maintenir sa santé, dajis clés Ipc^ux yagtes, sans fjoute, mais d^p^ ]urj milieu peu salubre^ par une température élevée, dan^ une atmosphère empestée et chargée de miasmes, et pendant douze ou treize heures consécutives?
Lps professions Jps p]|^s malsaines spnt justempnt celles qui occupent le plus çrand nombre de femnies, les filatures de coton et de chanvre.
Le travail mixte, celui qui n'est pas donné à domielle, ni confiné dans de vastes ateliers, qui passe pour êtf€J très-fructueux, pourrait ptre amélioré presque partout et remplacé par le travail à domicile.
La femnie, par exemple, et bieii que l'homnqe y joue un rôle considérable, occupe une large place dans rindustrie de la toilette pt flans celle de l'alimentatipn, mais principalement con^me ouvrière; dans les industries précitées, il y a 100 ouvrières contre 51 ouvriers; il y a 184 femmes et seulement 100 hommes travaillant dans les professions spéciales au luxe et au plaisir.
Les onmbres des manafactnres gagnent par douze oa treize heures de tnTail de 1 fir. 25 à S fr. eo moyenne.
Les fleuristes, bonnes ouTrièresy dans lesatdiers mixtes gagnent jusqu*à 3 Cr. par onze heures de tnvaiL Les passementières hahîles peuvent obtenir le même salaire.
Dans la dorure, les polisseuses et rqmceoses peuvent faire des journées de 4 fr., dans l'imagerie certaines coloristes habiles gagnent 5 Cr. par jour.
Les modistes et les brodeuses, 5 et 6 Cr., les couturières au service des tailleurs, 4 à 5 fr., les coûtarières en corset, 4 fr. 50.
Ce sont les chififres maximum; le minimum poar certaines ouvrières, les tapissières, giletières, lingères, descend jusqu'à 50 centimes par jour; il est vrai que ce sont des infirmes ou de très-vieilles femmes qui n'obtiennent que ce triste résultat.
Si la lingerie est un mauvais métier pour Toavrière, c'est, dit-on, par le fait'de la concurrence que font au travail libre, les prisons, les couvents et les ouvroirs.
Nous avons vu au chapitre des prisons que dans ces établissements, les entrepreneurs se chargeaient de la nourriture, de rhabillement, enfin de Tentretien général des prisonnières, et d*un pécule à leur donner, en échange de leur seul travail; ce travail, dans de semblables conditions, revient à un prix élevé à l'entrepreneur, puisqu'il faut qu'il nourrisse et soigne ses pensionnaires, même les jours dechô-
mage et de maladie, et nous croyons qu'il doit coûter au moins autant, sinon plus que le travail libre, et que le seul avantage qu'il procure c'est la régularité de sa production, régularité qui n'est peut-être pas toujours obtenue avec le travail libre.
Le nombre des prisonnières occupées à la lingerie, d'ailleurs, ne pourrait, sans exagération, être évalué à plus de trois à quatre mille au maximum.
La concurrence au travail libre de la lingerie est bien plus sensiblement faite pour les couvents, les asiles et les ouvroirs. Ces établissements, en effet, qui possèdent des ressources propres, par le pro- , duit de la charité publique, ou dans l'hospice auquel ils sont annexés, possèdent, en outre, des facilités de propagande pour le recrutement de la clientèle d'après leur caractère même.
Sur 100 douzaines de chemises cousues, 85 ont été faites dans les couvents et ces ouvrières font un rabais de S5 pour iOO sur les prix ordinaires.
Mais si fâcheuse qu*elle puisse être^ est-il possible d'empêcher cette concurrence? Nous devons conclure, comme l'éminent philosophe, qui a consacré un volume à faire connaître la triste situation de l'ouvrière, et dire avec M* Jules Simon, qu'il est aussi impossible d'interdire le travail dans les prisons que dans les couvents et les ouvroirs.
Si les machines à coudre vulgarisées sont un moyen plus actif de concurrence pour les ouvrières libres, puisque cet instrument peut remplacer cinq à six femmes, il faut reconnaître, toutefois, que les craintes que sa multiplication avaient fait naître ne
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.$e soot pas réalisi^as.et Touvriuie iingèreqni.pa*
raissaitrnenacée plusque les autres, soil quelle 3ûit devenue plus rare, soit que la roachioe ait.produit •une concurrence plus apparente que réelle, soit enfin que le travail de la lingerie $e soit au^^ipepté dans des proportions considérables» a vu,, au.conrtraire, »sa collaboration plus demandée, .son salaire s'élaver, et dans les grandes \i lies, à JParis notamment, ,1a lingère, .travaillfint dans les fanoilles à la jouçnée, est très^rechercbée et obtient facileineiit un salaire de 1 i'r;inc 50 à 2 )franc3 p^r Jour, en m .desa.nourrituve.
,Le but vers lequel Thumanité <iQit tepdre, c'est .celui de ;la destruction de la caserne au rprofit (ier)ft iaqi^ille ; de l'assistance à domicile .po^^rceHlplacer l'hospice; du travail isolé pour que;la f^n>mç,et^ 'filles puissent travailler chez :eUes^t non danf^s les •manuf4Cture3.
Qp .a {réglementé le .travail des ^QfantSf^Aps ifi& fi^briques^ ,pe ,pourrait-!on également régl^f^enter ,Qc:;lui (le>s .femmes, de manière pi.méQag(^r-leur b$hp^ .€^t Iear,exist€|ince.ep Sf^u^vegar^ant^leurtmornUté?
41 .ne .faut pajj qu',w ,lX>wblie., TwMriève ^^ps ^ jfanp.rlile, pçivfcvant 4,r^yailler auprès de ses .^nfapts, ^ur.veifler son m^n^ge, «coiutinuer ^^ 4tre ^po^i^ et mère, copS;titue une locce sociale; ^çn aals^ ^tce^t^Qatentier da,nsie j^^énage, cyHe doniM» ^ses jenf^^t^ J'e^emple c\u travail, , de Foiîire^.^e ks^- Jt>riéLé, .^Ufi^ifid, trop souvent, Je père protfijie du jiKVjp .i» K^^os {pçkMtr e^i Daire un jour de débaiAcbe.
iVur 4a femvue ^ui tf^vai|ll^.^iis j^t iia^^^fç^çl^ui^
comme.rintérieur n'existe ,pas beaucoup plus que la famille, les écarts de sobriété deviennent .communs, et la séparation et le concubinage complètent souvent les premiers désordres.
Qu'elle jtçfiv^^lle dans, une maiiHf^cture, dansjin pçtit ,£^î^|ier .pu isqléi^e^t, mên]e ç|iez,^lle, .il est certain que la femme, à de .rares, e^^çeptions près, iie.peut ppjs vivjjp^de .^on travail ^eul.
Sgp^^lair^ S0ra suffj^çintj.peut-êti^ejjpQurrempB- Qher de mourir^e faim; ipaissiejje rtopab^ malade, ^i ^lleest atteinte p?^r Je .cl)ôfl[ifige, .qu^pd ,elle de- A(i^pt .vjeUje, il lui .f^pt un.p^re, pp mari ou de? ^pfapt^ qui la ^ppti^nnent,
il faut donc qu'elle s'attache à la fami^Ue, ai elle ne veut p^ .passer par l'hospice et le ^bureau de bienfaisance pour jfinir par l'hôpital.
L'immoralité de quelques-unes a certainement pour excuse l'extrême misère des filles abandonnées seules dans les manufactures et les grandes villes, et n'ayant pas pu vivre de leurs salaires ou n'ayant pas trouvé de travail ; mais l'immoralité ne se manifestera que très-rarement, quand la famille aura son foyer ouvert à l'ouvrière.
Le mal général que nous analysons, celui du sort malheureux des femmes, est bien diflScile à supprimer.
Une instruction ou une éducation mieux entendue, pour les jeunes filles, permettraient de leur donner des emplois plus rémunérateurs; dans la vie de famille, les femmes pourraient être appelées à
des professions auxquelles elles sont jiisqa*id restées étrangères.
Ne pourraient-elles pas, par exemple^ être employées dans les pharmacies? des jeunes fiUesont passé des examens d'une manière brillante^ et prouvé que la femme pouvait, aussi bien que l'homme, s'occuper de sciences.
Ne pourraient-elles également être instruites poor la tenue des livres et des écritures commerciales?
Pour nous résumer sur ce point, et sans croire qu'il soit possible au Gouvernement de faire, pour les femmes, autre chose de mieux que de développer l'enseignement qui leur est donné, au point de vue pratique et utile^ nous croyons que toute mesure susceptible de provoquer le travail de la femme dans son domicile, doit avoir pour résultat, quand même le salaire serait moindre, d'améliorer la situation morale et matérielle de la famille.