CHAPITRE HUITIÈME
LES OISIFS £T LES GBLIB4TAIRBS
*^^veloppemenl de l'oisivelé. — Dangers des oisifs pour la société. — Service militaire obligatoire au point de ?ue du ^établissement de Tordre social. — Respect de la loi et de l*autorité. — Statistique des célibataires. — Mesures à pren- ^Y'e contre les établissements qui les reçoivent de préférence. — Impôt sur les célibataires.— Leur infériorité sur les gens ■B^ariés an point de vue moral et sanitaire. — Le^divorce, plus moral que la séparation de corps et de biens.
Au premier rang des catégories les plus dangereuses de la société il faut placer les oisifs.
Xefils de celui qui a travaillé ne veut rien faire; ^ inutile, le gandin de Paris a trouvé des imitateurs en province. L'oisiveté absolue, la vie de ^^fé et de cercle constituent, pour un grand nombre ^^ Français, l'existence normale.
On comprend que cette expansion de Toisiveté ne peut avoir d'autre conséquence qu'une démoralisation progressive; ne sachant comment utiliser le temps, Toisif doit inévitablement faire le mal.
Un de nos camarades d'école, aujourd'hui l'un des plus hauts fonctionnaires de la sécurité publique, nous disait, il y a plusieurs années déjà, en indiquant les dangers qu'il prévoyait pour Tavenir : Ce que je crains le plus pour la société, c'est l'oisif.
Le voleur^ l'assassin, la prostituée que j'interroge tous les jours, sont capables à un moment donné d'un mouvement généreux, d'une action délicate, d'un acte de dévouement; il n'y a rien à faire, rien à tirer de l'oisif abruti par l'oisiveté I
11 faut donc que ceux qui gouvernent l'Etat cherchent le moyen de faire disparaître les jeunes oisifs.
Les craintes de notre condisciple étaient certainement justifiées; il est évident qu'il importe de diminuer le nombre des inutiles.
L'instrument social est indiqué, l'obligation du service militaire pour tous doit être le moyen le plus efficace de la régénération. Ce n'est donc pas au point de vue de la revanche ou de la reconstitution des forces militaires du pays, mais uniquement dans l'intérêt absolu de la société future qu'il faut demander que tous les jeunes gens valides, âgés de dix-neuf à vingt-un ans^ soient astreints au service militaire personnel.
Le jeune homme laborieux continuera à se pré-
parer, quoique étant sous les drapeaux, à, la carrière qu'il se propose de suivre à sa rentrée dans la vie civile.
Le fils de famille apprendra au régiment qu'il faut que chacun travaille; il prendra des habitudes d'ordre, de discipline, il apprendra la valeur du temps et les moyens de l'utiliser.
Il ne donnera plus le triste exemple d*une existence trop souvent inutile quand elle n'est pas à charge à tous. Aujourd'hui, le mauvais exemple vient trop souvent d'en haut.
Le philosophe qui dans sa chaire professe la morale, et qui dans la vie privée pratique l'adultère et le concubinage, le seigneur ou le bourgeois qui, à sa villa d'été, va à la messe, parce que, ditil, il faut donner au peuple l'exemple de la piété, quand chez lui il applique l'indifférence absolue, commettent l'un et l'autre, plus qu'ils ne le pensent, un crime social, en donnant Texemple de l'hypocrisie.
Beaucoup de gens disent : n faut une religion pour le peuple, il n'en est pas besoin pour notre propre compte; ce sont des naïfs qui voudraient faire admettre pour les autres ce qu'ils se refusent eux-mêmes à croire.
Si l'observation du repos du dimanche est si religieusement respecté en Angleterre, c'est qu'on ne voit pas violer par les grands seigneurs la loi imposée au peuple.
En Angleterre, l'exemple du respect vient toujours d'en haut, et la loi n'est pas, comme chez
nous, une toile d'araignée qui n'arrête que les petites mouches en laissant passer les grosses.
£n France, les coups d'État ou les révolutions se succèdent et s'inspirent les uns par les autres.
Ce que nous disons des oisifs peut également s'appliquer aux oisives, et les femmes déclassées de la société ne font pas moins de mal que leurs complices.
Oisifs, oisives, et les plus nombreux parmi eux, les célibataires, doivent être pris sérieusement à partie dans l'intérêt de Tordre social.
A Paris, les célibataires sont proportionnellement plus nombreux que dans les autres départements. 490,104 hommes ou enfants mâles, et 416,459 femmes ou jeunes filles, soit pour les deux sexes 906,563; tandis que le nombre des mariés n'est que de 379,297 hommes et 381,754 femmes, ou 761,051 mariés; les veufs sont 35,266, les veuves 97,100.
Ces chiffres ont leur gravité, en défalquant du compte général les jeunes garçons et les jeunes filles, soit 300,000 environ, on voit que le chiffre des célibataires atteint presque celui des gens mariés. Il importe donc de prendre au plus tôt des mesures contre les refuges principaux des célibataires : contre les cercles, les cafés, les spectacles, les cabarets^ les tripots. En frappant tous ces établissements de taxes et d'impôts importants, on donnerait aux municipalités des recettes qui compenseraient un peu les inconvénients que tous ces lieux de plaisirs présentent pour les familles.
Oq a beaucoup plaisanté un représentant à l'Assemblée nationale de 1848, qui avait proposé dç frapper les célibataires d'un impôt spécial. La pro* position de M. Auguste Portalis était pourtant trèssage, elle indiquait de la part de son auteur le pressentiment des dangers que l'exagération du célibat et de l'oisiveté devaient bientôt faire courrir au pays.
Dans un temps où les crimes et les délits augmentent dans des proportions notables, et quand ils sont principalement commis par des célibataires; quand il est évident que le développement du ii'bertinage des femmes provient de la diminution du nombre des ménages, on en arrive à conclure qu'il faut absolument encourager la famille et frapper les célibataires.
Il y a plusieurs moyens de les atteindre, en dehors des impôts, si on ne veut plus assister au spectacle de la dépopulation et de la décadence morale du pays.
On peut facilement encourager le mariage quand Oïl fera la loi sur le service militaire^ en accordant aux hommes mariés une situation militaire îûeilleure que celle faite aux célibataires, en faisant passer dans un ban de réserve les mariés, ne devant plus partir qu'après les célibataires; enfin, en n'attribuant l'entrée dans les fonctions publiques ou l'avancement qu'aux seuls candidats mariés ou veufs.
11 faudra bien en arriver également à rétablir le divorce, en l'entourant des précautions suflSsantes
pour empêcher les abus; sans doute, pour les enfants, le divorce est chose fâcheuse; mais leur situation dans les familles dont les chefs sont séparés de corps et de biens est-elle meilleure? Le divorce serait-il plus immoral que la séparation de corps et de biens si on l'entourait de garanties sérieuses? et ne serait-il pas plus salutaire pour les mœurs publiques que l'état actuel des choses? Poser la question c'est la résoudre.