INTRODUCTION XXV
accentuée par le mélange des races. Les peuples, dans leurs migrations, ont rencontré les anciens habitants du pays envahi et se sont fondus avec eux. Il en est résulté un métissage qui a influé sur les individus dont nous avons retrouvé les squelettes et qui ne sont plus qu'un type passager du groupe de population dont nous recher choDS la trace à la surface du globe.
Si nous voulons déterminer les points de la trajectoire parcourue par un ensemble de tribus de même origine, nous ne devons donc pas espérer les fixer par Tétude des ossements. H serait probablement impossible de reconnaître, en deux régions différentes, des constitutions anatomiques identiques dans les squelettes examinés. Rechercher de simples analogies parmi des caractères variables, serait s'exposer à des erreurs fréquentes, employer une méthode peu sûre et certainement compliquée. Les caractères intellectuels présentent la même imperfection.
L'outillage s'est transformé à mesure que le besoin s'en faisait sentir. L'arme grossière du chasseur, indispensable pour attaquer les gros animaux de la faune quaternaire, devait être modifiée par le pasteur employant sa lance contre le carnassier moins redoutable de la steppe, et être chargée complètement pour devenir le harpon du pêcheur. Le racloir en silex primitif servant au troglodyte, chasseur de rennes, pour façonner les peaux des bêles sauvages en vêtements protecteurs contre le froid des glaciers, devait être remplacé par un outil plus fin, poli, quand il suffisait de préparer les peaux plus minces des animaux domestiques.
A chaque élape de sa migration, l'homme de la popu-
XXVI INTRODCCTION
lalion primitive rencontrait de nouveaux obstacles à vaincre. Son intelligence lui suggérait le moyen de perfectionner sans cesse Toutillage qu*il possédait ou dont il trouvait l'emploi chez les tribus qu'il chassait devant lui. Là où le sol ne lui fournissait pas de silex, il se servait d'autres pierres dures et même des métaux dont la connaissance lui avait été révélée depuis le commencement de son exode. A la distance qui nous sépare de ces époques si lointaines, il est difficile d'apprécier les progrès incessants. Nous n'en discernons que les différences les plus accentuées, qui ne se sont pas produites par sauts brusques, mais peu [à peu, d'une façon continue, à mesure que l'utilité en était reconnue par l'expérience.
Il n'existe donc pas, dans l'étude de l'outillage découvert par les archéologues, une base suffisamment immobile pour y rapporter le lien qui unit deux populations habitant des territoires séparés.
Cependant, parmi les phénomènes intellectuels, il en est un sur lequel on a cru pouvoir établir la filiation des tribus primitives ; c'est celui qui a trait aux habitudes linguistiques. Malheureusement, le langage attribué à une population ancienne ne peut être soupçonné que d'après l'observation récente de la langue parlée par le peuple habitant le même pays ou d'après des textes ne remontant pas toujours à une très haute antiquité. Il n'est donc pas prouvé que tel ou tel mode d'exprimer sa pensée ait été employé par l'homme antéhistorique dont nous retrouvons le squelette ou l'outillage. Tout le monde sait, en effet, la facilité avec laquelle un peuple oublie sa langue pour parler celle de la population qui vit en contact avec lui. Une observation de M, d'Arbois de Jqbaîn-