‹ Les populations primitivesChapitre 142 sur 150 · Hérodote. Histoire, VIT · texte numérisé non relu

Hérodote. Histoire, VIT

des tribus du Nord et de l Kst, qui avaient occupé une grande partie du monde connu des anciens, a été assuré par la propagation du christianisme.

Malgré les circonstances favorables dues au mélange des populations dont les plus puissantes avaient déjà adopté rinhumation, les progrès de ce rite furent lents, tant les coutumes ont de ténacité et résistent aux innovations. Il fallut, pour faire disparaître les dernières traces de Tinclnération, l'action énergique, prolongée pendant plusieurs siècles, des plus hautes autorités sociales, politiques et religieuses.

3. A cette constatation les textes que nous avons cités et les documents archéologiques nous permettent encore d'en ajouter une autre. Dans les pays où les rites différents ont été en présence, ils ne se sont jamais mélangés ; ils n'ont prod uit aucun type nouveau ; en un mot, ils n'ont subi aucun métissage. Ils sont restés soit décharnement, soit crémation, soit inhumation. Cette invariabilité, preuve de l'attachement qu'avaient, pour leurs croyances, les adeptes de chaque religion, confirme Thypothèse, émise au commencement de cette étude, que les rites funéraires constituent un élément ethnique d'une grande généralité, facile à distinguer, apte par conséquent à classer les tribus primitives. En attribuant au mot peuple une extension convenable, en le considérant, non comme la désignation d'un groupe de populations soumises à un même régime politique mais comme l'ensemble de tribus ayant possédé des idées religieuses identiques, puisées à une origine commune, on peut dire qu'il a existé : un peuple des dolmens, un peuple de l'incinération et un peuple de l'inhumation.

Il ne faut pas chercher, à l'occasion de ces trois religions qui ont soumis le monde ancien, une analogie avec les religions modernes : le christianisme et le bouddhisme. L'extension des premières n'a pas été le résultat de prédica-

tiens agissant sur des sociétés déjà organisées, mais la conséquence des déplacements de groupes soumettant à leurs lois les habitants plus ou moins disséminés qui les avaient précédés ou traversant des régions encore inhabitées. Ces sociétés primitives se sont accrues par la conquête, modifiées dans leur nature physique et dans leur genre de vie suivant le climat du pays où elles ont stationné; elles ont constitué des races qui, par leur mélange et sous l'influence de la civilisation transformant Faction de la nature, ont présenté depuis leur formation jusqu'à nos jours, des variations incessantes. Ce qui semble avoir été le plus stable en elles, ce sont leurs premières conceptions religieuses.

La carte des nécropoles indique donc en même temps les migrations des trois grands peuples primitifs et de leurs descendants, ainsi que les mélanges de chacun d'eux avec les autres dans les diverses régions. Résumons ce qu'elle nous enseigne à ces derniers points de vue.

4. Sans revenir sur les détails que nous avons donnés dans les pages qui précèdent, nous rappellerons seulement que le peuple des dolmens nous a paru d'abord rechercher les territoires favorables à l'art pastoral. La trajectoire qu'il a parcourue traverse en général les terrains de formation géologique récente, les terrains quaternaires qu'un exhaussement de la mer aurait facilement submergés. La végétation arborescente ne s'était pas développée sur ces amas de terre et de cailloux roulés qui avaient comblé les vallées des grands cours d'eau. L'herbe, en revanche, y poussait en abondance et fournissait aux troupeaux la nourriture quotidienne. Le pasteur, en se déplaçant dans les plaines indéfinies qui se présentaient devant lui, pouvait vivre sans souci de l'avenir.

Mais la population des tribus augmentant sans cesse et, peut-être, certains phénomènes géologiques déterminant

un afAux nouveau dans des régions si favorisées, il fallut augmenter Tamplitude des déplacements. Le pasteur fut conduit par le chemin de la grande steppe vers les rivages de la Baltique et de la mer du Nord. Là, sa qurétude fut troublée.

A mesure qu'il s'avançait vers le Nord, la steppe était moins fertile. Le climat plus rude ne favorisait pas la végétation, le froid avait, sur la vitalité des troupeaux mal nourris, une influence fâcheuse qui en diminuait chaque jour le nombre. A cela venaient s'ajouter des difficultés sans cesse croissantes pour le changement du campement. Au moment même où la stérilité du sol exigeait de plus fréquents déplacements, le mouvement dans la steppe devenait plus difficile, car, en se rapprochant de la mer, les cours d'eau, larges et profonds, étaient un obstacle presque insurmontable.

Il est probable qu'il se produisit alors bien des catastrophes et que la plaine de l'Allemagne du Nord fut le théâtre de drames émouvants. Le froid, la famine, les accidents inhérents à la recherche de nouveaux moyens de subsistance ont fait, sans doute, parmi les pasteurs, jadis si heureux, venus du sud-est, de nombreuses victimes.

La diminution du bétail fut compensée par les produits de la pêche. La faune fluviatile était abondante; elle servit à l'alimentation du pasteur pris au dépourvu. Mais il en est de la pêche comme de la chasse ; la facilité de se procurer, par un travail attrayant, la nourriture quotidienne, développe l'imprévoyance ; on détruit plus de poissons qu'on peut en consommer. Pour ce motif, le pêcheur fut bientôt obligé de s'éloigner des bords des fleuves, de s'avancer au centre des grands estuaires et d'atteindre la haute mer. L'exercice de la pêche exigea le développement de l'art de la navigation.

Cette évolution nouvelle des tribus mégalithiques fut l'origine de leurs brillantes destinées.

Leurs marins, en effet, s'étendirent progressivement dans les Pays Scandinaves, dans les îles Britanniques, en Gaule, dans la péninsule Ibérique et, de là, dans toute la Méditerranée. Les plus anciens documents historiques nous les montrent, sous le nom d'Ibères, affrontant les tempêtes de rOcéan, parcourant la Méditerranée dans de faibles esquifs. Leur audace se communi(|ue aux populations riveraines des côtes; les Phéniciens et les iGrecs n'ont peut-être dû leur réputation de hardis navigateurs qu'aux éléments mégalithiques avec lesquels avaient fusionné les tribus qui avaient ultérieurement occupé les côtes de l'Hellade, de la Syrie et de l'Afrique septentrionale. Dans les temps historiques, c'est des régions où s'élèvent encore les dolmens que partent les expéditions auxquelles nous devons la connaissance des pays lointains inconnus aux anciens.

Les différentes nations, qui furent désignées dans la suite sous le nom de Suédois, de Danois et de Norvégiens, paraissent d'abord s'être étendues dans la mer Baltique , la Finlande, l'Esthonie et la Courlande. « Ces pays étaient déserts, dit le Normand Other au roi Alfred *, excepté quelques lieux 011 les Finnas (Finlandais) restaient la plupart pour s'adonner à la chasse pendant l'hiver et l'été pour pêcher, dans la mer de l'ouest. » Mais on y arrivait facilement du Gotland à l'aide des premiers vaisseaux qui n'étaient que des barques faites de gros troncs d'arbres creusés ou bien d'osier et recouvertes de cuir. Le nombre en compensait la qualité et la faible contenance. Les Norvégiens suivirent les côtes de leur pays, doublèrent le cap Nord, arrivèrent dans la mer Blanche et entrèrent dans la Dwina.

1 . J.-R. Forster. — Histoire des découvertes et des voyages faits dans le Nord. Trad. Broussonet. Paris, 1788.

Les Danois descendirent jusqu'à la Manche et gagnèrent TAngleleiTe.

Plus tard, les descendants de ces navigateurs chercheront vers le nord-ouest, un passage pour atteindre les Indes, et, avec une ténacité qui dure plusieurs siècles, renouvelleront chaque année des expéditions qui leur font découvrir le Groi^nland et les terres Américaines. Peut-être même aussi ont-ils, avant Fernand Cortès, reconnu le plateau de TAnahuac et donné lieu à la légende de Quetzalcoatl qui eut tant d'influence sur l'esprit de Montézuma au moment de Tarrivée au Mexique des conquérants espagnols *.

Ce sont encore les descendants des populations mégalithiques qui, partant du Portugal, ont reconnu les côtes occidentales de TAfrique, doublé le cap de Bonne-Espérance et, par Test, atteint la Chine et le Japon. Enfin, c'est un Génois, Christophe Colomb, qui, à la tête de vaisseaux espagnols, traversa le premier TAtlantique et découvrit Haïti.

Sans multiplier davantage les exemples historiques, mais en rappelant encore que les provinces qui fournissent aujourd'hui à notre marine ses meilleurs matelots sont la Bretagne et la Provence, on constate que c'est des régions où les dolmens existants signalent le passage des tribus mégalithiques, que sont partis les plus célèbres navigateurs. On ne saurait douter que leurs ancêtres leur ont transmis ces qualités d'audace et de persévérance, d'abnégation et de prudence, jointes encore aux croyances religieuses fortifiant l'homme au milieu des dangers qui caractérisent les populations maritimes.

L'influence de l'invasion mégalithique a donc persisté jusqu'à nos jours et semble se manifester surtout par les aptitudes spéciales pour la navigation des descendants des

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