‹ Les populations primitivesChapitre 17 sur 150 · Mat., 2e série, tome X, 1879, page · texte numérisé non relu

Mat., 2e série, tome X, 1879, page

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2. Dans les fouilles, que j'ai exécutées, d'un certain nombre de tombelles situées soit dans le champ de tir de TÉcole d'Artillerie de Tarbes, soit dans les landes voisines, j'ai rencontré quelques dolmens sous tumulus. Trois de ces monuments mégalithiques méritent surtout d'être signalés parce que, certainement, ils n'avaient pas été visités depuis leur construction.

Le premier était enfoui sous un tertre, en forme de tronc de cône, dont le diamètre de la base inférieure avait 26 mètres et celui de la base supérieure 4 mètres. Sous ce massif de terres rapportées, mélangées de galets disséminés, le déblaiement fit apparaître une crypte haute de 0'",75, large de 1"*,35, longue de 2°, 90, recouverte par une table en granit, fermée latéralement par des blocs de quartz et dallée au niveau du sol naturel avec des plaques de schiste.

Le déplacement du bloc de quartz, qui constituait la paroi S. S.-O., mit en évidence, près de l'entrée ainsi pratiquée, trois vases reposant sur le dallage. En pénétrant dans l'intérieur du caveau, on constata que les vides existant entre les supports étaient recouverts d'un enduit fait avec de la terre délayée et constituant un parement régulier. Les traces des doigts des ouvriers apparaissaient encore sur ce parement, malheureusement elles ont disparu presque immédiatement avant qu'on ait pu en prendre les empreintes ou même en relever exactement le dessin. L'introduction de l'air dans la chambre a instantanément désagrégé le mastic qui s'est répandu sur le dallage sous forme de poussière ocreuse.

L'intérieur de la crypte fut visité avec le plus grand soin ; le dallage fut enlevé, et les terres, qui l'entouraient, ont été passées au crible. Ces recherches n'ont donné aucun résultat; on n'a trouvé ni objet d'outillage, ni parcelle de parure, ni ossements humains. Les seuls vestiges, laissés par les

constructeurs, sont les trois vases dont nous avons déjà parlé.

D'après Tétat du sol, on ne peut supposer que le cadavre ait été enduit de substances qui en auraient déterminé sur place la complète destruction. On aurait trouvé, dans ce cas, des parties poussiéreuses qui auraient modifié Taspect homogène du dallage en schiste. Aucune trace anormale n'a été observée. Par conséquent, si Ton admet, ce qu'il parait impossible de contester, que le monument n'a pas été fouillé depuis l'époque de sa fondation, on est obligé de conclure que le corps du défunt n'y a jamais été déposé.

Dans quel but alors a-t-il été édifié ? Pourquoi les populations qui l'ont fondé ont-elles développé une si grande quantité de travail? Pour des tribus mal outillées, il était pénible de remuer les grosses pierres et la table de granit qui les surmontait, ainsi que d'accumuler les remblais considérables nécessaires pour la formation du tumulus.

Assurément ce n'était pas pour y placer trois spécimens, bien que remarquables, de leur vaisselle. La destination du monument était autre ; des circonstances imprévues n'ont pas permis aux constructeurs de réaliser le but qu'ils s'étaient proposé. Cependant le tombeau était prêt à recevoir les restes du mort ; une partie même des cérémonies funèbres avaient été célébrées, puisqu'on avait déjà préparé les offrandes. Sans doute le cadavre était soumis aux opérations préliminaires de l'ensevelissement, opérations qui exigeaient un temps assez long s'il s'agissait de le dépouiller de ses chairs. Or, pendant la durée du décharnement, des événements fortuits, une guerre, une épidémie, ont pu forcer les familles à s'éloigner du lieu de leur campement, et le monument mégalithique n'a pas servi de reliquaire aux ossements du défunt. Telle est, peut-être, l'explication de l'absence du squelette dans le tombeau somptueux qui avait été édifié en son honneur.

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3. Le second monument est une allée couverte, complètement dissimulée sous un amas de terre ayant la forme d'un cône aplati, haut de 2°>,50, et dont Ja base était un cercle de 30 mètres de diamètre.

Les fouilles mirent à découvert, près du centre du remblai, un gros bloc de quartz paraissant avoir servi de plafond à une vaste chambre, mais qui, par son poids et celui de la terre superposée, avait fait céder les supports.

En continuant le déblaiement on trouva, en effet, les ruines d'un édifice important dont une partie seulement était restée à peu près intacte. Un énorme bloc quartzeux, soutenu de chaque côté par d'autres morceaux de quartz, recouvrait une cavité remplie par la terre qu'avait laissé pénétrer Téboulement des autres tables du monument.

On était en présence d'une allée couverte dont on reconstitua facilement les formes primitives. La mise en place de la première pierre retrouvée rétablit un long caveau rectangulaire, au fond duquel avaient été déposés avec ordre un certain nombre de vases recouverts d'ossements humains, jetés pêle-mêle les uns sur les autres. Les dimensions de la chambre étaient :

Longueur 5'» ,00

Largeur dans œuvre 1°»,00

Hauteur l'",50

Sur la tranche de la table étaient creusées trois petites fossettes. C'étaient des écuelles comme celles que l'on remarque sur les blocs erratiques et sur les monuments mégalithiques du centre et du nord de l'Europe, de notre Bretagne et de la Grande-Bretagne.

Un peu en avant de l'arcade conservée, c'est-à-dire vers le seuil de la grotte, du côté du sud-est, on trouva quelques ossements humains dont un fragment de crâne. Ces débris étaient enfouis dans une poussière ocreuse qui tapissait un

dallage de pierres plates en calcaire grossier. Le squelette avait été probablement écrasé par la chute du plafond de la première arcade, et la disposition de ses restes, après cette catastrophe, semble indiquer qu'il avait été primitivement placé assis à l'entrée de la crypte. A côté de lui, contre la paroi sud, on recueillit une pointe de lance en silex polie et une hache en diorite.

Dans les terres qui remplissaient Texcavation, étaient de nombreux morceaux de charbon de bois, accumulés près d'ossements humains non calcinés, parmi lesquels quelques fragments de crâne, trop incomplets pour permettre la détermination des indices céphaliques. Ce charbon provenait sans doute de foyers allumés soit pour l'accomplissement des rites funéraires, soit pour éloigner les animaux carnassiers ou pour atténuer l'insalubrité causée par la décomposition des cadavres.

Sous les ossements humains étaient enfouis un grand nombre de vases, dont plusieurs intacts. Leurs surfaces, ainsi que celles des fragments épars, étaient, presque toutes, recouvertes de dessins présentant parfois des combinaisons de lignes assez complexes. Plusieurs d'entre eux étaient supportés par de petits pieds et ornés de mamelons ou d'anses dont quelques-uns percés d'un trou pour l'introduction d'un fil de suspension.

Le tamisage des terres qui entouraient les poteries n'a

fourni que quelques dents humaines, un grattoir et un couteau en silex, ainsi que de nombreux morceaux de çanguine.

En résumé, les fouilles nous ont permis de constater que, dans un caveau fait de grosses pierres, trouvées sur place parmi les débris erratiques de la moraine pyrénéenne, çn avait déposé : i^ les restes d'un cadavre, accompagnés d'armes précieuses; 2<> un grand nombre de poteries recouvertes d'ossements jetés pêle-mêle et provenant des sque* lettes de plusieurs individus.

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On pourrait supposer, d'après ces faits, que l'allée couverte n*était qu'un ossuaire, destiné à conserver les restes des différents membres d'une famille dont le dernier survivant occupait l'entrée jusqu'au jour où, devant être remplacé par un nouveau défunt, il était rejeté dans le fond de la crypte. Ses ossements étaient alors placés sans ordre audessus des vases contenant les offrandes faites aux morts. Mais cette hypothèse n'expliquerait pas pourquoi, seul, le cadavre de l'entrée avait près de lui des armes. Il est naturel de supposer qu'en déplaçant les ossements de ceux qui l'avaient précédé on aurait transporté également les ornements dont ils avaient été parés pour figurer avec honneur dans le pays des esprits, suivant les croyances des ancêtres. Or ces ornements auraient été retrouvés dans la poussière qui enveloppait les vases et dans les terres qui remplissaient le monument mégalithique. Nous avons vu que, malgré le tamisage, fait avec soin, de ces remblais, on n'avait recueilli qu'un grattoir et un couteau en pierre, objets de peu de valeur, perdus sans doute par les survivants qui accomplissaient les cérémonies funèbres, et non déposés comme mobilier funéraire. Les morts, dont les ossements sont dis^ séminés dans le fond de la grotte, n'avaient donc pas reçu les mêmes honneurs que celui dont les restes ont été retrouvés près de l'entrée. Ils étaient sans doute les victimes volontaires ou condamnées parla coutume, immolées sur le tombeau de leur maître pour le servir dans le pays des ombres ou pour calmer le désir de vengeance que l'on supposait à l'âme du défunt.

Ces sacrifices humains n'étaient pas rares dans l'antiquité. Pour apaiser l'ombre de Patrocle, Achille égorge sur le tombeau de son ami douze Troyens des plus vaillants et des meilleures familles *. Polyxène, la fille de l'infortunée

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