Ed. PieUe. Hiatus et lacune. Beaugency
nité. Et, en effet, les industries pastorale et agricole, ainsi que celle de la pêche, avaient développé, chez les envahisseurs, des habitudes de solidarité inconnues aux chasseurs. Ces derniers étaient obligés, au contraire, de s'isoler les uns des autres pour trouver en quantité suffisante le gibier nécessaire à la subsistance de leurs familles, réduites encore par la misère.
Aussi le succès a-t-il été facile pour les nouveaux venus et leur marche à travers le monde n'a été entravée par aucune résistance sérieuse.
3. L'hypothèse, que nous venons d'énoncer, au sujet de l'état social des tribus mégalithiques, est justifiée d'abord par les résultats des fouilles archéologiques. Parmi les objets constituant les mobiliers funéraires et recueillis en France dans les dolmens, on a retrouvé des ossements d'animaux domestiques, restes des repas de funérailles, ou offrandes aux défunts. On a constaté aussi, dans les mêmes conditions, la présence de graines de céréales et de coquilles fluviatiles et marines. Il semble légitime de conclure de ces faits que le peuple des dolmens avait déjà connu les formes les plus simples de la civilisation. A l'art pastoral il avait joint la culture au moins rudimentaire des céréales et les ressources fournies par la pêche.
L'étude des territoires parcourus apporte à cette conclusion une nouvelle confirmation.
Si nous repérons sur une carte géographique, à l'aide d'un signe conventionnel, les emplacements des dolmens signalés par les archéologues, nous constatons :
1° Dans l'Allemagne du Nord, l'occupation par les populations mégalithiques de cette longue zone d'alluvions quaternaires qui s'étend, sur les côtes de la Baltique et de la mer du Nord, de la Lithuanie à la Hollande et se prolonge vers le nord en Danemark. C'est un terrain couvert de steppes dont les inégalités s'élèvent rarement à des alti-
tudes supérieures à 100 mètres, et propice au développement de Fart pastoral ; il est traversé par de grands cours d'eau, la Vistule, l'Oder, l'Elbe, le long desquels le sol peut être transformé par la culture.
L'obligation de franchir «es fleuves près de leur embouchure a donné aux pasteurs les premières notions de la navigation, notions qui se sont développées par la proximité de la mer. L'abondance du poisson dans des eaux peu profondes et échaufl'ées par les ramifications extrêmes du Gulf-Stream a contribué encore à enhardir les navigateurs recherchant, dans la pêche, une amélioration à leur vie matérielle. C'est ainsi que des nomades pasteurs, s'adonnant au travail attrayant qui leur fournissait chaque jour des produits que Ton peut consommer immédiatement, se sont transformés sans effort en pêcheurs et cette transformation a eu des conséquences sociales de la plus haute importance.
Entraînés dans leurs pérégrinations vers les rivages de la Suède et de l'Angleterre, les hommes du rite mégalithique ont trouvé un sol nouveau. Les alluvions quaternaires du nord de l'Allemagne étaient remplacées ici par des terrains d'anciennes formations plus favorables au développement de la végétation forestière qu'à celui de la végétation herbacée.
2o Dans le sud de la Suède et dans les îles Britanniques, on trouve les traces de ces tribus dolméniques qui s'étendent vers les régions des hautes futaies dont elles n'occupent d'abord que les clairières. La science de la navigation leur rend facile l'accès de ces contrées où elles pénètrent par la Tamise, le canal de Bristol et les baies de la mer d'Irlande ; de là elles rayonnent vers la Cornouaille, le pays de Galles et l'Irlande.
30 La Gaule est encore occupée par les mêmes peuples dans sa partie occidentale. Impénétrable par terre du côté
30 LES POPULATIONS PKIMITIVES
de Test, à cause des forêts qui recouvrent sa frontière orientale, elle est envahie par les peuplades qui remontent la Seine, la Loire, la Charente et tous les cours d'eau se déversant dans la Manche ou TOcéan Atlantique. Les forêts sont, dans ces régions, moins épaisses que dans l'Est; elles présentent de nombreuses clairières et, sur les coteaux qui entourent le plateau Central, elles ont des vides où poussent des landes et des bruyères. Le pasteur y fait paître ses troupeaux qu'il chasse devant lui dans le Rouergue, dans TAlbigeois, jusqu'au versant septentrional des Pyrénées.
4« Il franchit les cols ou ports de ces dernières montagnes et, se rapprochant de la mer occidentale, il envahit le territoire actuel du royaume de Portugal. Nous le voyons encore dans le sud de l'Espagne, puis, au delà du détroit de Gibraltar, occupant le nord de l'Afrique, du Maroc à Tripoli. Enfin, après l'avoir rencontré à Tétat erratique en Italie et en Grèce, on signale son apparition en Syrie et en Palestine et jusque dans une vaste étendue de la péninsule de l'Hindoustan. N'oublions pas, d'autre part, sa station au Caucase, en Crimée et dans les provinces Danubiennes.
4. Dans ces dernières régions le peuple des dolmens a-t-il apparu avant ou après son installation dans les provinces septentrionales? Cela est difficile à déterminer; cependant il est une observation qui peut nous donner quelques indications pour la solution de ce problème .
Le peuple des dolmens, avons-nous dit, a été primitivement pasteur; c'est ainsi que nous le révèlent les études archéologiques et la discussion qui précède. La vie nomade, conséquence de cet état social, a facilité sa tendance aux déplacements imposés d'ailleurs par la recherche des terrains où se produisait spontanément l'herbe nécessaire à l'alimentation des troupeaux. Les tribus, occupant en Asie le pied du plateau central, voyaient s'ouvrir devant elles une route facile qu'indiquent à la fois la carte physique et
la carte géologique du globe et qui s'étendait jusqu'aux bouches du Danube. Cette route est tracée dans les immenses steppes du Turkestan, dans les bassins du lac d*Aral et de la mer Caspienne. Mais les steppes du Turkestan russe sont généralement pauvres et n'étaient pas, par ce fait, de nature à retenir longtemps les nomades descendant de l'Altaï. Aussi ces derniers ont-ils cherché à les éviter ou se sont-ils hâtés de dépasser vers l'ouest la mer Caspienne pour dresser leurs tentes dans les steppes plus fertiles de la Russie méridionale. C'est là, en effet, qu'ils nous ont laissé, dans les dolmens du Daghestan, dans ceux du Kouban et de la Crimée, des vestiges de leur séjour. Ils trouvaient dans la dépression ponto- Caspienne un terrain noir, résultat de la décomposition lente des plantes, très propice au développement de la végétation herbacée et assez fertile pour les premiers essais de culture.
Dans ces vastes plaines ils purent demeurer jusqu'à ce qu'un nouveau flot venu de l'Orient les obligeât à rechercher de nouveaux pâturages du côté de l'Occident. En quelques étapes ils gagnèrent les embouchures du Danube, la Bessarabie, la plaine de la Yalachie et même la Bulgarie ^ Mais là ils rencontrèrent les barrières montagneuses des Balkans au sud, des Alpes de Transylvanie à l'ouest, de la chaîne des Karpates au nord-ouest. Seule, une longue et large bande d'alluvions quaternaires leur indiquait \ine route tracée, comme celle qu'ils avaient suivie jusqu'alors, à travers les steppes de plaines basses. Elle se dirigeait vers le nord, en longeant les Karpates, par les plaines de la Moldavie, de la Bukovine et de la Galicie ; elle atteignait
1. On a trouvé, d'après M. A. Odobesco, des gisements d'objets de Tâge de la pierre polie en Roumanie et en Valachie; on en a formé un musée à Bucarest. Dans la Moldavie septentrionale il y a aussi des stations remarquables. Le musée de Jassy possède un grand nombre d*objets provenant des gisements de Coucouténi, de Bâitcheni, de Râdâcheni, etc. (Anthrop,., tome 1, page 369).
3t LES POPULATIONS PRIMITIVES
la Pologne, s'étendait à Test dans le cul-de-sac des marais de Pripet, et, à Touest, à travers la plaine de rAllemagne du Nord jusqu'au Jutland et aux Pays-Bas.
Les nomades ont probablement adopté ce chemin et parcouru, en tous sens et pendant longtemps, cette plaine de la Germanie bornée au nord par la Baltique et au midi par la série de terres hautes qui s'élèvent graduellement vers les Karpates et les montagnes de la Bohême. Cette limite méridionale commence près du confluent du Dniepr et de la Bérésina, coupe la Vistule et l'Oder, contourne les montagnes de la Bohême, remonte vers le nord, après avoir traversé l'Ëlbe, en laissant au sud le massif du Harz et se dirige vers le Rhin et le Pas-de-Calais à travers la Néerlande.
La plaine ainsi limitée est longue de 1,300 kilomètres environ ; sa largeur entre la Bohême et la Baltique est de 450 kilomètres et se réduit à 160 entre Minden et la mer du Nord. C'est une dépression, un ancien fond de mer constitué par des couches de sable, d'argile et de marne où les essences forestières se développent difficilement et qui ne produisent que des bruyères.
5. Dans ces maigres pâturages, les pasteurs ont regretté sans doute leur séjour dans la Russie méridionale, mais ils ne pouvaient retourner vers ces steppes fertiles, occupées par de nouveaux venus. Le flot des migrations, arrivant de l'Orient, les poussait sans cesse vers l'Occident, dans ces parages où le bétail ne trouvait pas toujours une nourriture suffisante, souffrait et périssait, où l'homme était aux prises avec des difficultés incessantes pour traverser les grands fleuves qui barraient sa route.
De simples bateaux en cuir leur suffirent d'abord pour le passage de ces cours d'eau * ; mais ce matériel de navigation était trop primitif pour le transport de tribus entières. Il