‹ Les populations primitivesChapitre 31 sur 150 · Sirabon. Géogr.y III · texte numérisé non relu

Sirabon. Géogr.y III

fallut des radeaux et des bateaux plus solides pour s'aventurer sur mer, loin des côtes. La construction de ces engins exigeait du bois que Ton ne trouvait pas dans la steppe.

Les forêts, s'étendant sur la région montagneuse limitrophe, qui sépare les plaines de la Germanie du bassin du Danube, durent le fournir. Les pasteurs n'étaient pas outillés sans doute pour pénétrer dans ces régions d'un accès difficile et habitées par une faune de carnassiers dangereux ; mais il leur suffit d'explorer les lisières des forêts couvrant les premiers contreforts pour s'approvisionner des matières nécessaires à l'art primitif de la navigation.

Alors commença pour eux un nouveau genre de vie. Les ressources diminuées de l'art pastoral furent complétées par les produits de la pêche. Ce travail attrayant les séduisit, car nous voyons, d'après la carte de la répartition des dolmens qui représente aussi les territoires fréquentés avec le plus de prédilection, que les tribus s'étendirent le long des cotes de la Baltique et surtout de celles de la mer du Nord.

Sans s'éloigner encore des terrains quaternaires, le peuple des dolmens s'avance en Danemark, dans la partie occidentale du Jutland et dans les Pays-Bas. Il atteint ainsi la mer du Nord, mer peu profonde, réchauffée par le Gulf- Stream qui repousse les glaces vers le nord, très favorable à la multiplication du poisson. Les nécropoles le montrent stationné sur le rivage et conservant toujours des relations avec le pays des forêts. Elles s'étendent, en effet, au sud, entre le Weser et l'Elbe, jusqu'aux terrains crétacés et aux formations triasiques qui constituent le massif du Harz.

Peu à peu le nombre des barques augmente et l'art de la navigation se perfectionne. Les pêcheurs s'éloignent de leurs ports d'attache et s'aventurent sur les rivages méri* dionaux de la Suède. Il semble qu'ils n'aient pas fait là un établissement bien étendu. A peine constate^t-on leur

présence en Scanie dans les terrains crétacés. Leurs dolmens ne remontent pas en Gothie, dans ce pays où le sol est formé de roches éruptives anciennes ou de schistes cristallins.

6. Il n'en est pas de même vers l'Occident. En Angleterre et en Irlande on trouve leurs traces dans presque toutes les régions au sud et au nord. Toutefois, ils n'ont pas occupé, paraît-il, le sud-est où les terrains crétacés et jurassiques avaient favorisé le développement des essences forestières. Après avoir remonté le cours de la Tamise, ils se sont répandus dans le pays de Galles et, après avoir franchi le canal de Saint-Georges, dans la plus grande partie de l'Irlande. En mettant en présence la carte géologique et celle de la distribution géographique des dolmens, on est frappé de la coïncidence qui existe entre la présence des monuments mégalithiques et l'existence des terrains primaires (permien, dévonien, silurien, etc). Cette coïncidence résulte peut-être de l'exposition de ces terrains vers l'ouest, descendant vers la mer réchauffée par le Gulf-Stream et, pour ce motif, propice à la multiplication et à l'accroissement des différentes espèces de la faune maritime.

7. Les nomades n'avaient pu dépasser le Rhin dont les abords étaient couverts de bois. La plus grande partie de la Belgique et la région orientale de la Gaule n'étaient qu'une vaste forêt, sans clairières, qui constituait pour les peuples pasteurs une barrière infranchissable. Mais lorsque l'art de la navigation fut assez perfectionné pour que les pécheurs pussent entreprendre avec leurs barques de longs parcours, cette barrière fut tournée. Les peuples mégalithiques pénétrèrent dans la Gaule par les fleuves ; ils remontèrent la Seine, la Loire, la Charente, la Gironde ainsi que les petits cours d'eau qui se jettent dans la Manche et l'Océan, Le pays, près de ces lignes de pénétration, était encore boisé, mais il présentait de larges et nombreuses clairières dans

un sol fertile où l'herbe poussait avec abondance, où les céréales semées donnaient des récoltes rémunératrices. La Normandie et notre Bretagne furent occupées par une invasion qui s'étendit vers l'est jusqu'au massif central et vers le midi jusqu'aux premiers contreforts des Pyrénées. Seule, la rive gauche de la Garonne, dans la partie du département actuel des Landes, fut évitée à cause des dunes et de la végétation arborescente.

Dans l'étendue de ce vaste territoire qui comprend plus des deux tiers de la France, les nouveaux venus avaient trouvé un sol favorable à l'élevage des troupeaux. Les terrains crétacés de la Normandie et les terrains primaires de la Bretagne offraient aux animaux de gras pâturages; les races ovine, bovine, chevaline, s'y développaient spontanément ; aussi les peuples mégalithiques avaient-ils repris leur industrie pastorale à laquelle ils avaient joint quelques pratiques agricoles. Ils n'avaient pas oublié, toutefois, leur dernier métier de pêcheurs ; on recueille dans les monuments funéraires qu'ils nous ont laissés, parmi les objets mobiliers, de nombreuses coquilles maritimes et fluviatiles.

8. Pendant que s'efTectuait cet envahissement de la Gaule, des navigateurs, plus aventureux que leurs prédécesseurs, n'avaient pas craint de braver les tempêtes du golfe de Gascogne et s'étaient avancés jusqu'aux côtes du Portugal. On trouve ici les traces de leur séjour dans les régions voisines du littoral. Dans la plus grande partie de son étendue, ribérie était en effet à peine habitable. « On n'y rencontre^ dit Strabon *, presque partout que des montagnes, des forêts et des plaines au sol maigre et léger, arrosées, qui plus est, de façon irrégulière » ; c'était donc un territoire peu avantageux pour des pasteurs. Seule, la partie méridionale de la péninsule était riche et fertile ; aussi fut-elle

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