‹ Les populations primitivesChapitre 42 sur 150 · Revenons maintenant à TAsie · texte numérisé non relu

Revenons maintenant à TAsie

D'après M. le baron A. de Bonstetten, des nécropoles de dolmens auraient été découvertes en Syrie et en Palestine.

Sur la route de Szalt au Jourdain, le capitaine Irby a signalé un groupe de 27 dolmens. Près de Hesbon, on en a trouvé encore près de 50 ; enfln, non loin de Tancienne Tyr, M. de Saulcy en a rencontré 2.

D'où venaient les tribus qui ont construit ces tombeaux pour leurs morts ? Il est difficile de le dire dans l'état actuel de nos connaissances archéologiques. Peut-être un jour les voyageurs qui parcourent l'Orient trouveront- ils des dolmens qui permettront de relier les monuments mégalithiques de la Palestine à ceux du Caucase ? Quoi qu'il en soit, rimportance des nécropoles prouve qu'il y a eu, du côté de la Syrie, un séjour assez prolongé d'une population mégalithique qui a transmis même aux Sémites le culte des pierres dont nous retrouvons le souvenir dans les livres saints.

Cette dernière observation nous fait supposer que les tribus mégalithiques de la Palestine sont venues de l'Orient et qu'elles n'ont pas été une colonie des peuples dont nous avons constaté la présence sur les côtes septentrionales de l'Afrique. D'ailleurs les dolmens de la Palestine sont situés loin de la mer.

Au contraire, les mégalithes de la Laconie et de l'Argolide peuvent, vu leur petit nombre, être considérés comme des

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monuments funèbres accidentellement construits par des navigateurs venant de la Tunisie ou de Tltalie. Peut-être aussi marquent-ils la dernière étape d'une tribu qui se serait hasardée dans les Balkans et dont on a retrouvé récemment les traces en Bulgarie, non loin d'Andrinople.

3. Ainsi que nous l'avons dit précédemment, l'Inde possède de très nombreux monuments mégalithiques.

On sait que l'Hindoustan se divise en trois zones : 1*» l'Inde péninsulaire, massif ancien comprenant les plateaux du Decan et de Tlnde centrale ; 2o l'Inde continentale, formée par les grandes chaînes relativement récentes de l'Himalaya et de l'Hindou-Kouch ; 3** la grande plaine alluviale Indo-Gangélique.

C'est dans les deux premières de ces régions que Ton a rencontré des dolmens. Dans la première, les constructeurs ont surtout séjourné au nord des monts Vindhyas sur les plateaux du Decan et de Mysore formés par des schistes cristallins, les grès et les roches basaltiques, région où se font sentir de fréquentes variations de température et qui est essentiellement propice au développement de l'art pastoral.

Leurs relations avec les tribus, qui avaient adopté les mômes croyances du culte des tombeaux de grandes pierres, se sont effectuées par la vallée de l'indus, le Beloutchistan et l'Afghanistan. On rencontre leurs traces dans les vallées de l'Hindou-Kouch. La plaine du Gange, formée d'alluvions quaternaires, ne leur offrait pas, à cause de ses marais, un passage facile ; les nombreux cours d'eau, descendant de l'Himalaya, qui la sillonnent, présentaient à chaque pas dos difllcultés infranchissables. La route du Beloutchistan, au contraire, conduisait au plateau de l'Iran, d'où les communications avec les provinces caucasiennes ne constituaient pas des difficultés insurmontables pour des populations pastorales. Seuls les monts Zagros, qui séparent l'Iran de

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la Mésopotamie, durent forcer les pasteurs à obliquer vers le nord et à se diriger vers les défllés du Caucase. Arrêtés de nouveau par cette barrière, ils ont peut-être à ce moment détaché quelques tribus qui, après avoir franchi rapidement les parages inhospitaliers du lac de Van, auraient gagné TEuphrate et envahi la Syrie où nous avons retrouvé les traces de leur passage.

La migration, dont nous essayons de définir la trajectoire, est assurément hypothétique, car elle n'est pas indiquée par la présence des monuments mégalithiques dans l'espace immense qui sépare THindou-Kouch du Caucase. Cependant elle présente quelque probabilité. Nous avons vu, en effets précédemment que la configuration topographique et le climat de la péninsule hindoustanique permettent de considérer les plateaux du Decan comme favorables à la vie pastorale. Il en est de même de Tlran où les voyageurs modernes ont reconnu une végétation qui, en beaucoup d'endroits, rappelle tellement celle de l'Occident qu'ils ont pu croire que la Perse faisait encore partie de l'Europe. Cette considération est importante, car on ne peut douter que les hommes aient recherché de préférence les territoires les plus favorables au développement de l'industrie qui assurait leur existence. Les peuples pasteurs se sont donc déplacés en suivant les régions où la nourriture de leurs troupeaux était facile. En Asie, comme en Europe, nous les voyons dans les pays où un concours heureux de la nature du sol, de l'orientation, de l'altitude suivant les latitudes, favorisait le développement de la végétation herbacée.

4. A cet argument, qui nous autorise à admettre comme probable l'occupation de l'Iran par le peuple des dolmens, nous pouvons en ajouter un autre qui, quoique susceptible de bien des critiques, mérite cependant d'être exposé..

Nous avons dit que le dolmen n'avait été qu'un ossuaire.

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Cette opinion résulte de nombreuses observations et, en particulier, de celles faites dans des monuments mégalithiques, sous tumulus, retrouvés sur les contreforts pyrénéens et qui certainement n'avaient jamais été explorés avant les fouilles récentes. Le tombeau n'avait reçu les restes du mort qu'après l'enlèvement des chairs*. Cette pratique funéraire, très spéciale, a des rapports incontestables avec les rites prescrits par l'Avesta.

On sait <jue l'acte dont la loi de Zoroastre se préoccupait le plus était celui des funérailles. Après la mort, on ne devait ni brûler le corps, ni l'ensevelir, ni le jeter dans une rivière. Le cadavre aurait souillé les trois créatures excellentes d'Ahura ^, le feu, la terre ou l'eau. Ne pas prévenir un tel malheur eût été commettre un crime qui pouvait attirer mille maux sur la terre et qui rendrait impur à jamais celui qui s'en serait rendu coupable ^ C'est pour ce motif qu'on établissait les cités des morts, les Dakhmas ou cimetières Mazdéens, dans les endroits les plus déserts et les plus dénudés. Le sol y était recouvert par un pavé de briques ou de pierres ; la porte d'entrée donnait accès aux bétes fauves qui débarrassaient la terre de ces objets gênants et odieux; toutefois, pour conserver les ossements, les pieds et les cheveux du cadavre étaient fixés à de grosses pierres afin que les bêtes carnivores ne pussent emporter les os *.

D'après ces observations on est en droit de se demander si les sectateurs de Zoroastre n'ont pas introduit dans leurs dogmes religieux une coutume existant chez les peuples

1. En Sicile, où semblent, diaprés nos études, s'être réfugiées les populations Ibériennes, on a trouvé près de Messine, dans la nécropole de Zaucle, un grand nombre de squelettes enterrés après décbarnement [Anlhrop.^ tome Y. G. Tropea. Studi siculi e la necropoli Zanclea).

2. Strabon., Géogr., XV, 14. Vendidad. Fargard, I, 45, 46, 47 et 48.

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