‹ Les populations primitivesChapitre 45 sur 150 · Srabon. Géogr., VIII · texte numérisé non relu

Srabon. Géogr., VIII

3. Le cyclope Polyphème a, suivant Euripide (Euripide— Le Cyclope\ son antre au pied du mont Etna. Quand il s'agit de légende, les plus ai

Aussi les constructions cyclopéennes, dont on retrouve quelques vestiges en Italie et en Grèce, étaient-elles appelées encore parfois constructions pélasgiques ; ces dernières étaient faites, comme les premières, de rochers bruts, posés irrégulièrement les uns sur les autres. « Les murs de la citadelle d*Athènes, dit Pausanias% excepté la partie que Cimou, fils de Miltiades, a fait construire, sont Touvrage des Pélasges qui demeuraient jadis au-dessous de la citadelle. Ils se nommaient, dit-on, Agrolas et Hyperbios ; j*ai voulu savoir qui ils étaient, mais je n'ai pu apprendre autre chose si ce n'est que, Siciliens d*origine, ils étaient allés s'établir dans TAcarnanie. »

Qu'ils fussent attribués aux Cyclopes ou aux Pélasges, les murs de grosses pierres auraient, d'après la légende, été construits par des ouvriers venus de la Sicile, c'est-à-dire de l'Occident. Cette tradition serait d'accord avec notre hypothèse qui admet que les navigateurs ibériens auraient transporté dans la Méditerranée les traditions mégalithiques, et qu'ils auraient fondé sur les côtes de Grèce les premiers refuges pour mettre à l'abri le butin de leur piraterie.

Toutefois, il ne serait pas étonnant que les populations mégalithiques, qui auraient fondé les acropoles cyclopéennes, fussent veaues aussi en partie de l'Orient. Nous avons retrouvé, en efTet, leurs dolmens en Syrie et en Palestine, de même qu'au sud de l'Italie. Si les tribus orientales n'étaient qu'une branche détachée du Caucase, elles auraient pu apporter en Grèce leur industrie ; mais cette supposition nous parait moins probable que la première, car s'il est facile de comprendre que, dans leur migration par le nord et l'occident, le peuple des dolmens

ciens auteurs doivent être considérés comme les plus véridiques. A ce titre, Euripide mérite plus de créance que Strabon. 1. Pausanias. Description de la Grèce, Âttique, ch. xxxiii.

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soit devenu fatalement navigateur, il n'en est pas de même pour des tribus qui, dans leur voyage du Caucase en Syrie, n'auraient eu aucun bras de mer à franchir.

Ajoutons cependant que le groupe mégalithique, dont nous avons signalé la présence près des rives occidentales de la mer Noire aurait pu détacher quelques tribus qui seraient arrivées par terre jusqu'au midi de la Grèce et auraient servi d'appui aux tentatives de piraterie de leurs coreligionnaires ibériens.

2. En rapprochant des tombeaux mégalithiques les enceintes cyclopéennes ou pélasgiques, nous avons eu l'intention de faire ressortir seulement la ressemblance qui existe entre les modes de construction de monuments qui caractérisent , d'ailleurs , des civilisations très dissemblables.

Les conditions imposées aux pasteurs par les influences du climat, la nature du terrain, la forme topographique des steppes avaient conduit une partie de leurs tribus à chercher dans la pèche des ressources que ne pouvaient leur fournir en quantité suffisante les productions spontanées du sol. Cette nouvelle industrie avait développé Tart de la navigation. A l'origine, les bateaux s'éloignaient peu des côtes et les équipages revenaient fréquemment à leurs ports d'attache. Là, les marins retrouvaient leurs compagnons et vivaient de la vie pastorale dont ils n'avaient pas abdiqué les mœurs et les coutumes.

A mesure qu'ils se familiarisèrent avec les dangers de la vie maritime, ils s'éloignèrent de plus en plus de leur campement ; puis ils rencontrèrent de nouveaux territoires plus fertiles, occupés par des populations peu denses, mal organisées, faciles à déposséder. Ils profitèrent de ces circonstances favorables pour y transporter leurs tribus toujours adonnées à l'art pastoral .

11 n'en fut plus de même lorsqu'ils se trouvèrent en pré-

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sence de nouveaux peuples plus forts et mieux armés qu'eux ; ils furent obligés de se soumettre ou de céder la place.

Il est probable que les pasteurs se transformèrent alors en partie en agriculteurs, suivant l'exemple, le genre de vie et même les coutumes de leurs vainqueurs. Seuls, les plus hardiS; habitués à la vie du marin, s'échappèrent sur leurs bateaux. Pour eux, la mer n'était qu'une vaste steppe qui facilitait leur expansion; mais la barque, seul nioyen de transport qui leur restât, ne permettait pas la réunion d'un grand nombre d'individus.

Dans leur vie de pasteurs ils s'étaient déplacés en groupes de familles sous la conduite d'un ancien. Pour un voyage au long cours, l'équipage de la barque ne pouvait se composer que de jeunes gens, tous capables de concourir à la manœuvre, c'est-k-dire de guerriers débarrassés des femmes et des enfants. Leur voyage n'était plus une migration ; c'était une expédition organisée sous les ordres d'un chef entreprenant et composée de bandes peu nombreuses. La rapidité de leur nouveau moyen de transport leur permettait de fondre inopinément sur les populations du littoral surprises de leur attaque et de fuir dès qu'une résistance sérieuse semblait s'organiser.

Au milieu des péripéties de ce nouveau genre de vie, le pirate devait oublier facilement les coutumes funéraires de ses ancêtres. Lorsqu'il perdait un de ses compagnons, il n'avait pas, le plus souvent, le temps d'emporter son cadavre ; à plus forte raison ne pouvait-il lui élever un de ces tombeaux dont la construction exigeait un travail long et pénible.

Cependant les bandes, dont les expéditions avaient été ' fructueuses, cherchaient des emplacements pour déposer le butin qui encombrait leurs vaisseaux. Ces emplacements, — elles en avaient l'expérience, — devaient être mis à

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*abri des attaques inopinées des pirates ennemis. On les mlourait de murs, pour Térection desquels on empilait les ânes sur les autres des pierres de grosses dimensions, difkiles à déplacer. 11 était naturel que les fondateurs de ces fortifications primitives imitassent le seul genre de construction en pierre qu'ils connaissaient et qui satisfaisait, d'ailleurs, à leurs besoins. De là, la création de ces acropoles comme Tyrinthe, Mycènes, Athènes, où s'accumulèrent ces trésors, fruit des rapines des pirates, dont l'étude a permis aux archéologues modernes de se rendre compte du degré de perfectionnement atteint par Tindustrie et les arts aux époques antérieures aux premières notions historiques.

3. Ces lieux de refuge ne furent pas, d'ailleurs, une invention des populations maritimes. La nécessité de leur existence s'était fait sentir aux pasteurs dès que la steppe n'avait plus été assez fertile pour assurer la nourriture de nombreux troupeaux. Dans les plaines arides de l'Alleniagne du Nord, le nomade avait cherché, dans de premiers essais de culture, le moyen d'augmenter ses ressources alimentaires. Cela fut plus nécessaire encore dans les terrains de steppes plus restreints de la Scandinavie, des îles Bri- ^nniques et de la Gaule. Quelque minimes que fussent les récoltes, elles ne pouvaient être toujours transportées Pendant les fréquents déplacements des campements ; il fallut les mettre à l'abri dans des magasins défendus par Wlques membres de la tribu contre la convoitise des paï^sseux et des imprévoyants. Telle fut sans doute l'origine ^e ces postes fortifiés, analogues à nos k'çours algériens. Mais )a vie sédentaire des habitants de ces forteresses développa chez eux des habitudes nouvelles. Peu à peu, ils se livrèrent, dans les dépressions du terrain où les pluies avaient amassé de la terre végétale, à une culture plus per- •ectionnée. Leur contact avec de nouvelles tribus, adonnées

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à Tari agricole et même à l'industrie manufacturière pa suite de conditions spéciales, fit accélérer encore len transformation sociale. Ils tentèrent les premiers essai industriels, transformant la laine en tissus et en vêtements fabriquant des outils et des armes, cherchant même, dans 1^ confection des ornements, à satisfaire le goût des nomades pour la parure. De cultivateurs, d'industriels, ils devinrent commerçants et, dans les environs de leurs cités, s'établirent des marchés où se firent de nombreux échangesi Leur richesse s'accrut rapidement et les rendit bientôt possesseurs des céréales qu'ils avaient d'abord conservées pour le compte des pasteurs. Cette évolution ne se fit pas sans choc. Plus d'une fois, les pasteurs cherchèrent à déposséder par la force les marchands enrichis ; mais la ténacité et la persévérance de ces derniers eurent à la fin raison du caractère insouciant et léger des nomades. Les habitants des acropoles restèrent les maîtres et employèrent, pour le transport de leurs marchandises, les nomades d'abord et les navigateurs ensuite.

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