‹ Les populations primitivesChapitre 70 sur 150 · Louis Siret. Cf. Alrhdop , tome III, p · texte numérisé non relu

Louis Siret. Cf. Alrhdop , tome III, p

3. Mat., 3* série, tome IV, 1887, p. 460. Henri et Louis Siret : Les premiers âges du métal dans le sud-est de l'Espagne. Anvei's, 1887.

IV. — Recherche, d'après les documents archéologiques^ des trajectoires suivies, dans leurs migrations, par les tribus du rite de rincinération. — Nature des terrains parcourus au point de vue physique et géologique.

i. Si, après avoir indiqué sur une carte les différentes nécropoles que nous venons d^énumérer, nous réunissons par des lignes les points qui marquent leurs positions, nous constatons d'abord Tcxistence d'une grande voie centrale qui joint TAfghanistan au plateau de la Perse, au Caucase, à TAsie Mineure, descendant jusqu'au nord de la Mésopotamie et de la Syrie. Il semble qu'elle franchit ensuite le Bosphore de Thrace, atteint le Monténégro, la Bosnie, la Carniole, la Styrie, la Carinthie, le Tyrol, s'étend dans le sud de la Bavière et du Wurtemberg, pénètre en France par le Jura, gagne le Morvan, s'infléchit vers le sud par le Limousin, contournant le massif central jusqu'aux Cévennes, envahit par le nord le bassin d'Aquitaine, longe les contreforts septentrionaux des Pyrénées et pénètre en Espagne où se perdent ses dernières ramifications.

A cette large voie centrale se rattachent des embranchements secondaires.

Au sud, des tribus semblent s'être détachées des Balkans, avoir traversé la Macédoine et envahi la Grèce.

Plus à l'ouest, d'autres groupes sont descendus du Tyrol sur les contreforts alpins de la Vénétie et de la Lombardie, puis, quittant les Alpes, se sont établis dans les Apennins; ce sont eux que l'on retrouve à Bologne, en Êtrurie et peutêtre même en Sicile, près de Messine.

Au nord, des tribus, parties de la Bulgarie, ont atteint la Roumanie et la Transylvanie. D'autre part, des groupes 4e même famille, après s'être^ avancés à l ouest jusqu'au

sad de la Bavière, ont envahi la Basse-Autriche, la Bohême et jusqu'à la Galicie.

Une partie de ces derniers, continuant son mouvement vers le nord, a pu arriver dans le Brandebourg, la Poméranie, le Mecklembourg et le Holstein. De là, sans doute, elle a pénétré en Danemark et passé en Suède.

Dans cette dernière migration, les tribus du rite de l'incinération ont acquis des connaissances dans l'art de la navigation, ce qui leur a permis d'occuper l'Ile d'CEIand, certains points de la câte de la Baltique, d'atteindre la Belgique et la Grande-Bretagne et encore de signaler leur passage sur les côtes de la Manche, dans le Finistère.

Enfin quelques tribus, après avoir contourné le Rhin e( gagné la plaine d'Alsace, ont, par les sources de la Meurthe, (le la Seille, etc., atteint le Luxembourg et la Belgique près de Namur; en prolongeant leur trajectoire vers le nord, elles ont retrouvé des populations de même origine venues par mer des pays Scandinaves.

Telles sont les premières impressions que nous donne le tracé provisoire des trajectoires des migrations, tracé obtenu en réunissant par un trait continu les points oîi ont été signalées des sépultures h incinération et en faisant abstraction de toute hypothèse relative soit k l'origine, soit an sens du mouvement des tribus.

2. Examinons maintenant en détail les terrains parcourus par les populations qui ont suivi ces trajectoires.

La grande voie centrale s'étend sensiblement de l'est à l'ouest; dans ses inflexions, elle ne dépasse pas au sud le 35° degré de latitude septentrionale et au nord le 48* degré. On peut dire, en conséquence, qu'elle reste tout entière dans une zone tempérée.

Son parcours, à l'extrémité est, semble limité au versants de l'Hindou-Kouch et des monts Paropam descendre vers le nord, sans s'y avancer, jusqu'aux i

TAriège, on rencontre la nécropole d'Ayer, située à Bordessur-Lez, canton de Castillon, dans le bassin du Salai, affluent de droite de la Garonne *. Ici encore, à côté de sépultures sous dolmen, étaient des sépultures incinérées, accompagnées d'objets métalliques (bronze et fer).

Les tertres ont disparu, enlevés, en partie du moins, par les populations qui ont mis en culture les terrains du plateau. Le nivellement avait enfoui, sous une épaisseur variable de O^jSO à 1",80, les bases des tumulus. La charrue d'un laboureur mit à découvert quelques tessons de vieille poterie et révéla à M. l'abbé Cau-Durban les richesses archéologiques que renfermait le sol.

Le mobilier funéraire avait sans doute été en partie détruit. On recueillit néanmoins un assez grand nombre de poteries. Les urnes cinéraires étaient d'ordinaire placées au-dessus des foyers, entourées des cendres et du charbon des bûchers. Leurs couvercles avaient la forme de gamelle. Les petits vases à parfums avaient le plus souvent le profil d*une gourde; quelques-uns cependant étaient portés par un petit pied tronconique, disposition qui leur donnait un peu plus d'élégance. Enfin, les bols, parfois montés sur de. petits pieds, semblaient des imitations de la céramique trouvée dans les monuments mégalithiques. Les objets métalliques, recueillis dans les urnes ou dans les cendres qui les entouraient, consistaient en débris de bronze et de fer altérés par le feu. C'étaient des fragments de torques, de bracelets, de boutons, de fibules, etc.

Haute-Garonne, — Le cimetière antique de Garin est situé sur la route de Luchon à Arreau et Bagnères-de- Bigorre ^. On y trouva des urnes remplies de cendres et

1 . Association française pour l'avancement des *tcienceê (Congrès de Toulouse, 1887). La nécropole d*Ayer {Bordes-sur-Lez)^ par M. l'abbé Cau-Durban.

2. H. Poydenot. Mémoires de la Société française de numismatique et d'archéologie (Section d'archéologie monumentale) , 1869.

tttlBUS DU ÎIITÉ DE L*INCINÉRATION lia

d'ossements calcinés, ainsi que les ruines d'un monument mégalithique.

Hautes-Pyrénées, — On rencontre de nombreux tumulus dans le bassin de la Garonne, non loin des rives de la Neste, sur les territoires des communes d'Avezac, de Capvem, de Tilhouse, de Lannemezan, de Labarthe-de-Neste et de la Bastide. MM. Ed. Piette et Sacaze ont étudié ces nécropoles *. Ils y ont recueilli des urnes cinéraires avec couvercle, de petits vases à parfums, des bols à offrandes ainsi que des armes et des objets de parure. Les armes étaient des épées, des couteaux, des lances, des javelots. Parmi les épées il y en avait avec poignée à antennes. Les cou*» teaux, en grand nombre, étaient presque tous à dos rectiligne et à tranchant convexe; les pointes de javelot et de lance à douille, quelquefois avec hampe en fer renflée vers le milieu pour qu'on puisse y adopter une courroie.

Les bijoux étaient en bronze ou en fer et bronze. On y distingue des torques, des fragments de collier, des fibules à arc circulaire, enfin des pendeloques avec dessins étampés représentant surtout des cercles concentriques avec centre marqué.

Si nous passons sur la rive gauche de TAdour, dans les landes recouvrant le plateau qui sépare les torrents de TAdour et du Gave de Pau nous trouvons encore des tombelles. Les communes suivantes du département des Hautes-Pyrénées : Pintac, Oroix, Gardères, Ibos, Azereix, Ossun, Barlest, Loubajac et Bartrès en possèdent un grand nombre. Celles de Bartrès et d'Ossun, fouillées par M. Piette, et celles des autres communes que j'ai explorées (1879- 1884) renfermaient soit des monuments mégalithiques avec ossements probablement décharnés avant Tensevelissement, et mobilier néolithique, soit des sépultures inciné-

l. MaL, 2- série, t. X, 1879, p. 499.

il6 LES POPULATIONS PKlMtîlVES

rées avec urnes cinéraires et mobilier métallique (bronze et fer). Ces dernières sont incontestablement les plus récentes ; elles ont donné lieu aux mêmes observations que celles qui existent dans le département des Basses-Pyrénées et dont nous allons parler.

Itr-

Basses-Pyrénées. — En contact avec les précédentes tombelles sont celles des landes des communes de Ger, de Pontacq et dé Barzun. Nous les avons désignées toutes sous le nom de nécropole du plateau de Ger, ainsi que celles des communes dlbos, d'Azereix, d'Ossun, de Gardères, d'Oroix et de Pintac, parce que le village de Ger a donné son nom au champ de tir de Tartillerie du 18" corps d*armée, champ de tir qui s*étend sur les territoires des deux départements limitrophes et qui a été le point de départ de nos études archéologiques dans cette région pyrénéenne. *

: Ces études, en ce qui concerne les tumulus à incinération, les seuls qui nous occupent en ce moment, nous ont conduit aux conclusions suivantes, toutes basées sur les seules constatations archéologiques.

Le mort, paré de ses ornements, armé de son épée, de son bouclier, de sa lance, de son javelot, était déposé sur un bûcher. Le. bois dur, dont était constitué ce dernier, développait, en brûlant, une haute température qui réduisait le cadavï^e en une poussière d'os et de cendres. Les armes et les bijoux étaient déformés, parfois brisés.

Dès que la combustion paraissait complète on recueillait les fragments d'os calcinés et les débris métalliques et on les plaçait dans une urne en terre. Quelquefois on y joir gnait un petit vase rempli sans doute de liquides ou de parfums. Le récipient était ensuite fermé à l^aide d'un couvercle et déposé au milieu des terres rapportées d'un tertre. On le maintenait dans la position verticale en accumulant, prés de ses flancs, cjes cendres et du charbon du bûcher,

THIBUS DU RITE DE l'iNCINÉKATION 117

OU encore des galets et des fragments d'arme trop volunaimineux pour trouver place dans Turne. .

Près de la sépulture ainsi formée étaient enfouis souvent des vases contenant des offrandes faites aux mânes. Dans les plus anciens tumulus à incinération, ces poteries ressemblent à celles des dolmens. On retrouve parmi elles des gamelles de faible hauteur, montées sur de petits pieds. Mais ces œuvres de céramique, souvenir des populations antérieures, disparaissent peu à peu à mesure que Ton approche des époques plus récentes.

Les urnes cinéraires étaient recouvertes de terres accumulées en un tertre généralement à base circulaire. Elles étaient souvent placées dans Tintérieur d'une enceinte en galets. Les dimensions régulières de ces cromlechs permettent de supposer qu'ils étaient établis suivant des règles imposées par la coutume et appliquées par les membres d'une corporation gardienne des traditions. Une autorité théocratique, capable de distribuer les faveurs d'outretombe, en présidant aux rites funéraires, devait intervenir fatalement dans les actes journaliers et imposer sa puissance dans l'organisation sociale . Quelquefois, les tertres recouvraient l'emplacement du bûcher sur lequel avait été déposée l'urne funéraire, mais cet. usage ne parait pas avoir été général.

A mesure que l'épaisseur de la terre végétale qui recouvre la surface du tumulus diminue, c'est-à-dire à mesure que la tombelle remonte à une moins haute antiquité, le mobilier semble se transformer ; ce ne sont plus les armes qui sont fabriquées en bronze, ce sont les bijoux et les pièces de parure. L'épée, la lance, le javelot sont en fer. Certains ornements sont aussi composés des deux métaux que l'on sait souder l'un à l'autre ; mais le progrès réalisé ne consiste que dans la mise en œuvre de la matière première et non dans l'adoption d'outils d'un usage plus pratique.

Quant à la céramique, elle semble n'avoir subi aucun perfectionnement, elle est toujours Tœuvre d'une industrie primitive. Les formes restent les mêmes; les ornements qui décorent les vases ne varient pas ; ils sont g'éométriques. Les dessins reproduisent souvent ces cercles à centre marqué qui apparaissent également sur les pendeloques et qui avaient sans doute un caractère symbolique.

Ainsi, pendant le long espace de temps qui s'est écoulé entre la plus ancienne et la plus récente des sépultures à incinération, aucun progrés sensible ne parait avoir été réalisé dans les arts industriels par les populations du plateau de Ger.

La substitution du rite de l'incinération à celui des mégalithes a coïncidé avec Tapparition d'une civilisation supérieure, caractérisée par l'emploi des métaux, bronze et fer, jusque-là inconnus. Mais il semble que cette transformation opérée, les populations pyrénéennes retombent dans un état stationnaire. Isolées dans leurs montagnes, éloignées des grandes voies de communication que suivent les trafiquants, elles n'ont aucun stimulant pour modifier leur genre de vie. Ce qu'elles ont appris dans leurs migrations suffit au bien-être dont elles se contentent. Il faudra qu'un nouveau courant de migration vienne troubler leur quiétude et leur imposer de nouveaux besoins. Mais cette révolution ne nous est révélée par aucun monument archéologique; ce qu'il est permis de supposer, c'est que l'arrivée des conquérants a poussé les habitants du pays à se réfugier sur des points d'une défense facile, dans ces oppida où il faut chercher les traces de leur évolution.

En se dirigeant vers l'ouest, sur ces contreforts qui séparent les bassins de l'Adour et du Gave, on rencontre les landes de Pont-Long au nord de Pau et celles qui couronnent les coteaux de la rive droite du Gave, au-dessus d'Orthez. Dans cette étendue un certain nombre de points sont

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occupés par des tumulus, ceux par exemple de Serres- Castet, au nord de Pont-Long, de Balansun S de Pomarès et de Castelsarrasin au nord d^Orthez.

Landes, — Enfin, et toujours dans la même région, mais dans le département des Landes, les territoires des communes de Mimbaste et d'Estibeaux possèdent des tombelles de même espèce qui ont été l'objet des études de la Société de Borda de Dax.

Il est donc probable que, de Lourdes à Dax, les plateaux rapprochés des crêtes qui limitent la rive droite du Gave de Pau ont été jadis couverts par des monuments funéraires dont le gisement s'étendait encore au nord jusqu'aux crêtes dominant la rive gauche de TAdour. Tels étaient les tumulus d'Oroix, de Pintac, de Nantery (entre Aire-sur -Adour et Garlin), qui semblent se raccorder avec ceux de Pomarès et de Castelsarrazin.

20. Finistère. — Indépendamment de ces nécropoles que nous venons d'énumérer et dans lesquelles les populations primitives avaient déposé les restes incinérés de leurs morts, on a rencontré des traces de crémation à l'état erratique, sur les côtes de notre Bretagne.

C'est ainsi que le dolmen du Penker-en-Plozévet 2, non loin de la mer, près de la route de Pont-l'Abbé, contenait une sépulture à incinération. Au milieu des cendres et des objets calcinés on trouva deux haches polies, une jolie pendeloque en jadéite, les fragments d'un vase caliciforme, puis un poignard en bronze, à lame étroite et à soie, etc.

Une remarque importante à faire au sujet de cette sépulture, c'est qu'une partie des parois de la chambre sont édifiées en petites pierres, maçonnées à sec, ce qui indique une solution de continuité. Ne pourrait-on pas supposer

1. Raymond. Exploration d'un iumulxAS à Balansun,-- Mat.^ 2« série, tome X, 1879, p. 173.

2t Rev. areh,^ 3« série, V année, juillet 1883.

130 LES POt^ULÀTtONS PRtMiTtVËS

petite portion de la trajectoire des migrations, peut être généralisé.

A Test, la nécropole pyrénéenne s'arrête à la ligne de partage qui sépare le bassin de TAtlantique de celui ieh Méditerranée. La ligne tracée par les sépultures incinérée» semble ensuite remonter vers le nord parallèlement a» cours supérieur de TAude, passer par le seuil du Lauraguai&, à Touest de la montagne Noire, s'étendre dans TAlbigedis et atteindre, par les causses, les Cévennes et le versaat occidental de la vallée du Rhône. S'infléchissant alors vers le nord-ouest, la trajectoire se dirige vers les monts da Limousin en passant près des sources des cours d'eau de l'Atlantique : le Tarn, l'Aveyron, le Lot, la Gère, l» Dordogne, la Corrèze, la Vezère, l'Auvezère, l'Isle, la Dronne, la Tardoire, la Vienne ; elle tourne ensuite vers Test pour franchir, près de leurs origines, les affluents de la Vienne, la Gartempe et la Creuse ainsi que l'Indre et le Cher et aboutir à la Loire qu'elle a dû traverser prés de Nevers. Elle suit ensuite la crête méridionale du bassin de la Seine jusqu'aux environs de Dijon; elle descend sur les coteaux du cours supérieur de la Saône, et, après avoir passé sans difficulté cette rivière et ses affluents encore peu larges, elle atteint les chaînes du Jura.

Dans ce parcours à travers la France, que les tribus de l'incinération ont suivi en sens inverse de notre descriptioDf c'est-à-dire en partant du Jura pour arriver aux Pyrénées^ on voit s'accentuer partout la tendance des envahisseurs à éviter autant que possible le passage des grands xours d'eau. Ils se tiennent sans cesse sur les pentes des massifs montagneux de façon à ne rencontrer sur leur route qu^ des ruisseaux facilement guéables. Un seul obstacle a été pour eux la traversée de la Loire près dé Nevers, maiSt pendant l'été, cet obstacle n'est pas sérieux, car, lorsque les eaux sont basses, ce fleuve peut être facilement ^àncbi à

tRÏBÙS DU RITE DE l'INCINÉRATION 13l

[ué en un grand nombre de points de son cours moyen.

On peut se demander toutefois pour quel motif, après itoir envahi la plaine de la haute Bourgogne, les tribus font pas suivi les crêtes occidentales du bassin du Rhône m lieu de contourner par Touest le massif central. Elles iuraient,.en ne s'écartant pas de la ligne de partage des iaux de l'Océan et de la Méditerranée, évité la traversée l'un fleuve important. Peut-être ont-elles agi ainsi et leurs races dans cette direction ont-elles disparu avec leurs ombeaux détruits par la culture ? Cela est possible ; mais lous ne connaissons jusqu'à présent aucune nécropole de sépultures incinérées pouvant justifier cette hypothèse et BOUS sommes conduit à admettre le tracé de la migration ians la région occidentale. Peut-être, un jour, des fôuilleâ nouvelles nous révéleront le passage des adeptes de la crémation dans les monts de la Côte-d'Or, du Charollais, du Beaujolais, du Lyonnais et du Vivarais ; mais, si ces prévisions ne se réalisaient pas, il serait facile d'expliquer' la préférence des envahisseurs pour la route du Morvan et du Limousin.

Et, d'abord, le chemin par les contreforts de la vallée du Rhône présentait des pentes plus raides que celui qui con-» tournait à l'ouest le plateau central. En second lieu, à l'époque de l'invasion, il aurait pénétré dans un pays boisé taudis que l'autre voie pouvait s'étendre au milieu de nombreuses clairières. De plus, dans la région parcourue par cette dernière, le sol permettait, dans les parties rapprochées des cours d'eau, le développement d'une culture primitive sur les plateaux les moins élevés. On y feacontrait partout des pâturages pour les bœufs et les ehe^aux, et des châtaigniers dont le fruit facilitait l'élevage <1q porc. Enfin, dans les montagnes les plus élevées, les moutons trouvaient, pendant l'été, une nourriture abond^te. Même dans la partie' de cette région qui est *la

I3i LES POPULATIONS PKIMITIVES

moins fertile, dans les monts du Limousin, la couche de terre végétale est très mince mais imprégnée fortement d*eau ; aussi les plateaux sont-ils couverts d'herbes et de bruyères, les versants sont-ils garnis de châtaigniers et de chênes, les fonds possèdent-ils de belles prairies. En un mot, les terrains voisins de la voie occidentale étaient propices à Tagriculture et à Tart semi-pastoral des steppes de plateaux.

Telle devait être, en effet, l'industrie des tribus du rite de l'incinération, d'après l'étude des terrains qu'elles ont parcourus dans leurs migrations, non seulement à travers la France mais encore à travers l'Europe.

3. Dans la région qui s'étend du Bosphore au Jura, ia trajectoire suit d'abord sensiblement la ligne de faite qui sépare les eaux de la mer Noire de celles de la Méditerranée. Elle occupe, dans les Balkans et les Alpes, les coteaux d'où s'écoulent les rivières, tributaires du Danube ; elle franchit, près de leurs sources, la Morava, la Drina, la Bosna et les autres affluents de la Save, la Save elle-même ; la Drave et la Mur, l'Inn, Tlsar, le Lech et l'Iller et arrive alors près dés sources du Danube, sur les coteaux de la Souabe. En contournant le lac de Constance elle gagne les collines suisses, le Jura bernois et les monts Jura.

Le passage entre le bassin du Danube et celui du Rhin était facilité par le col de l'Arlberg que son altitude rend presque toujours praticable. En outre, les Alpes algaviennes, comme celles de Souabe et de Bavière, possèdent de nombreux cols d'un accès facile, qui font communiquer les régions de l'est avec celles de l'ouest. Dans les Alpes d'Appenzell, le relief s'abaisse à Test du côté du Rhin et au nord aux approches du lac de Constance. Le Rhin franchissait peut-être alors le seuil de Sargans et traversait les lacs de Wallensta^tet de Zurich ; en suivant son cours supérieur et en remontant TAar, aucun obstacle sérieux ne s'opposait

TRIBUS DU RITE DE l'iNGINÉRATION 133

à Tarrivée des émigrants dans les monts du Jura, près de Pontarlier.

Assurément, par ces régions qui ne présentaient pas dés difficultés insurmontables pour des populations habituées aux montagnes, les tribus ont évité le passage des grandes et larges rivières. Elles ont pu, après avoir franchi les vallées à la naissance des thalwegs, se répandre sur les mamelons qui séparaient les lits des cours d*eau voisins et y trouver des terrains favorables à leur industrie agricole primitive et à leur art pastoral.

4. Au delà du Bosphore, en Asie, il semble qu*il en ait été de même. Les documents font défaut pour tracer avec certitude la ligne d'invasion. Cependant les quelques nécropoles signalées se trouvent encore dans les pays accidentés. Sans atteindre les hauts plateaux de l'intérieur de TAsie mineure, dont les déserts et les lacs saumâtres présentaient un sol peu hospitalier, les communications pouvaient s'établir entre le Bosphore et le nord de la Syrie par les monts Taurus, entre le Bosphore et le Caucase par la chaîne Pontique, entre le Caucase et Test de la Mésopotamie par les monts Zagros. De là en Afghanistan, les pistes praticables ne manquaient pas dans les contreforts des montagnes du nord de la Perse. De nos jours, les caravanes, qui se rendent de Bagdad à Téhéran, Meched, Hérat et Kandahar, ne sont pas arrêtées dans leurs voyages par la traversée des cours d'eau *. Dans ce parcours, on rencontre parfois des pays fertiles ; les montagnes y sont aussi productives que les plaines ; les prairies offrent des ressources telles qu'on peut y élever des moutons par centaines de mille. On y récolte des céréales, du blé et de l'orge ainsi que des légumes et des fruits.

Au point de vue agricole, cette région asiatique ressemble

1. Voilages en Perse ^ dans V Afghanistan^ le Béloutchistan et le Tur^ Jbfstan, par J.-P. Ferrier, Parie, 1860.

à la partie de TEurope comprise dans la grande voie centrale parcourue par les tribus de l'incinération.

5. Les mêmes conclusions s'imposent lorsqu^on étudie les voies secondaires. i.

La portion de trajectoire qui descend des Balkans vers la Grèce a pu se développer parallèlement aux crêtes des chaînes du Pinde, vers Test, permettant aux tribus qui la suivaient de profiter des ressources de la Thessalie. Aucun obstacle ne se présentait h Texpansion des immigrants jusqu'à cette barrière de montagnes transversales, telles que les monts Othrys, les monts de l'Êtolie, les monts delà Locride, etc*, qui, par sa direction de Test à Tpuest, sépjure, en la défendant contre le nord, la Grèce proprement dite de la Macédoine. A partir de ce point, le mouvement des envahisseurs a dû se ralentir, limité au passage de quelques tribus s'engageant dans les défilés nombreux et étroits qui débouchent dans des baies plus ou moins profondes. Ces tribus, jusque-là adonnées à la vie de laboureurs, de pâtres et de chasseurs, devaient rencontrer les hardis navigateurs mégalithiques ou leurs descendants, et par eux entrer en relations avec un monde nouveau et d'un plus large horizoUi Telle fut la cause de leurs brillantes destinées.

Les groupes venant de l'Orient et qui, au lieu de continuer leur mouvement vers l'ouest, se sont détachées des Alpes occidentales pour se diriger vers le midi, ont laissé des traces de leur passage dans la haute vallée de TAdige à Botzen. Le chemin qu'ils ont adopté leur était imposé par la topographie. Rassemblés en Cai'niole, en Styrie et en Carinthie, dans la vallée de la Drave, ils devaient passer par le col de Toblach, suivre le Pusterthal, descendre la Rienz et l'Eisach et arriver à Botzen sur l'Adige.

S'ils avaient, au contraire, déjà franchi le massif des Alpes noriques et atteint les Alpes de Salzbourg, ils pouvaient, en remontant la vallée de l'Inn, franchir le col du Brenner^

TRIBUS DU RITE DE l'iNGINÉRATION 135

pnis redescendre la jolie vallée deTEisach qui aboutit également à Botzen.

* Dé là ils se sont étendus sur les contreforts méridionaux des Alpes du Trentin et de la Valteline ; en Vénétie et en Lombardie, où ils ont indiqué leurséjour parles nombreuses nécropoles à incinération désignées par les archéologues sous le nom de Golasecca.

Nous les avons encore retrouvés à Comabbio et à Bismontova dans le Parmesan, continuant leur exode vers le sud, reprenant le chemin de la montagne dans TApennin Ëtrusque sur Tun et Tailtre versant de l'Adriatique et de la Méditerranée, habitant le pays de Bologne et celui de Florence. Au delà, près de Messine, en Sicile, nous perdons leurs traces; mais il est probable que leurs tombeaux ont disparu dans les environs de Rome, si souvent ravagés par les guerres et les révolutions et aussi très fréquemment transformés par le développement des colonies. Ils ont suivi, sans doute, les ramifications des montagnes jusqu'au détroit de Messine, d'où ils ont, avec l'aide des peuplades maritimes qui les avaient précédés, transporté leurs pénates en Sicile.

Les populations du rite de l'incinération qui recherchaient des terres labourables bien arrosées et en même temps un pays où l'herbe était abondante pour les trou^peaux, où les arbres permettaient la cueillette des châtaignes et des glands, nourriture préférée par leurs nombreux porcs, devaient avoir rencontré en Italie le territoire qu'elles avaient pu désirer. Tous leurs vœux étaient réalisés. L'Italie, en effet, se suffit à elle-même et peut aisément 9e passer de tout ce que produisent les autres pays ; elle est fertile en fruits^ en grains, en pâturages. La chasse et la pèche y sont fructueuses. Le climat y est si admirablement tempéré suivant les différentes saisons, que les grains et les fruits n' y sont nullement endommagés ni le

animaux incommodés par Texcès du froid ou de la chaleur.

La migration des tribus du rite de Tincinération vers le nord nous est indiquée par deux embranchements, Tun à Test, Tautre à Touest.

Le premier est tracé par les nécropoles de Valachie et de Transylvanie qui s*échelonnent sur les pentes septentrionales et méridionales des Alpes de Transylvanie en des points voisins de la naissance des cours d'eau se dirigeant à Touest vers la Tisza et au sud vers le Danube ; mais ces nécropoles ne se sont pas développées au nord vers la chaîne des Karpates. Le mouvement des tribus sur la rive gauche du Danube semble s'être localisé dans les Alpes de Transylvanie où les communications avec la Roumanie étaient facilitées par de nombreux passages. Dans la direction du nord on rencontrait un territoire boisé *■ dont les épaisses forêts couvraient les montagnes de grès des Karpates. Sur les plateaux les plus élevés, la végétation ne produisait que des lichens; c'était un pays d'un accès difficile, ne présentant que de faibles ressources, sans attrait pour les envahisseurs. Il n'est donc pas étonnant qu'on ne trouve pas la trace de leur séjour sur les contreforts des Karpates.

Mais si l'on s'explique facilement l'arrêt de leur migration vers le nord, il n'en est pas de même pour leur présence sur la rive gauche du Danube. Les tribus venant dos Balkans — il n'est pas possible d'admettre un autre point de départ — avaient été forcées de traverser le Danube dans la partie de son cours où il est à la fois large et profond. C'était une opération bien délicate pour des populations qui, faute de moyens de navigation ou d'outillage pour la construction des ponts, étaient toujours arrêtées par le

1. Lo nom de Transylvanie, de même que le nom hongrois Erdéhj et le nom roumain Ardealn^ rappellent les anciennes forêts qui recouvraient jadis toute la contrée. Les Allemands nomment ce pays Sebenburffen.

TRIBUS DU HITE DE L'l^CI^ÉKATIO^ 137

passage des grandes rivières. Peut-être ont-elles profité d'un hiver rigoureux qui aurait réuni en un pont les immenses glaçons que ce fleuve charrie chaque année, bien qu'il soit rarement congelé d'une manière complète.

Celle indétermination du point de passage du Danube n'existe pas pour la branche de migration qui se détache de la voie centrale près de la Haute-Autriche et de la Bavière, La trajectoire en est bien fixée par les nombreuses nécropoles qu'on rencontre.

En effet, le chemin conduisant de Hallstatt et de Salzburg aux nécropoles de la Haute-Bavière, au sud de Munich, n'offrait d'autres obstacles que les passages de l'Inn et de risar, faciles à franchir surtout à certaines époques de l'année. Aucune difficulté créée par le Lech et l'Iller pour se rendre de la Hante-Bavière dans le cercle du Danube en Wurtemberg. En passant de ce cercle à celui de la Forêt Noire, les tribus arrivaient aux sources du Danube; puis, obliquant vers le nord-est, elles gagnaient, par le cercle du Neckar et celui de Jagst, la ligne de partage des eaux du Danube et du Rhin.

Repassant en Bavière, dans le Haut-Palatinat, elles suivaient le Jura franconien et, par le massif de Bohême et le Reisen Gebirge, arrivaient aux sources de l'Elbe et de l'Oder. Dans ce parcours, près de la ligne de séparation des eaux de la mer Noire et des mers du Nord et de la Baltique, elles laissaient comme souvenirs de leur passage tes nécropoles du Haut-Palatinat, celles de Pilsen et de Prague en Bohême, de Hadersdorf dans la Basse-Autriche, de Lobosilz-snrl'Elbe, prés du conlluent de i'Eger et de l'Elbe, dans la région montagneuse du Mitlcl-Gebirgc; enfin celles des environs de Cracovio, en Galicie, près des sources de l'Odpp et de laVistule,

De cette manière les tribus, tout e montagnes et en évitant le passage d(

s'établirent dans des territoires fertiles en Wurtemberg, en Bavière et en Bohème. Les parties élevées, qui dominaient Jes coteaux qu'elles occupaient, étaient couvertes de vastes forêts où abondait le gibier. De plus, comme dans FErz- Gebirge, dont elles longeaient les contreforts, on y trouve de grandes richesses minérales : des mines d'étain, d'argent, de fer, etc.

. 6. Après avoir séjourné dans ce territoire accidenté qui sépare la Germanie au nord du bassin du Danube au sud, le peuple du rite de l'incinération est descendu dans la zone des steppes de plaines basses qui confine aux côtes de la Baltique et de la mer du Nord. Avant de les suivre dans cette nouvelle pérégrination où elles ont rencontré les pasteurs mégalithiques et modifié fatalement leur ancien genre de vie, résumons les faits précédemment observés.

Les terrains de parcours des populations, dont nous étudions les migrations, se sont étendus dans des pays montagneux sur des plateaux à altitude moyenne de WO à 500 mètres. Les sommets, qui dominaient ces plateaux, étaient couverts de forêts au-dessus desquelles, parfois, dans les sites les plus élevés, sur les pentes les plus abruptes, se rencontraient de verts pâturages dont la neige, fondue par le soleil de Tété, imprégnait le sol d'une humidité fécondante. Au-dessous des plateaux, entre lesthalwegs des ruisseaux, sur la terre apportée par les alluvions des'^ eendant de la montagne, étaient encore des prairies et sur-^ tout des champs fertiles où les céréales donnaient, dans les quelques mois de douce température, des récoltes abom dantes. i

Un tel sol était favorable à la fois à l'art pastoral et à l'industrie agricole. Pendant l'été, des bergers conduisaient dans les pâturages des hautes altitudes le troupeau qu'ils ramenaient à l'abri pendant l'hiver dans les régions moins ^levées où l'agriculteur avait mis en réserve des beri)es et

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des grains. Layie imposée au montagnard par le climat et par la nature du sol différait donc essentiellement de celle , du nomade des steppes de plaines basses, toujours en mouvement à la recherche des pâturages. La steppe ayant ici ..diminué d'étendue et de fertilité permanente, le type du . pasteur avait dû se transformer ; de nomade il était devenu pasteur demi-nomade et knéme agriculteur et sédentaire. Aussi ses déplacements ne pouvaient- ils s'opérer ni delà même manière, ni avec la même vitesse.

Dans les steppes étendues, celles, par exemple, qui ont été fréquentées par les tribus mégalithiques, le déplacement journalier était imposé par les exigences de Tart pas- .toral. Il était nécessaire pour la nourriture des troupeaux et aussi pour Thygiène du campement ; il était, d'ailleurs, facilité par la possession de nombreux chevaux qui constituaient un puissant moyen de transport. Le bétail, mobile comme le pasteur, rendait d*ailleurs superflue la préoccu* pation des approvisionnements; les vivres suivaient la tribu. .

Par^suite de ces circonstances favorables, le déplacement journalier devint bientôt Témigration qui se propagea sans contrainte jusqu'au jour où les nomades rencontrèrent des steppes moins favorables au développement de Therbe. Lorsqu'ils quittèrent les plaines fertiles de la Russie méridionale et pénétrèrent dans cette immense région basse comprise entre les Karpates, les monts de la Bohème et les mers du Nord, ils durent éprouver une grande déception ; mais la région qu*ils avaient abandonnée était déjà occupée par de nouveaux envahisseurs ; ils ne pouvaient retourner sur leurs pas. Leur puissance d'expansion fut diminuée; leur marche ralentie. D'ailleurs, leurs terrains de parcours, quoique plus pauvres, étaient chaque jour envahis par des flots d'invasion nouveaux. Il fallut trouver la nourriture des habitants enjoignant d'autres industries à Tart pastoral.

Nous avons expliqué précédemment que, sous l'empire de la nécessité, les populations mégalithiques ont cherché d*abord, dans les travaux de culture, le complément des ressources qui leur étaient indispensables. Les terres fertiles, facilement arrosables, voisines des grands cours d'eau descendant des Karpates et des monts de Bohême, favorisèrent cette première entreprise. A cette industrie se joignit bientôt celle de la poche, mais ces essais ne modifièrent pas essentiellement les habitudes des populations qui restèrent longtemps encore pastorales et ne se transformèrent qu'après avoir acquis une grande habileté dans Tart de la navigation.

L'évolution des habitants des montagnes fut tout autre. L'art pastoral devint pour eux un accessoire ; la culture fut Tindustrie du plus grand nombre. Dans les régions qu'ils occupaient, les pâturages avaient peu d'étendue ; de plus, par suite de l'altitude élevée du terrain et des neiges qui le recouvraient pendant la plus grande partie de Tannée, la nourriture du bétail ne pouvait être assurée que durant les quelques mois de l'été. Il était donc indispensable que la culture permît de récolter et d'emmagasiner une quantité notable d'approvisionnement pour subvenir à Talimentation du troupeau.

VI. — DilTércnces qui ont existé dans la composition des troupeaux des pasteurs mégalithiques et des agriculteurs du rite de Tincinération.

1. La composition du troupeau ne pouvait être la même dans les montagnes et dans les steppes de plaines. Les éléments nutritifs des herbages, variables avec la nature du sous-sol et la répartition des périodes de froid et de chaud, d'humidité et de sécheresse, d'une part; le climat agissant

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sur les fonctions digestives des animaux, d'autre part, sont des causes permanentes qui modifient d'une manière continue la constitution des êtres vivants ; elles favorisent le développement des uns et diminuent le nombre des autres. Grâce à cette sélection naturelle, les espèces se sont modifiées par le temps et leur proportion numérique a été fixée, suivant une loi fatale, en rapport avec la qualité et Tabondance de la flore du sol.

Les ossements, recueillis dans les fouilles, nous démontrent l'existence, dans les troupeaux, du cheval, du bœuf, du mouton et du porc. Ce dernier surtout apparaît dans les détritus des repas de funérailles des tribus du rite de Tincinératîon. Or, nous savons, d'après les auteurs des traités de zootechnie, que les suidés porcins peuvent être classés en trois races : la race asiatique, la race celtique et la race ibérique *.

Cette dernière, très rustique, facile à nourrir, caractérisée par sa dolichocéphalie, son petit groin, ses oreilles droites, allongées et dirigées obliquement en avant, de bas en haut, presque horizontales, a une aire géographique actuelle très étendue. Ses variétés, résultant de son appropriation aux différents pays où elle fut implantée, sont :

La variété hongroise, répartie en Autriche-Hongrie, en Serbie, en Bulgarie, en Roumanie, en Dalmatie ;

La variété bressanne, occupant la Suisse jurassique, les départements français de l'Ain, du Jura, de la Haute-Saùne, du Doubs, s'étendant jusqu'à la vallée du Rhône;

Les variétés du Quercy, du Périgord et du Limousin, vivant dans la Dordogne, la Haute-Vienne, la Creuse, la Corrèze, le Puy-de-Dôme, la Haute-Loire, le Cantal, la Lozère, l'Aveyron, le Lot, le Tarn et le Tarn-et-Garonne ;

Les variétés gasconne et languedocienne, peuplant le Lot-

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