A. Sanson. Traité de i^ateehhic, tome V, p
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combien il est diflicilc de reconnaître la race primitive qui a été importée par les plus anciens pasteurs.
Cependant, en certains points, on peut reconnaître les traces des premiers troupeaux. Malgré la variation des terrains, tantôt calcaires, tantôt argilo-siliceux, formant des vallées, des plaines, des collines et des plateaux qui constituent le sol de la Navarre espagnole, des départements des Basses et des Hautes-Pyrénées, de TAriège, des Landes, du Gers, de la Haute-Garonne et de l'Aude en partie, du Tarn, de l'Aveyron, de la Lozère en partie aussi, du Tarn-et- Garonne, enfin des portions de ceux du Lot et de Lot-et- Garonne, nous rencontrons une race de moutons que Ton appelle race des Pyrénées. Elle est de taille variant de 0™,60 à O^îSO; à tète forte, avec des cornes en arrière; sa chair est estimée et sa toison est formée de brins longs, d'un fort diamètre. Or, cette race, dont Taire est limitée à Test par la montagne Noire et qui s'étend sur les bassins de TAdour et de la Garonne, puis remonte vers le nord-est jusqu'au plateau de Levezou, la causse de Severac, les monts du Rouergue jusqu'aux monts d'Ambrac et au cours du Lot vers le nord, ne scmble-t-elle pas occuper les territoires du midi de la France où Ton rencontre ces nécropoles à tumulus recouvrant, les uns, des monuments mégalithiques, les autres des sépultures incinérées? Ne peut-on pas admettre, d'après ce fait, que les ancêtres de la race pyrénéenne ont été amenés ou tout au moins acclimatés dans la région, définie plus haut, par les tribus mégalithiques ou celles du rite de Tincinération?
La race bovine a été surtout utilisée par les pasteurs nomades comme moyens de transport et comme force motrice. Le déplacement est d'ailleurs préjudiciable à l'engraissement du bétail ; on doit éviter, pour les bétes à viande, les longues marches, les retours pour parquer, les fortes chaleurs de Tété et les froids du printemps et de l'automne.^
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De haute taille, forte, rustique, telle fut la grande race asiatique des steppes. Après avoir franchi TOural, elle s'est étendue dans la Russie méridionale et en Hongrie, puis dans le fertile bassin du Danube, en Podolie, en Bessarabie, en Roumanie, en Dalmatie, en Galicie et même en Italie. Dans ces divers pays, il s'est produit diverses variétés parmi lesquelles la taille s'est maintenue haute dans la plaine et a atteint son minimum dans les montagnes. Mais l'aptitude à l'engraissement étant restée généralement faible, les peuples sédentaires ont peu à peu essayé des croisements dont on trouve les produits dans les régions montagneuses de la Styrie, de la Garniole et de la Basse- Autriche. Les modifications au type primitif se sont accentuées de plus en plus avec le temps et expliquent la multiplicité des races actuelles. Il est difficile aujourd'hui de discerner les propriétés inhérentes à la configuration du sol.
Il en est de même pour les chevaux. On sait que la race chevaline asiatique, originaire de l'Asie centrale, s'est répandue non seulement dans toute l'Asie et toute l'Europe, mais encore dans le nord de l'Afrique. Le nomade devait apprécier ce coursier léger et élégant, sobre, rapide, aux pieds sûrs, qui lui permettait de parcourir la steppe en tous sens. Le sédentaire dut chercher à le transformer en animal de trait ; il facilita le croisement avec les chevaux sauvages, originaires du pays qu'il occupait ; il transforma le type par l'emploi spécial qu'il en fit et qui développa les membres dans le sens favorable au travail demandé.
C'est ainsi que, dans les poèmes homériques, les gaer-* riers descendant des tribus de montagne, soumises au culte de la crémation, ne sont pas des cavaliers, mais deâ conducteurs de chars. Leurs chevaux ne sont plus dressés à }%: selle, mais au trait léger.
De là l'origine d'un grand nombre de racés dont Tétude
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spéciale mettrait encore en évidence certains faits capd[)l«8 d'expliquer les différences entre les genres de vie des hommes de la steppe de plaines ou de la montagne.
Le chameau est aussi un agent de transport pour le nomade; il ne sert plus au sédentaire. La steppe de plaines basses convient seule à son alimentation et à son emploi. Les terrains de formation géologique ancienne qui cons&ÎT tuent le sol des steppes de plateaux usent ses pieds et ne produisent pas d'ailleurs les herbages légers que le cha-» meau absorbe en volume considérable. Aussi, dans leurs parcours à travers les terrains quaternaires de la Hussie méridionale, les peuples mégalithiques ont-ils pu utiliser cet animal, mais ils Tout vu disparaître dès qu'ils ont eu à lutter contre la stériliié des plaines de TAllemagne traitées en marâtre par la nature sous le rapport du sol et du climat. Les tribus du rite de l'incinération^ cantonnées dans leurs montagnes, ayant pris de bonne heure l'habitude de déplacements rares et de faible amplitude n'ont fait aucun effort pour associer le chameau à leurs travaux.
VIL ^ Le développement de Tart agricole a imposé la substitution de la vie sédentaire à la vie nomade. — Origines de Tindustrie manufacturière et du commerce. — Causes qui ont déterminé les tribus du rite de rincinération à s'établir dans les pays du Nord.
1. La nature du terrain parcouru par les tribus du rite de l'incinération ne comportait pas des étendues de pâturages assez vastes pour suffire aux besoins des troupeaux. Les pasteurs ont été obligés de chercher dans les travaux de culture le complément des ressources qui leur avaient été indispensables. Or, la culture impose le séjour, au moins pendant quelque temps, au même endroit. Ainsi que nous l'avons démontré précédemment, elle crée aussi l'obligation
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et conserver la récolte. De là Turgence de substituer la maison à la tente, la vie sédentaire à la vie nomade.
Les terrains de culture, aux environs immédiats du poste fortifié choisi comme magasin, devinrent bientôt insuffisants pour la population. Ceux, d'ailleurs, qui s'adonnaient à Tagriculture cherchèrent à obtenir les récoltes les plus abondantes et ils n'arrivèrent à ce résultat que par des efforts diminuant de plus en plus leurs loisirs journaliers. IF leur fut impossible d'agir comme les pasteurs qui tirent du troupeau et confectionnent dans la famille presque tous les objets nécessaires à leur existence et de préparer euxmêmes, sans préjudice pour le travail agricole, les vêtements et les outils dont ils avaient besoin. Us trouvaient plus avantageux de donner une partie de leurs grains et de leurs légumes h des ouvriers qui, en échange, leur fournirent les produits de leur industrie. Ces derniers y trouvèrent aussi leur avantage, grâce à l'habileté qu'ils avaient SHîquise dans la fabrication spéciale à laquelle ils s'étaient adonnés.
Cette transformation de l'organisation sociale, résultat du développement de la culture, s'était déjà manifestée chez les pasteurs mégalithiques; mais l'archéologie nous fait supposer qu'elle fut bien plus complète et générale chez les tribus du rite de l'incinération. En effet, dans les tombeaux de ces dernières, nous recueillons tout un mobilier qui révèle l'existence d'ateliers dont les ouvriers se livraient à une fabrication courante. La céramique n'est pins, comme à l'époque des dolmens, l'œuvre d'individus chez lesquels le sens artistique est bien supérieur aux connaissances techniques. On y trouve, au contraire, des spécimens fabriqués suivant un petit nombre de types, avec des pâtes souvent bien composées et bien cuites, possédant tm cachet et toutes les propriétés qui caractérisent une fabrication industrielle. En' les examinant avec attention.
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on y reconnaît les œuvres d'un ouvrier cherchant à satisfaire à la demande du marché, peu soucieux de réaliser une forme originale et élégante mais désireux de produire un vase solide, pouvant contenir les liquides et résister aux températures élevées, tel que le voulaient les consommateurs; en un mot, une marchandise facile k vendre et n'exigeant pas un grand effort pour la manufacturer.
Il en est de même pour les autres produits usuels. On ne peut nier que les populations mégalithiques, au moins à une certaine époque, n'aient connu cette civilisation que les archéologues appellent l'âge du bronze et môme Page du fer. Dans un grand nombre de leurs tombeaux on a trouvé des objets du premier métal ; de plus, certaines de leurs constructions permettent de supposer que des outils plus durs et plus résistants que ceux de pierre ont été employés pour la taille de quelques matériaux. Quoi qu'il en soit^ il est incontestable que le métal fut rare chez les pasteurs. Ce fait n'est pas difficile à expliquer si l'on veut bien tenir compte que l'industrie métallurgique n'a pu se créer que dans les cités des sédentaires. Sans doute, certains fondeurs ou forgerons, munis d'un outillage primitif, ont pu, comme on le constate encore de nos jours en Afrique, parcourir les tribus nomades éloignées des centres de production et des marchés et confectionner sur place quelques-uns des objets les plus demandés par les pasteurs ; mais ces objets ont été jadis en petit nombre; c'est à peine s'il est possible d'en retrouver quelques spécimens.
Les mobiliers des tumulus à incinération sont composés, au contraire, de fragments de pièces métalliques en telle quantité qu'il n'est pas possible d'émettre le moindre doute sur l'abondance des armes, des outils, des parures en métal à l'époque de la construction de ces tombeaux. Gela tient incontestablement à l'existence de nombreuses cités où s'était installée et développée l'industrie métallurgique
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fournissant à tous les habitants des terres voisines les produits de leur fabrication.
2. Si, h cette déduction tirée de la comparaison des 'genres de vie des pasteurs nomades et des peuples sédentaires, déduction que Ton sera peut-être tenté de considérer comme spéculative, il convenait d'ajouter une démonstration expérimentale, nous citerons l'exemple des populations qui occupent encore aujourd'hui notre colonie algérienne.
Nous y trouvons en effet deux groupes fort distincts : les Arabes et les Kabyles.
Les premiers se divisent en nomades et semi-nomades. Ceux du sud sont seulement pasteurs, n'habitent que sous la tente et ne restent jamais plus de deux ou trois jours sur le même emplacement. Ils ont conservé les usages, les coutumes et les mœurs des fils d'Abraham.
Dans les territoires compris entre le désert et la mer, on rencontre d'abord les tribus qui occupent les Hauts- Plateaux contigus au Sahara. Elles sont composées de pasteurs et d'agriculteurs dont les uns habitent exclusivement sous la tente et sont également nomades, les autres possèdent des troupeaux mais sont essentiellement agriculteurs et ne sont pas nomades, vivant sous la tente pendant l'été et sous des gourbis pendant l'hiver. Quelques-uns de ces derniers sont installés dans les kçours où les céréales sont conservées dans des silos.
Les sociétés mégalithiques, aux différents degrés de civilisation qu'elles ont parcourus, devaient avoir une vie analogue à celle de ces groupes arabes.
Les Kabyles, qui constituent le second élément de la population algérienne, habitent les montagnes. Ils sont sédentaires, groupés dans des villages où se réunissent agriculteurs, industriels et marchands. Quelques-uns d'entre eux conduisent leurs troupeaux dans des pâturages
pendant la belle saison. Leur genre de vie ne diffère pas de celui qu'ont suivi sans doute les tribus du rite de Tincinération.
3. Les peuples mégalithiques et les tribus du rite de Tincinération ont été en contact en certains points de leurs migrations.
Les fouilles exécutées dans les Pyrénées nous ont montré les tombeaux des deux religions placés les uns prés des autres sur le môme sol. Les adeptes de la crémation ont été les vainqueurs ; ils ont rejeté les anciens possesseurs des steppes de plateaux à Test de la vallée de FAude et au delà des montagnes. Cependant il semble qu'ils en aient accepté quelques-uns comme alliés ; mais, dans cette région comme dans les monts du Limousin, il y a eu invasion et absorption des anciennes populations par les nouveaux venus, mieux armés, mieux outillés et cherchant des pâturages pour leur bétail ainsi que des terrains de culture..
Les causes du déplacement des tribus dont nous allons nous occuper maintenant et qui sont descendues du massif de Bohème dans les plaines de la Germanie ne doivent pas avoir été les mêmes. Il est peu probable que des populations habituées h la vie des montagnes, adonnées plutôt à Tagriculture qu'à l'art pastoral, industrielles, commerçantes, aient été attirées dans des steppes de plaines basses, peu fertiles, au sol maigre et peu profond que la culture entame difficilement. Quels avantages pouvaient-elles, en effet, trouver à lutter contre des pasteurs pour la possession d'un territoire aussi ingrat où elles ne devaient rencontrer que des obstacles nouveaux pour elles : de grands cours d'eau à traverser, des plaines marécageuses d'un accès impraticable pour leurs chariots, et où, d'ailleurs, leurs aptitudes spéciales n'auraient pas eu d'emploi ?.Leur migri^tion n'a donc pas eu assurément pour but d'enlever par la force aux premiers occupants un sol qu'elles étaient iucaii-
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pables de mettre en valeur; elle fut plutôt la conséquence de relations amicales entre voisins q ui pouvaient se rendre mutuellement service.
Nous avons expliqué précédemment qu'il y avait lieu de supposer que les peuples dolméniques, arrivés dans cette partie de la Germanie qui avoisine le Jutland, avaient cherché dans la pèche d'abord, dans la navigation ensuite, le complément des ressources dont ils avaient besoin pour vivre. Afin de se procurer le bois nécessaire pour la construction de leurs bateaux, ils pénétrèrent probablement dans les forêts recouvrant les contreforts septentrionaux de l'Erz-Gebirge.
G*est dans cette région que se rencontrèrent sans doute les deux groupes de tribus, les unes venant du nord à la recherche des bois de construction, les autres venant du sud ou du sud-ouest, attirées non seulement parles richesses forestières, mais aussi par les richesses minières du pays.
Les aptitudes des deux peuples se complétaient pour ïutter contre les difficultés de Texistence, et cette circonstance heureuse dut amener sinon une fusion, au moins une union entre les différents groupes.
A l'origine, quelques colporteurs, des métallurgistes ambulants, ont quitté leurs cités pour porter le produit de leur industrie dans les camps des nomades répartis entre TElbe et TOder. Ils transportaient avec eux les matières premières extraites de leurs mines et les façonnaient sur place à la demande des consommateurs. Ils ressemblaient à ces ouvriers qui descendent des kçours des Hauts-Plateaux de l'Algérie et que l'on rencontre dans les terrains de parcours du Sahara, mais, à mesure que l'art de la navigation se développa, il fallut aux populations de la plaine des approvisionnements plus variés et plus considérables. Lé bois de construction, les parties métalliques, les outils, les engins de pèche furent demandés en plus grande quan-
lité. De même, les pasteurs, qui confectionnaient leurs vêtements, n'avaient, plus les loisirs nécessaires pour se livrer à ce genre de travail dès qu'ils furent transformés eu pécheurs et en marins. L*aide des ouvriers et desmarchand^ leur devint indispensable. Les tribus du rite de Tincinération descendirent alors de leurs montagnes pour fonjder dans la plaine des colonies bien accueillies par les premiers occupants du sol. Elles y trouvèrent la richesse. Aujourd'hui encore on constate dans cette région que la lisière, où le mélange de plaines et de hauteurs rapproche les contrastes, est essentiellement une zone de vie urbaine, d'industrie et de commerce.
Telle fut, très probablement, la cause de Texode des montagnards de la Bohême vers les rivages de la Baltique et de la mer du Nord. Unis aux marins mégalithiques, ils en partagèrent bientôt les aventures et abordèrent avec e»x le Jutland, la Suède et les îles Britanniques.
Ce mouvement vers les contrées septentrionales n'avait pas été, assez rapide pour que les tribus du rite de l'incinération n'aient été précédées en Scandinavie par les tribus du rite de l'inhumation. Ces dernières, que nous rencontrerons dans l'Europe centrale mélangeant les tombeaux de leurs morts avec les urnes cinéraires des populations qui avaient occupé le pays avant elles, étaient sans doute arrivées par la Finlande et s'étaient déjà installées en Suède. Les archéologues ont, en effet, retrouvé dans ce royaume des tertres où coexistaient les deux rites et, des observations qu'ils ont faites, il semble résulter que les adeptes de la crémation furent les derniers venus *. Quoi qu'il en soit, ils ont jEicquis bientôt une influence prépondérante et, après s'être transformés d'ouvriers en marins, ils ont, avec l'aide de leurs anciens amis, les pêcheurs mégalithiques, parcouru
- 1. MoniéMuBi Les temps préhistoriques en Suède.
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lès mers du Nord, portant sur les côtes voisines la crainte de leurs armes. Dans ces expéditions ils conservèrent le culte de leurs ancêtres et le rite de Tincinération ; c'est à quelques-uns d'entre eux que nous croyons pouvoir attribuer ces sépultures incinérées retrouvées sur les côtes de tiotre Bretagne^ parfois enfouies dans les monuments mégalithiques antérieurement érigés.