‹ Les populations primitivesChapitre 73 sur 150 · VIII. — La crémation aux temps béroïqueB et historiques · texte numérisé non relu

VIII. — La crémation aux temps béroïqueB et historiques

diaprés les textes.

1. Les découvertes de l'archéologie nous ont fait connaître que, dans une grande partie des contrées européennes et asiatiques, certaines populations avaient la coutume de brûler les cadavres de leurs morts. Elles nous ont permis aussi de reconstituer les cérémonies funèbres imposées par cette coutume. Il nous reste à rechercher, dans les textes des plus anciens écrivains, rapportant, soit les légendes des temps passés^ soit les faits qui leur étaient contemporains, les traces de ces mômes rites funéraires. Par cette étude nous pourrons reconnaître l'identité des cérémonies révélées par les fouilles avec celles rapportées par les textes, nous déterminerons le caractère et le but de chacune d'elles et enfin nous constaterons leur permanence depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.

2. C'est daùs les poèmes homériques que nous trouvons décrites de la manière la plus détaillée les anciennes pratiques du rite de l'incinération. Quelle que soit l'hypothèse que l'on admette sur l'auteur de ces poèmes, sur les altérations qu'ont subies les chants des aèdes par les rhapsodes jusqu'à leur fixation par l'écriture au temps de Pisistrate, ainsi que sur les modifications ultérieures apportées par les grammairiens d'Alexandrie, on ne peut contester que les coutumes rappelées dans YHiade et

V Odyssée soient celles des habitants de la Grèce et de la Troade à une époque voisine du xi*" siècle avant jnotre ère.

La description des funérailles de Patrocle, dans V Iliade^ et celle des funérailles d^Achille, dans Y Odyssée, Tï(ms initient aux détails des honneurs funèbres rendus aux hérob morts sous les murs de Troie.

D'après le récit fait par Tâme d'Agamemnon à celle d* Achille *, le corps lavé, parfumé, vêtu de ses plus beaux ornements, était exposé sur un lit funèbre, autour duquel les amis du défunt faisaient leurs lamentations. Il était ensuite transporté sur le sommet d'un bûcher où on le recouvrait de substances inflammables qui devaient à la fois accélérer la combustion, produire des nuages épais de fumée et répandre dans l'atmosphère des odeurs parfumées. Des victimes étaient immolées en l'honneur des mânes, et, pendant qu'on mettait le feu au bûcher, aux corps dès victimes et à celui du héros, les amis et les serviteurs de ce dernier faisaient autour du foyer une procession en armes. Dès que la combustion paraissait complète, on arrosait les cendres de vin et l'on déposait dans une urne les ossements calcinés. Puis on élevait un tumulus sur un point culminant afin de rappeler aux voyageurs le souvenir du mort, en l'honneur de qui on célébrait encore parfois des jeux et des combats.

L'observation de toutes ces pratiques n'était pas sans doute obligatoire; mais quelques-unes au moins étaient nécessaires pour que, d'après les croyances religieuses, le défunt pût trouver le repos étemel. Ainsi la plus grande menace faite à des guerriers était d'abandonner leurs corps sans les avoir brûlés. Hector * l'adresse aux Troyens qui s'arrêtent au pillage au lieu de poursuivre l'ennemi près de ses vaisseaux.

Page 1