Hérodote. Histoire, V
les contemporains aux mœurs de l'Orient. C'est alors qu'on constata que l'usage de brûler les morts existait dans l'Inde.
« Sous l'influence d'une maladie qui faisait de jour en jour de rapides progrès, Calanus l'Indien, dit Diodore \ pria Alexandre de faire construire un grand bûcher et d'ordonner à ses domestiques de mettre le feu après qu'il y serait monté... Le bûcher fut préparé... Conformément aux doctrines qu'il professait, Calanus monta énergiquement sur le bûcher et périt dans les flammes. »
« Nous savons, en effet, par Onisicrite, dit Strabon *, que la maladie corporelle est aux yeux des gymnosophistes ' la flétrissure la plus honteuse et qu'aussitôt qu'ils se sentent atteints de quelque mal, ils prennent la résolution de mourir par le feu, élèvent leur bûcher de leurs propres mains, se font frotter d'huile une dernière fois, puis montent au haut du bûcher, s'y asseoient, donnent eux-mêmes l'ordre d'y mettre le feu et se laissent brûler sans faire un mouvement ».
Non seulement les Indiens brûlaient leurs morts mais souvent les femmes étaient incinérées avec les corps de leurs maris ; celles qui n'avaient pas ce courage étaient déshonorées pour toujours. Ce fait, signalé par Strabon*, est confirmé par divers témoignages. Diodore de Sicile ^ en cite un émouvant exemple.
Un des généraux indiens, Ceteus, avait été tué ; il laissait deux femmes qui l'avaient suivi à l'armée. Bien que la coutume imposât qu'une seule femme fût brûlée sur le bûcher, les 'deux épouses de Ceteus se disputèrent le droit de mourir. La décision de ce différend fut déférée aux tribunaux. Après le prononcé du jugement, celle qui avait perdu