‹ Les populations primitivesChapitre 90 sur 150 · Diodore de Sicile. Bibl. hist., XIX · texte numérisé non relu

Diodore de Sicile. Bibl. hist., XIX

TRIBUS DU RITE DE l'iNCINÉRATION 173

sa cause s*en alla en poussant des gémissements, s'arracha les cheveux; déchira son diadème, comme si on lui eût annoncé un très grand malheur. L'autre, au contraire, joyeuse de sa victoire, s'avança vers le bûcher, couronnée de mitres par ses servantes, parée comme pour une noce et précédée de ses parents qui chantaient des hymnes à sa louange. Lorsqu'elle fut près du bûcher, elle se dépouilla de ses ornements et les distribua à ses amis et à ses domestiques, comme un souvenir qu'elle laissait à ceux qui ravalent aimée.

Puis, après avoir embrassé ses suivantes, elle monta sur

le bûcher, appuyée sur le bras de son frère et elle termina

sa vie héroïquement au milieu d'une foule de spectateurs.

Cette coutume barbare a persisté jusqu'à nos jours dans

THindoustan.

Après vingt-deux siècles le drame de la veuve de Ceteus se renouvelait, en effet, sous les yeux d'une société européenne qui, vers 1840, réunie au Farrah-Bagh, près de Bombay, s'était transportée dans un village voisin pour y assister à Tun des derniers suttys ou sacrifices de veuve qu'ait tolérés la loi anglaise.

« C'était, dit un témoin de ce drame \ une toute jeune, toute charmante créature, riche et parée comme une rawie, courant au supplice comme à une fête impatiemment attendue et souriant du sourire de Finnocenco et de la foi à la foule accourue pour la voir mourir ». Après avoir fait aux assistants les honneurs de son bûcher, elle se dépouilla de sa tunique lamée d'or et s'enveloppa d'une toile de mousseline imbibée d'huile de sandal. Elle distribua ensuite les Heurs de ses guirlandes aux spectateurs et partagea de riches présents entre ses amis et ses proches. Puis elle monta sur le bûcher et s'y assit auprès du corps

Page 1