‹ Les portraits d'Antinoé au Musée GuimetChapitre 10 sur 15 · VI LES PORTRAITS D'ANTINOE · texte numérisé non relu

VI LES PORTRAITS D'ANTINOE

adolescent; ceci expliquerait le grand nombre de têtes jeunes, filles ou garçons, que nous présente la série des figures antinoïtes peintes ou modelées.

On peut donc faire trois suppositions : i° Les portraits ont été achetés tout faits chez des artistes où l'on a choisi, autant que possible, un faciès conforme. Mais pour obtenir ces représentations, les fournisseurs ont dû faire poser des personnes de leur entourage, et, si, dans ce cas, nous n'avons pas l'image du défunt, nous avons le portrait de quelque habitant d'Antinoé vivant à la même époque. -2° Le portrait a été exécuté à un âge quelconque pour servir au moment de la préparation de la momie. 3° Le portrait a été exécuté avant l'agonie.

Nous verrons, par l'étude que nous allons faire, que ces trois procédés ont dû être utilisés simultanément.

Pour décrire ces précieux documents archéologiques, je vais essayer de leur trouver une chronologie, mais ce ne sera pas facile ; ce n'est que par hypothèses que l'on peut les dater. Leur emploi n'a pas duré deux siècles : il commence à la fondation de la ville par Hadrien, au milieu du second siècle, et cesse d'apparaître à la fin du troisième.

Les masques de plâtre ont débuté, imposés par l'idée matérielle de la statue, support du double, puis les artistes grecs ont utilisé leurs pinceaux pour animer de figures les toiles qui enveloppaient les momies; mais, pendant un certain temps, les deux procédés se sont juxtaposés.

Figure i, — C'est le seul masque dont on ne voit pas les cheveux ; le klaft qui le coiffe, à l'imitation des anciens sarcophages, porte sur le front le serpent dressé, l'Urœus que les dieux et les rois seuls doivent porter. Nous ne connaissons aucun empereur, aucun roi qui ait été enterré à Antinoé; mais Antinous y a été enseveli et divinisé. Serait-ce le portrait d'Antinous? Pas très ressemblant, il faut en convenir.

Selon le désir d'Hadrien, son favori devait remplacer Osiris. Or chaque mort devenait Osiris. 11 fallait tout au moins passer pour le dieu de l'Amenti. Les Antinoïtes défunts devenaient Antinous, maître des âmes, et, en suivant le raisonnement, un simple particulier pouvait s'attribuer les signes du dieu.

Ce document est un problème que je ne me charge pas de résoudre.

Fig. a. - Masque de femme orné de la haute coiffure que portait l'impératrice Sabine. Cette mode caractéristique nous donne une date, puisque la femme qui est représentée habitait la ville au moment de sa fondation. Son corps était enveloppé de bandelettes et sa tête reposait sur un oreiller délicatement brodé. Les yeux de la ligure étaient en verre qui s'est craquelé dans la tombe (PL. IIIj.

Fig. 3. — La face est dorée comme celle des sarcophages ptolémaïques. On pourrait donc supposer cette tète plus ancienne que la précédente, mais à cette époque on avait le goût de l'archaïsme ; faire à la morte une face lumineuse était le moyen de lui assurer plus facilement l'accès du paradis.

Elle avait comme la précédente un oreiller brodé et de style analogue. Les yeux sont en émail PL. III .

Fig. 4- — Voilà probablement un masque acheté tout fait chez un marchand, il n'a aucune personnalité. La coiffure, d'allure conventionnelle, semble avoir été dessinée sous Napoléon Ier. Les prunelles, mal collées, ont disparu.

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