‹ Les portraits de l'enfantChapitre 100 sur 161 · TÉTE D'ENFANT SOURIANT, DESSIN DE COYPEL · texte numérisé non relu

TÉTE D'ENFANT SOURIANT, DESSIN DE COYPEL

Musée du Louvre. nemis extérieurs, l'humidité par

EN FRANCE

exemple, mais il ne porte en luimême, comme la peinture à l'huile, aucune raison de déchéance. De sorte que c'est à ce frêle, mais estimable genre de peinture que le xvmc siècle aura confié ses plus favorables et ses plus durables souvenirs.

Les dessinateurs du xvic siècle l'avaient employé timidement, en minces frottis; Nanteuil ensuite s'en était servi avec plus de sûreté. Le premier qui en usa dans des portraits importants et remarquables fut Joseph Vivien, élève de Lebrun; mais le véritable maître, en ce genre, c'est Latour.

Sa puissance pour saisir la physionomie étonne. Elle fait

pousser à un de ses contemporains ce cri devant un de ses portraits : « C'est impatientant de ressemblance! » Et plus tard, quand les modèles ont disparu, elle arrache à l'enthousiasme du baron Gérard cet aveu de collègue confondu : « On nous pilerait tous dans un mortier, Gros, Girodet, Guérin et moi, tous les G., qu'on ne tirerait point de nous le morceau que voici. »

Très intéressé par la physionomie de ses modèles, il eut plus de goût à traduire des visages où la vie avait laissé les traces de ses usures et de ses combats. L'enfant devait moins plaire à son examen; l'innocence et la pureté étaient moins agréables à son esprit malicieux et perspicace. Tout porte à le croire du moins; car il fit peu de portraits d'enfants, et ceux qu'il nous a laissés sont des portraits de cour qui nous prouvent son talent moins que sa verve. Celui de Louis de France, fils de Louis XV, n'est pas digne de lui. Le rose fade du vêtement s'aggrave du fond bleuâtre et lourd. L'ensemble se tient dans une mollesse blanche et sans charme. La tête cependant annonce la main d'un maître qui sait construire un visage. Le musée de Saint-Quentin possède une préparation pour le portrait du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XV; il conserve aussi une grande esquisse, ébauche médiocre, représentant la Dauphine occupée à

CHARLES X ENFANT ET MARIE— ADELAÏDE DE l-'RANCE, PAR DROUAIS.

Musée du Louvre.

l'éducation du duc de Bourgogne, son fils. Cet énorme pastel, qui se trouvait à l'hôtel de ville de Saint-Quentin en 1793, fut lacéré par la foule.

Perronneau peut non seulement lui être égalé parfois, mais a des pastels que les connaisseurs préfèrent à ceux de son rival.

Néanmoins il ne paraît point s'être particulièrement signalé dans les portraits d'enfants. La jeune fille du Louvre ne le représente pas, en tout cas, très favorablement; de composition et d'exécution précieuse, de couleur veule, ce portrait ne vaut même pas son voisin, le portrait du Dauphin par Latour. Il rappellerait plutôt le faire de la Rosalbaet sa faiblesse de dessin.

La collection Doucet possède une tête de bébé bien modelée, fraîche et vivante, à laquelle on ne peut reprocher qu'un fond bleu, qui se dégrade maladroitement en forme d'auréole autour du personnage.

D'autres peintres manieront plus tard le pastel. Chardin et Prud'hon s'y montreront plus libres, plus amples, plus robustes et plus solides que leurs devanciers; mais, dans ce genre, ils ne laisseront aucun portrait d'enfants.

Pendant que le fragile pastel, tout en ne donnant pas de très remarquables représentations de l'enfant, devenait une des gloires du xvnie siècle, la peinture à l'huile continuait de s'égarer dans la manière avec les Coypel, les Tournières, les Raoux, les Nattier, les Tocqué et les Drouais.

Ranc, fils de peintre, élève de Rigaud dont il épousa la nièce, a fait un portrait de Louis XV enfant qui est supérieur à celui que Rigaud exécuta également d'après Louis XV dans sa jeunesse. Le petit roi est, chez Ranc, d'une majesté plus souple et plus sympathique.

Nattier ordonna des ensembles compliqués et majestueux où l'allégorie intervient avec son bagage hétéroclite : ce ne sont plus des portraits, mais de vraies

PORTRAITS DES ENFANTS DE CHOISEUL COSTUMES EN PETITS SAVOYARDS, PAR DROUAIS.

(Braun, Clément et C", phot.)

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charades. Les enfants ont des gestes précieux et se pavanent comme des héros d'opéra. Le petit comte de Brionne endosse une cuirasse que boucle Mlle de Lambesc sous la figure de Minerve; mais il ne faudrait pas croire que ces personnes agissent naturellement, que le jeune comte se laisse armer avec la joie d'un enfant qui joue au militaire et que la Minerve y mette de la bonhomie ou de la simplicité. Loin de là. Ils songent à tout autre chose, regardent au loin, l'œil vif et vide. On voit qu'ils pensent à nous, à vous, à tous ceux qui les ont regardés et les regarderont encore et qu'ils se disent : « Tâchons d'être pleins de grâces! » Et les filles de Louis XV qui pour le roi étaient tout bonnement Graille, Loque, etc., se transformaient devant Nattier en vestales ou en déesses des quatre éléments.

Tocqué, gendre de Nattier, eut une peinture analogue, mais une composition moins prétentieuse. S'il n'abusa point, comme son beau-père, de l'allégorie, il ne sut pas rompre avec l'attirail fastueux et théâtral des accessoires. Dans son portrait du Dauphin, œuvre d'harmonie déplaisante, il a repris les draperies orageuses que soulèvent des courants d'air inexplicables dans ce cabinet de travail encombré et solennel. Il a peint aussi le portrait de l'Infante Marie- Thérèse dont nous avons dit l'arrivée en France.

A. Simon Belle, élève de Troy et maître d'Aved, apprécié à la cour comme portraitiste, mit dans ses œuvres le caractère agréable des peintures contemporaines.

C'est Drouais (François-Hubert) qui doit être considéré comme le plus frivole et le plus apprêté de cette école. Il est le suprême chercheur de fariboles, le grand compositeur de niaiseries, le maître enlumineur de fadaises. Il trahit le faux amour des champs et des bois à son aurore,au moment où il se mêlait en-

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