‹ Les portraits de l'enfantChapitre 101 sur 161 · PORTRAIT D UN ENFANT EN COSTUME DE PÈLERIN · texte numérisé non relu

PORTRAIT D UN ENFANT EN COSTUME DE PÈLERIN

core à l'artificielle vie dessalons. pastel par drouais.

Il était très ^OÙté pOUr SOn Collection de M. Albert Lehman. (Braun, Clément et C'% phot.)

ingéniosité à imaginer d'invraisemblables scènes. Il eut la sublime idée de costumer en « petits Savoyards, tueurs de rats », en vrais gueux, les enfants de Choiseul. Ne demandez pas pourquoi cette invention : nous ne saurions le dire. Drouais lui-même n'aurait pu en donner une raison plausible. Et c'était pour cela que c'était charmant!.... Souvenez-vous de la petite fille qui passe des mois à s'habiller en Amour avec des ailes dans le dos. La passion de la mascarade, tel est le goût du jour.

L'Enfant vêtu en pèlerin ne devra pas vous étonner davantage. Et vous devrez accepter aussi cette « Leçon d'équitation » dont le titre n'est pas moins cherché que le tableau. Le futur Charles X, âgé de six ans, soutient sa sœur, future reine de Sardaigne, âgée de quatre ans, sur une chèvre qui porte au cou un ruban rose. Poudré, frisé, il porte lui-même le cordon du Saint-Esprit et tend à la chèvre une botte d'herbe. Est-elle vivante, est-elle en bois, cette chèvre? Le paysage bleuâtre est-il en papier, est-il en verdure? Pourquoi ces enfants qui jouent, dont l'un se penche pour soutenir l'autre, pourquoi nous regardent-ils? Leur corps agit dans un sens, leur tête se tourne dans un autre. Et cette couleur grise et terne, et cette exécution molle et creuse!

Drouais crut devoir faire un pendant à ce bel ouvrage. Cela s'appelle la « Leçon de musique ». On y voit le comte de Provence, futur Louis XVIII.

Dans le portrait du jeune chevalier de Pange, Drouais fut plus heureux. Encore, par endroits, surtout dans les mains, des tons faux et un dessin veule; mais l'enfant, qui s'amuse avec un polichinelle et prétend lui apprendre à lire, est moins apprêté qu'à l'ordinaire. Il sourit avec naturel et son jeu est d'une préciosité acceptable.

Au moment où les portraits officiels se ressentaient de la décadence du monde qu'ils représentaient, la peinture de la bourgeoisie s'élevait dans des toiles qui compteront parmi les chefs-d'œuvre de l'intimité familiale.

Ce n'était plus la morgue solennelle des portraitistes mondains, c'était le sans-gêne familier qu'inspire le foyer domestique, avec une manière de peindre « bon enfant », d'une négligence dont la simplicité avait les résultats inattendus de grand art que tous les ambitieux efforts et toutes les prétentions des portraitistes de la cour ne parvenaient pas à obtenir. Et nous avons le joyeux défilé d'un petit monde joufflu, sans fard aux joues, sans poudre aux cheveux, ingénu dans ses gestes, naïf dans ses mines.

En France, les enfants sont tantôt fouettés, tantôt gâtés. Après le régime du fouet, nous atteignons le régime de la gâterie. Les petits abondent autour des mères qu'ils prennent d'assaut : les contemporains sourient et parlent de

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fricassées d'enfants, mais les Greuze et les Fragonard sont les exacts chroniqueurs de la faiblesse des parents. C'est la date qui le veut. Au moment où elle allait avoir tant à souffrir, l'humanité fut prise d'un profond attendrissement sur elle-même et sur ses petits. Jamais les enfants ne furent plus dorlotés, choyés, gâtés qu'à l'époque qui précéda la Révolution. Sur le point de traverser cette sanglante crise, les pères et les mères éprouvèrent, comme dans un instinctif pressentiment, le besoin de serrer dans leurs bras ces pauvres enfants dont l'âge

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