CROQUIS D ENFANT, PAR WATTEAU
Musée du Louvre.
plus sévère. Ces mines alanguies, ces expressions sensibles agacent; on se méfie de cette affectation d'honnêteté, on se dit que la vraie pudeur est moins bruyante, moins débraillée aussi. Toute cette turbulence dans la vertu sent le fraîchement converti qui se souvient de sa faute et n'est pas loin d'y retomber. Ces fillettes ont une jeunesse qui inquiète ; leurs yeux sont d'une douceur trop savante. Et puis, cette peinture molle, faite de caresses, est sensuelle. Le bonhomme Greuze savait ce qu'il faisait. Artiste intelligent et aimant son art, il était surtout habile en affaires. « Un peu vain, disait Diderot, mais sa vanité est celle d'un enfant, c'est l'ivresse du talent. » Vernet, plus mordant comme il arrive à tout collègue, lui disait en face : « Méfiez- vous, mon cher, vous avez un ennemi.... » Et il ajoutait : « C'est vous-même! » Mme Geoffrin ne l'aimait pas. Elle traita de fricassée d'enfants le tableau la Mère bien-aimée'. Greuze le sut; furieux, il s'écria :
« Je la peindrai en maîtresse d'école, le fouet à la main, et elle fera peur aux enfants, à tous les enfants présents et à naître.... »
Fragonard, qui l'imita comme il avait imité Watteau et Boucher, se montra peut-être plus spirituel et plus délicat. Bien que Diderot ait inventé pour lui le mot cotonneux qui fit fortune et est encore en usage dans les ateliers pour exprimer la mollesse d'exécution, Fragonard a des qualités; ses enfants sont plus vrais, moins dramatiques. Dans le genre de la miniature, il a peint quelques frimousses charmantes de fraîcheur et de gentillesse.
Doué d'une grande habileté de pinceau, il aimait à laisser derrière ses toiles l'indication du temps qu'il avait consacré à les couvrir de