LE ROI DE ROME, DESSIN PAR PRUD HON
(Phot. Braun, Clément et C"\)
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sance ; le visage rempli d'allégresse, il remercie « Dieu du retour de son auguste père... ».
Cela ne fut pas long, et les précédentes images refleurirent
Lawrence et Gérard, tels sont, en somme, les iconographes les plus respectables du roi de Rome.
Lawrence, plus artiste et plus habile, est moins scrupuleux : le portrait de face qui appartient au duc de Bassano et le petit profil fait à Vienne sont des œuvres charmantes, mais fantaisistes ; La froide, la glaciale peinture de Gérard est le plus fidèle document de tous, celui où demeure embaumé l'exact souvenir du roi de
LE ROI DE ROME A DEUX ANS, PAR GERARD. Rome dans Sa tOUte jeunesse. Collection do M. le comte de Reinach.
Mme la marquise de La Valette possède un portrait attribué à Lawrence et qui passe pour représenter le duc de Reichstad à l'âge de quinze ans. On y retrouve absolument, et dans le même mouvement, le joli visage de face du premier portrait peint par Lawrence. Cela prouverait à la fois que nous avons affaire à Lawrence comme auteur et au roi de Rome comme modèle. En outre, cette toile avait été acquise, en 1840, à Vienne, par M. de Flahaut qui, ayant vécu dans l'intimité de la cour impériale, peut être considéré comme un connaisseur bien renseigné. Malheureusement, Lawrence n'est pas allé à Vienne en 1826, date que donne au portrait le costume et l'âge du personnage. Il est donc évident que le peintre aura exécuté le second portrait d'après le premier, qui lui-même ne fut pas fait d'après nature. En effet, une phrase d'Allan Cunningham dans la biographie de sir Thomas Lawrence nous apprend « qu'étant à Vienne en 1 8 1 9, le meilleur portrait peint qu'il exécuta fut celui du comte Capo d'Istria, et le meilleur dessin, celui du jeune Napoléon ».
Dans cette toile nouvelle, la tête découverte se silhouette sur un nuage gris, et le prince, vêtu d'un long carrick jaunâtre à pèlerine, est debout sur un tertre, les mains derrière le dos. Son regard est vif, presque joyeux; sur son front se
reconnaît la mèche paternelle, identique à celle du premier portrait. La peinture agréable, jolie, d'un faire léger, fluide, alerte, rappelle tout à fait la manière entraînante et superficielle de Lawrence. Mais ce n'est là qu'un document sans valeur, une œuvre de cour, un de ces portraits comme en peignait le Titien quand il acceptait de représenter Philippe II et don Ferdinand ou qu'il brossait, à Venise, le portrait de François Ier, qui était à Paris.
Il est curieux de remarquer combien la peinture de cette époque violente fut placide. Les portraits ont une composition calme, un dessin paisible, une couleur froide, un faire tranquille. Il ne faudrait pas croire que cela tînt à l'homme qui domine et régente les arts, à David. Celui-ci n'a pas été tant le maître du mouvement que l'habile et énergique intelligence qui comprend son époque et en exploite les tendances. La souplesse dont il fit preuve en mettant tour à tour sa palette au service de Louis XVI, de Robespierre, de Bonaparte et de Napoléon est significative. La froideur et le calme de l'art contemporain sont dus au désir continuel que ces agités entretenaient au milieu de la tourmente. Le petit commerçant, prisonnier dans sa boutique, a la passion de la campagne et de la verdure et il demande à son photographe de le représenter dans un parc. Les contemporains de la République et de l'Empire ne souhaitaient que pacifique et familiale existence; et leur violence avait le besoin des paroles sensibles et des mines attendries. Lorsque la paix fut revenue, l'écho du fracas militaire emplissait les âmes débonnaires ; on vit aux enfants des sabres énormes et les pères eux-mêmes s'engagèrent, formidables, dans les rangs de la garde nationale. Mais au plein de l'orage, on pensait au ciel bleu. Paul et Virginie parait en 1788; l'idylle emplit les âmes au moment où le drame populaire commence. Prud'hon est.cn peinture, le doux rêveur digne du temps; triste, en effet, mais d'une mélancolie qui se plaît à son mal et ne se refuse pas à l'espérance. Mme Vigée- Lebrun a la grâce tendre des Greuze, mais avec plus de réserve; l'excès des sentiments n'est plus de mise. A traverser toutes ces sanglantes horreurs, le cœur s'est endurci, la sensibilité qui naguère se faisait passionnée, sans sincérité, est discrète. On ne s'émeut plus facilement. On en a tant vu !
Portraitiste agréable et facile, en vogue dans toutes les cours d'Europe, Mme Vigée-Lebrun eut la bonne fortune de représenter un grand nombre de personnages historiques. Plusieurs jolis portraits d'enfants sont dans le nombre. L'un des plus célèbres est le portrait de Marie-Antoinette et de ses enfants. La majesté maternelle de la reine entourée du duc de Normandie, de sa fille et du Dauphin, mit le comble à la réputation de Mme Vigée-Lebrun. Dans les
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MARIE -MARGUERITE LAGNIER, PAR PRUD'iION. Musée du Louvre. (Braun, Clément et C", phot.
mémoires qu'elle a eu le soin de nous laisser, elle raconte comment la reine, durant les séances de ce portrait, lui fit l'honneur de renouveler pour elle la scène de Charles-Quint et du Titien. Dans son empressement à se mettre à peindre, l'artiste ayant renversé sa boîte à couleurs, sa palette et ses pinceaux, Marie-Antoinette gentiment aida l'artiste à mettre en ordre son petit bagage.
Un peintre charmant exprima par son talent la transition de l'art à cette époque, participa à la fois de la faiblesse précédente pour la fantaisie et du goût nouveau pour l'antiquité; et ce peintre, qui fut Prud'hon, sut réaliser en un ensemble délicieux toutes ces tendances. Il eut la grâce de l'antiquité, contrairement aux élèves raides et secs de David, et il eut la clarté et la sobriété dans l'allégorie, contrairement aux amphigouriques prétentions de l'école classique antérieure. Dans le portrait enfin, il sut allier le culte de la vérité caractéristique à la recherche plus relevée de l'idéal. Il sentit et traduisit la poésie qui plane autour de tout visage, le halo que met l'âme gracieuse d'un enfant autour de sa chevelure : il a donné la vie éternelle à d'exquis portraits d'enfants.
Il renouvela, dans sa jeunesse, le prodige de Giotto; il le surpassa même, puisque, ayant aperçu quelques décorations dans le monastère de Cluny et ayant voulu les imiter, il inventa lui-même des couleurs et des pinceaux. Envoyé à l'École des Beaux-Arts de Dijon, il concourut pour le prix de Rome. Nous avons conté ailleurs, et plus longuement que nous ne pouvons le faire ici, comment Prud'hon y montra, en même temps que son talent, toutes les qualités de cœur qu'il devait avoir dans la vie. Ayant un voisin qui se désolait de ne pas parvenir à bien peindre son esquisse de concours, Prud'hon obligeamment la lui demanda et exécuta si bien le tableau de son concurrent que celui-ci se vit décerner le prix de Rome. Prud'hon n'aurait pas protesté, mais son ami eut l'honnêteté d'expliquer le secours dont il avait bénéficié et de faire rendre hommage au véritable lauréat que ses camarades portèrent en triomphe.
L'atmosphère sèche, la lumière dure qui glacent les tableaux de David sont d'accord avec son caractère et même avec sa vie, toute consacrée à l'ambition publique. Il mériterait quelque indulgence si son ambition n'avait été qu'exclusivement l'ardeur pratique d'un artiste désireux de bien placer ses œuvres; mais il alla jusqu'à vouloir jouer un rôle politique, préoccupation indigne de tout véritable artiste. Quant â la révolution qu'on lui attribue, par laquelle on aime à voir ce neveu de Boucher bouleverser les arts et se poser en rénovateur, il faut se souvenir que si Boucher était oncle de David, il ne voulut pas élever son neveu, et qu'il préféra le confier à Vien, véritable précurseur de l'école nouvelle. Il faut remarquer aussi que David alla à Rome où il se trouva en même temps que Canova qui rêvait la réforme de la statuaire, en même temps que Raphaël Mengs et surtout que Winkelmann qui, dans son Histoire de l'Art, célébrait les beautés de l'antique. David sut résumer et exprimer toutes ces tendances et il les manifesta avec une énergie qui le fit considérer comme leur premier représentant. Si David avait eu l'âme exquise d'un Prud'hon ou
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