‹ Les portraits de l'enfantChapitre 109 sur 161 · PAR HOUDON (MUSÉE DU LOUVRE · texte numérisé non relu

PAR HOUDON (MUSÉE DU LOUVRE

LE PEINTRE ISABEY ET SA FILLE, PAR GERARD. Musée du Louvre. (Neurdein, phot.)

EN FRANCE

NAPOLÉON SUR LA TERRASSE DE SAINT-CLOUD ENTOURE DES ENFANTS DE SA FAMILLE, PAR DUCIS.

Musée de Versailles.

l'imagination fougueuse d'un Delacroix, il aurait sans doute tondé une plus belle et plus durable école.

Les enfants, dans ses œuvres, ont une grâce trop voulue, tout intellectuelle : le cœur n'y est pas. Les bébés qui, dans V Enlèvement des Sabines, tombent à terre et se débattent en pleurant sont calmes et froids malgré tout. Ils forment pourtant le coin le plus agréable du tableau, le plus naturel, celui où l'intention, moins artificielle, moins apprêtée, soulage. Dans les portraits, cette précision, cette volonté attentive à l'extériorité, indifférente à l'âme, donnent une personnalité qui est estimable. La composition toujours heureuse venant à l'appui fait que l'on s'intéresse à ces images d'enfants comme Une femme et son enfant (Salon de 1795), comme Juliette de Villeneuve, nièce de Joseph Bonaparte et ses deux filles, et surtout comme la petite fille de Mme de Richemont et comme le petit garçon et la petite fille de Gérard, représentant du peuple. Malgré la froideur d'un style trop tendu et d'une palette qui aspire aux jolis tons sans les atteindre, ces petits visages respirent un sentiment juste de l'enfance.

Un artiste qui est très inférieur à David comme talent, qui lui ressemble

comme habileté à servir tous les régimes, mais qui eut l'esprit de ne pas faire de politique, ce fut Isabey. Tout jeune encore, il exécuta les portraits des jeunes ducs d'Angoulème et de Berry et sut mériter les compliments de leur père, le comte d'Artois.

La cour disparut, mais Isabey retrouva le succès, en 1797, par un dessin longtemps populaire, qui le représentait avec sa femme et ses enfants dans une barque glissant sur une petite rivière au milieu d'un parc feuillu et ombreux. Dans cette Barque d Isabey le groupe des trois enfants autour de leur mère rappelle par sa gentillesse la manière de Boilly. Isabey avait, à ce moment, la bonne fortune de faire la connaissance de Mme de Beauharnais qui lui demanda des leçons de dessin pour sa fille, la future reine Hortense. Cette intimité allait nous valoir de précieux documents sur l'Empire. On sait qu'Isabey fut l'ordonnateur des fêtes du couronnement; une sorte de répétition générale eut lieu à Fontainebleau sous sa direction : il avait confectionné un cortège de petites poupées qui figuraient tous les acteurs de la cérémonie, et il fit manœuvrer ces marionnettes en présence des intéressés pour leur indiquer leur rôle respectif. Quand les revers commencèrent, le peintre suivit Marie-Louise à Vienne; et, au retour de l'île d'Elbe, Napoléon le vit arriver l'un des premiers aux Tuileries avec un portrait du roi de Rome.

Après la chute de l'Empire il exposa, en 181 7, un portrait d'enfant qui fit du bruit à cause de quelques « ne m'oubliez pas » mêlés aux roses qu'il tenait à la main. La malveillance du public, ou plutôt des artistes, ayant voulu y voir une allusion au roi de Rome, un critique d'art, nommé Latouche, écrivit dans le journal V Indépendant une description chaleureuse du portrait, et les visiteurs se massèrent en foule devant le tableau.... La police fit évacuer le Salon et V Indépendant fut supprimé. Isabey était un homme trop souple et trop heureux pour ne pas se tirer d'affaire. Il assura que la peinture représentait le fils d'un conseiller d'ambassade à la cour de Bavière. D'ailleurs, n'avait-il pas jadis dessiné les portraits des ducs d'Angoulème et de Berry? Le nouveau régime eut la galanterie de s'en souvenir.... Plus tard, au retour des Napoléons, le fils de la reine Hortense n'oublia pas non plus que le vieil artiste avait été le professeur de dessin de sa mère. De sorte que jusqu'au bout Isabey sut être bien en cour.

Il faut dire aussi qu'il joignait les qualités du cœur aux qualités de l'esprit et qu'il méritait la sympathie de tous. C'est à lui que nous devons le meilleur portrait peint par Gérard; il se montra, en cette occasion, excellent camarade.

Gérard encore tout jeune (1 795) luttait sans parvenir à se faire connaître; Isabey lui offrit de poser pour son portrait. Le résultat fut un tableau qui s'élève

EN FRANCE

à la hauteur des meilleures peintures de l'époque. Isabey tient sa fille parla main; il est dans un de ces tortueux et sombres escaliers du Louvre où les artistes étaient alors logés par l'État. Gérard ne retrouva pas souvent sous ses pinceaux, à un tel degré de distinction, la couleur ferme et solide et l'exquise ingénuité de cette fillette dans sa jupe blanche. Plus tard Isabey fit mieux, il commanda et paya le tableau de Bélisaire aveugle portant le corps de son fils dans ses bras. Cette fois encore, il eut la satisfaction d'avoir collaboré au meilleur tableau de son ami. Mais, malgré ce nouveau succès, Gérard demeura plutôt un portraitiste. Ses meilleurs portraits d'enfants sont ceux de sa jeunesse. Nous avons déjà parlé du portrait du roi de Rome que Napoléon Ier préférait, comme ressemblance, à tous les autres portraits de son fils. Gérard, qui cherchait une mise en scène appropriée au caractère de son modèle, n'eut pas toujours le goût aussi heureux que dans sa première toile. Nous verrons combien les Anglais, ses contemporains, surent pratiquer cette méthode avec habileté.

Parmi les artistes qui se plièrent à la formule de David et donnèrent d'honorables images d'enfants, Gros, disciple insoumis, parfois révolté, d'un idéal opposé à son tempérament, peignit de très bons portraits dans la note vigoureuse qui lui était naturelle. Si son talent ne le préparait pas à traduire la douceur du jeune âge, il sut néanmoins représenter auprès des généraux de son temps les frais visages de leurs fils, et leur donner, mieux que d'autres peintres, la tournure belliqueuse et l'àme ardente de l'époque.

L'histoire sauve parfois de l'oubli certains artistes médiocres, quand ils ont la bonne fortune de nous transmettre des documents intéressants. C'est le cas de Ducis. Et pourtant son tableau représentant Napoléon sur la terrasse de

LA REINE DE NAPLES ET SES ENFANTS, PAR GERARD. Collection du prince Murât. (Braun, Clémcr.t et C", phot.)

i-o LES PORTRAITS DE L'ENFANT.

Saint-Cloud entouré des enfants de sa famille, n'est qu'un tableau de genre, dépourvu de la sincérité que l'on peut attendre d'un contemporain. Il suffit d'examiner les enfants de Murât, par Gérard, page 26g, pour constater que Ducis les a sans scrupule reproduits dans les mêmes mouvements. Son œuvre n'est plus qu'un travail de seconde main.

La sculpture, malgré sa matérialité violente, est un art peu démocratique et, au xvni0 siècle, comme nous l'avons dit, elle reste allégorique, pompeuse et aristocratique. Ce n'est qu'au moment de la Révolution que, dans la terre cuite, elle commence à tourner son attention vers les humbles et vers l'enfant. Houdon modèle de menus chefs-d'œuvre tels que les bustes d'Alexandre Brongniart et de sa sœur, images sincères et gracieuses à la fois, qui ont la jeunesse, l'individualité et la vie, qui sont parfaites en tous points. Par-dessus les années, ces visages d'enfants rappellent le buste de Germain Pilon; comme le pseudo Henri III, les jeunes Brongniart annoncent un nouveau pas dans la marche de la sculpture : après avoir exclusivement représenté les petits des Grands, elle va daigner traduire les petits des Petits....

Mlle GÉRARD, FILLE D'UN REPRÉSENTANT DU PEUPLE, FRAGMENT DUN PORTRAIT DE FAMILLE, PAR DAVID.

e portrait est la manifestation la plus brillante de l'art en Angleterre. Dans ce climat 4 rude où l'individu est porté à rechercher le

bien-être intérieur, les portraits des parents et des amis absents satisfont les goûts d'intimité; ils forment une compagnie agréable et une décoration sympathique. Mais comme les arts se développèrent difficilement en Angleterre, les amateurs durent s'adresser à des étrangers : Antonio Moro, Holbein, Rubens, Van Dyck enrichirent les collections et, seulement au xvme siècle, une école nationale parvint à se révéler sous l'influence de cette importation de chefs-d'œuvre.

L'école anglaise est donc très jeune. Comme toutes les jeunes écoles, elle dégage lentement sa personnalité, subit des influences diverses, traverse des crises de croissance parfois bizarres, le préraphaélisme par exemple.

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