LE PRINCE OCTAVIUS, HUITIEME FILS DE GEORGE III, PAR GAINSBOROUGH
Frontispice. — i. Age d'innocence, par Reynolds (National Gallery, Londres). — 2. Portrait d'enfant, par J. Northcote (National Gallery, Londres). — 3. Innocence, par Etty (Musée de Kensington).
i-i LES PORTRAITS DE L'ENFANT.
Elle montra pourtant, dès son origine, une distinction d'allure qu'elle ne tenait pas seulement de son principal initiateur, qu'elle devait aussi à son public, à l'élégance naturelle de sa race, à l'exquise fraîcheur de ses enfants. Elle était particulièrement favorisée pour bien peindre la jeunesse. Elle arrivait au moment où l'homme commençait à mieux savoir élever ses petits, où il comprenait qu'ils ont besoin d'air, d'exercice, « d'hygiène », plus que de savoir littéraire, à l'époque où la révolution qui se préparait en France avait déjà de toute part un rayonnement sensible.
Et tout de suite les artistes anglais peignirent avec une bonhomie charmante. Leur couleur et leur facture ont les grâces discrètes d'une atmosphère humide, d'un pays que l'eau assiège, qu'elle féconde et qu'elle voile de gazes transparentes, à travers lesquelles la Nature prend l'air d'une ébauche.
Leur palette modérée, leurs pinceaux caressants, leur exécution imprécise ont particulièrement triomphé dans les portraits de jeunes filles ; ils ont admirablement rendu la svelte et agile élégance, la gentillesse innocente de la fillette anglaise. Et ils ont eu l'heureuse idée de traiter en fleur cette fleur humaine, de lui offrir comme cadre des paysages d'un sentiment poétique très bien compris.
Au moment où les artistes français suivaient le public de France dans son engouement factice pour la campagne et dénotaient dans leurs fades bergeries une complète ignorance de la nature, les Anglais, habitués à la vie rustique dans les châteaux et les cottages, révélaient un amour sincère des champs et des bois et une intelligence très exacte de leurs ressources décoratives. Ils ordonnaient ainsi des ensembles harmonieux où le réel se transformait en un style aristocratique et mondain d'une extrême bienséance par suite de sa réserve et de sa discrétion. Aucun de ces costumes prétentieux, de ces chiffons brodés qui encombrent la peinture française de la même époque : l'Anglais n'a pas notre amour des rubans et des uniformes ; ce sont les titres qu'il respecte et qu'il ambitionne, les degrés hiérarchiques qu'il observe et qu'il défend avec rigueur et parfois intolérance. Tout cela ne s'écrit pas sur les visages, ne se marque pas en rubans ou en dorures sur les vêtements. Aussi leurs portraits ont-ils cette bonne tenue. Sans recourir aux falbalas des Nattier, à la sensiblerie des Greuze, sans effort et sans tapage, ils respirent la distinction et inspirent la sympathie. Ils ont le génie de l'intimité.
Avec eux, nous n'avons plus des portraits de cour : nous sommes à la ville. Au lieu des palais, des colonnades, des meubles, des draperies de l'école française, on nous présente les enfants dans des milieux simples ; au lieu de les