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ADOLPHE FRÉDÉRIC, DUC DE CAMBRIDGE

par gainsborough. Pitt, fut, dès sa jeunesse, une en-

MISS PÉNÉLOP BOOTHBY, PAR REYNOLDS.

Collection de MM. ïhwaites. (William Cran, phot.)

fant extraordinaire. A deux ans, elle exécutait un chapeau orné d'une coiffe de satin, à la mode du jour. Son père dressa un procès-verbal qui constatait l'origine du chapeau et le renferma précieusement dans une boîte. Hester joignait à cette habileté des doigts un caractère ingénieux et déjà plein d'audace. Son père, entiché de libéralisme, vend, un jour, tous ses équipages : le lendemain Hester, qui voyait sa mère désolée de ne plus aller en voiture, prend des échasses et sort dans la rue.

Étonnement du père.

a Nous n'avons plus de chevaux, expliqua-t-elle, j'ai mis des mary, duchesse de gloucester, par gainsborough. échasses pour me promener

dans la boue.... Cela m'est égal, à moi, mais c'est ma pauvre mère....

— Bon ! bon ! je rachèterai une voiture à votre maman ! Mais sans écusson, j'y tiens, sans écusson ! »

En elle, resplendissait toute la grâce britannique. « L'albâtre le plus pur n'effaçait pas la blancheur de mon teint, disait-elle plus tard dans le style de l'époque. On ne pouvait, à cinq pas, discerner sur mon cou les perles dont il était couvert. J'avais les lèvres d'une admirable couleur. Une ombre bleuâtre sous les paupières, quelques veines d'azur sous ma peau transparente ajoutaient à l'éclat de mes traits. Les roses ne manquaient point à mes joues et il faut ajouter à tout ceci que les plus longues fatigues n'altéraient jamais cette carnation délicate. Je n'étais cependant pas jolie, dans le sens qu'on attache ordinairement à ce mot ; mais, bien plutôt, j'étais brillante. Mon sourire brillait, mes dents brillaient, mon teint brillait ; tout enfin chez moi, jusqu'à mon langage, semblait refléter une lumière fantastique. »

On croirait lire la description d'un portrait peint par Lawrence.

La peu modeste Hester avait aussi la prétention d'éblouir Pitt lui-même qui, ravi, paraît-il, s'écriait devant sa nièce :

« A quelle race divine appartenez-vous ? Nous verrons quelque matin des

ailes pousser à vos blanches épaules. Il est des moments où c'est tout au plus si vos pieds touchent la terre. »

Et cette déesse qui adorait le monde, ses succès et ses plaisirs, était trop anglaise pour ne pas adorer aussi la campagne et ses rustiques divertissements. Quelque part, dans ses souvenirs, Hester s'écrie avec un lyrisme inattendu :

« Quelle bonne aie, quels goûters exquis ! quel fromage, quels fruits et qu'on y mangeait d'excellent bœuf! »

Avec cela, une intelligence et une énergie qui faisaient dire à Pitt :

« Si vous étiez homme, Hester, je vous enverrais sur le continent avec soixante mille hommes et un plein pouvoir, bien certain que pas un de mes plans n'avorterait. »

Peut-être ses dons exceptionnels avaient-ils besoin d'un appui supérieur, d'une armature, car la mort de son oncle bouleversa complètement l'existence de lady Stanhope. Dégoûtée de Londres où elle avait régné par le luxe et par le pouvoir, elle se retira dans le pays de Galles. « N'ayant plus de voiture à moi, comment aurais-je mis le pied dans la rue? »

Le pays de Galles n'était pas assez loin Elle quitta l'Angleterre accompagnée de quelques domestiques et d'un médecin, fidèle auteur des Mémoires auxquels nous devons les confidences de lady Stanhope.

Une vie nouvelle commença qui, d'abord vagabonde, finit par aboutir au Liban. Dans ce désert sauvage, sur la crête d'un rocher, lady Stanhope se construisit une forteresse, castel aux murailles énormes sillonnées de couloirs, de souterrains, de chambres et de jardins, dans un désordre fantastique. La nièce de Pitt menait, au milieu de ce décor féodal, une existence qui tenait de la féerie. Elle s'y révélait tour à tour châtelaine majestueuse et tyrannique, prophétesse illuminée et menaçante, protectrice généreuse et prodigue....

En proie à tous les doutes et à toutes les crédulités, elle s'était composé une religion hétéroclite où Jésus donnait la main à Mahomet; pleine d'ostentation et de dédain, elle gaspillait l'or et vivait dans une chambre presque vide, la tête rasée, le corps enveloppé de longues draperies en lambeaux. Souverainement hautaine et menaçante, elle défiait sans cesse les émirs et les pachas ses voisins, cherchait à soulever les populations du pays et entretenait à ses ordres un bourreau qui, avec d'effroyables mines de croquemitaine, fourbissait et polissait tout le jour une batterie de tenailles, de menottes, de crampons de fer et deux énormes pais plantés devant la porte du château.

Dans ce donjon digne des contes de fées, où le docteur, pacifique et tremblant, semble avoir mis une note comique, des visiteurs de toutes marques se

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LA FAMILLE DE MR. j. BAILLIE, PAR GAINSBOROUGH . Londres. — National Gallery (Hanfstaengl, phot.)

LES FILLES DE GAINSBOROUGH, PAR LUI-MÊME. Musée de South Kensington.

succédaient, Lamartine, le prince allemand Pukler Muskau, des derviches, des cheiks, des juifs, et surtout d'obscurs intrigants qui exploitaient la vanité de leur hôtesse. Une catastrophe ne pouvait tarder. Le gouvernement anglais ayant supprimé la pension de lady Stanhope, la Misère vint à son tour frapper à la porte du château. La solitaire du mont Liban, la « reine de Tadmor » congédia presque tous ses serviteurs, même son bourreau, et fit, comme pour un siège, murer les portes de sa forteresse, à l'exception d'un petit guichet nécessaire aux provisions. Et elle mourut pleine de rêves orgueilleux, s'imaginant toujours être sur le point de jouer parmi les peuples un rôle grandiose et formidable.

Dans la seconde partie de cette existence plane le génie chimérique et captivant des Turner et des Rosetti, des Madox Brown et des Burne Jones; on y reconnaît leur imagination déréglée, leurs tableaux de rêve, leurs actions romanesques, leurs décors fantastiques; on y découvre le goût acharné de l'Angleterre pour le gothique, ce goût qui a fait construire le Palais du Parlement et tant de monuments publics et privés en une architecture singulière comme pastiche; on y voit enfin le grand rêve de domination, secrète obsession de tout bon Anglais.

Par ce bref aperçu de deux caractères et de deux existences, nous croyons avoir éclairé les mystères de l'art anglais, et avoir montré combien le peuple qui donne le jour à des Brummel et à des lady Stanhope peut être, parfois, sujet aux

crises d'orgueil, aux détentes de volonté, aux passions et aux bizarreries les plus éloignées, en apparence, de la modération, de l'élégance, du bon goût et de l'énergie britanniques.

Reynolds naît à Plympton chez un maître d'école. Dans ce fait se trouve sans doute l'explication de son caractère déductif, de son art fait d'emprunts à tous les grands maîtres de la peinture. Il paraît même que le Traité de Richardson fut son inspirateur, qu'à cette lecture il contracta le goût des Beaux-Arts. De nombreux voyages, des séjours à Rome, à Venise, une étude approfondie des meilleurs peintres, une recherche des procédés qui allait jusqu'à sacrifier des tableaux du Titien pour découvrir par le frottement les diverses couches de couleurs, perfectionnèrent la science et l'habileté pratique de Reynolds. Rentré en Angleterre, il conquit très vite une grande réputation comme portraitiste et peignit de nombreux portraits d'enfants.

Très préoccupé de varier les attitudes et les effets de lumière, il est tantôt fantaisiste avec Master Crewe dans un costume du temps de Henri VIII, miss Frances Crewe, la petite Caroline Montagu Scott et la Fille aux fraises qu'il considérait lui-même comme son œuvre la plus originale; tantôt il est simple avec miss Bowles, le jeune vicomte Althorp, la Cornette, ou la princesse Sophia-Mathilde auprès de son petit chien; ailleurs, il voudra être familial et il peindra la Duchesse de Devonshire et sa fille, portrait appelé le Bébé qui saute ou bien lady Cockburn et ses nombreux enfants. Dans toutes ces toiles il a mis une exécution large et décorative, d'une grande distinction, mais d'une personnalité flottante. On le sent contemporain du bonhomme Greuze; il a son artificielle sensiblerie et son dessin trop mou. En revanche, il connaissait à fond son art et en parlait admirablement. Il publia plusieurs discours qui prouvent sa haute compétence et son sens critique, car il vante des qualités qui lui manquaient et qu'il ne sut jamais atteindre : celles qui sont nécessaires pour ordonner de vastes compositions picturales. Les essais qu'il tenta en ce genre sont désastreux.

L'impératrice Catherine de Russie lui envoya une tabatière en or et son portrait enrichi de diamants, avec ce compliment : « Au chevalier Reynolds, pour le plaisir que m'a fait la lecture de ses excellents discours ». Elle ajoutait à ces présents la commande d'un tableau historique. Reynolds exécuta un Hercule

étouffant des serpents, tableau qui avait l'ambition de symboliser la jeune Russie. L'œuvre confuse, encombrée, n'offrait qu'un joli morceau, celui d'Hercule enfant.

Reynolds s'en aperçut probablement, puisqu'il fit une reproduction de l'enfant seul avec les serpents, toile aujourd'hui placée dans le musée de Royal Academy.

Même dans ses portraits, une trop vive préoccupation d'éviter la banalité l'entraîne parfois dans l'incohérence et le mauvais goût. Tel est le cas du portrait de miss Vernon et de son frère lord John Russell,où on voit le petit garçon vêtu en romain tuer un monstre

MASTER LAMBTON, PAR LAWRENCE, à COUpS de Sabre, tandis que Sa Collection du comte de Durham.

sœur accourt vers lui pour l'applaudir et lui sourire. Le portrait de lady Cockburn que ses entants prennent d'assaut, qu'ils entourent d'une confusion de bras, de têtes et de jambes, n'est pas non plus d'un goût très sûr. Et malgré ses qualités d'exécution, le portrait de la célèbre duchesse de Devonshire faisant sauter son bébé sur ses genoux ne plaît pas à tout le monde, à cause du geste de la maman, très souvent mal compris. Mais où la fantaisie devient excessive, c'est lorsque Reynolds s'amuse à peindre un enfant nu, assis, dans une pose de rêverie nullement naturelle, et qu'il l'appelle Johnson enfant : or, Johnson était son ami et il ne l'avait connu que fort tard, à l'âge d'homme! Cela prend tout l'air d'une mauvaise plaisanterie.

Les lignes suivantes, souvenirs d'un contemporain de Reynolds, nous montrent l'intimité et l'hospitalité « sans façon » du peintre à la mode :

« Il y avait quelque chose de singulier dans l'ordonnance et l'économie de la table, chez sir Joshua, qui contribuait à l'agrément et à la bonne humeur: c'était une abondance grossière et inélégante, sans aucun souci d'ordre et d'arrangement. Une table préparée pour sept ou huit convives, devait souvent en recevoir quinze ou seize. Une fois cette première difficulté surmontée, on s'apercevait

qu'il manquait des couteaux, des fourchettes, des assiettes et des verres. Le service était dans le même style; il était absolument nécessaire de réclamer instamment de la bière, du pain ou du vin, si l'on voulait en avoir après le premier service.... D'ailleurs ces minuscules inconvénients ne faisaient que rehausser l'hilarité et le plaisir singulier de la fête. Du vin, de la cuisine et des plats, on ne s'occupait guère ; on ne faisait point l'éloge des viandes ni de la venaison, on n'en parlait même pas. Au milieu de l'animation et du mouvement j^eux des convives, notre hôte restait de parfait sang-froid, toujours attentif à ce qui se disait, ne s'inquiétant jamais de ce qu'on mangeait ou buvait, mais laissant chacun parfaitement libre de jouer de la fourchette pour son propre compte. Des pairs temporels et spirituels, des médecins, des avocats, des acteurs et des musiciens composaient ce groupe bigarré, et jouaient leur rôle sans dissonance ni désaccord.... Ses amis et ses connaissances intimes chériront sa mémoire et regretteront ces heures de société aimable et la gaieté de cette table irrégulière

et hospitalière à la fois.... »

(John Courtenay, Poetical review oj Dr. Johnson s Character moral and Literary.)

Gainsborough est plus différent de Reynolds qu'on ne pourrait le croire à première vue. Né en pleine campagne, il se forma lui-même ; c'est pourquoi son talent plus naïf n'a pas le caractère pour ainsi dire livresque du talent de son rival, cette apparence multiple où les souvenirs abondent.

Très doué, dès sa toute jeunesse, il crayonnait et peignait sans cesse. Suivant une légende populaire, un jour qu'il s'était réfugié dans un coin du jardin paternel pour dessiner en paix, il aperçut un homme qui, se croyant seul, se penchait par-

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