‹ Les portraits de l'enfantChapitre 116 sur 161 · L ENFANT AU CHEVREAU, PAR LAWRENCE · texte numérisé non relu

L ENFANT AU CHEVREAU, PAR LAWRENCE

Londres. — National Gallery.

dessus la clôture et considérait avec convoitise les fruits dans les arbres.... Depuis quelque temps un inconnu pillait le verger. Notre petit peintre s'empressa de dessiner ce qu'il voyait et de porter son croquis à ses parents qui s'en servirent pour faire prendre et condamner le voleur....

Gainsborough ne quitta pas l'Angleterre; il étudia Rubens et Van Dyck; mais, cela fait, il s'abandonna à ses impressions.

Il y gagna un accent d'indépendance et de personnalité qui fait défaut à Reynolds : de sensibilité plus vive, il se livre mieux;

r ' PORTRAIT D ENFANT, PAR J. NORTHCOTE.

il est plus Vibrant et plus Sym- Londres. - National Gallery.

pathique. L'excès même de sa

sensibilité le pousse à l'improvisation; ses meilleurs morceaux sont venus du premier jet; quand il insiste, il est moins bon. Il lui arriva ainsi d'enlever, en guère plus d'une heure, le beau portrait de son neveu Gainsborough Dupont qui appartient à sir Edgard Vincent1.

Il montra dans la vie journalière la même spontanéité. Un jour qu'il peignait un coin de paysage, une jeune fille, promeneuse inconnue, apparaît et prend involontairement place dans le motif qu'il étudiait. Enchanté, il s'empresse de tracer cette gracieuse silhouette sur sa toile; mais il se trouva qu'il l'avait aussi tracée dans son cœur : les yeux des peintres jouent souvent de ces tours à leur cœur. Gainsborough jugea que rien n'était plus simple et il épousa la jeune fille....

Il s'abandonna moins heureusement aux mains d'un mécène, nommé Philippe Tickness, qui, après lui avoir rendu quelques services, l'exploita pendant longtemps sans que Gainsborough osât reprendre sa liberté.

Un tel homme devait avoir naturellement l'humeur plaisante qu'ont si souvent les artistes.

I. Gainsborough Dupont, qui devint peintre et graveur, a laissé plusieurs bonnes gravures des portraits de son oncle.

Un jour Gainsborough voit son modèle, un vieux tailleur nommé Fowler, examiner avec étonnement un petit crâne d'enfant qui se trouvait sur sa cheminée avec d'autres objets.

« Hein! maître Fowler, c'est curieux, ce que j'ai là!

— En effet, qu'est-ce donc, monsieur Gainsborough?

— Un œil de baleine, mon ami, » dit le peintre sans sourciller. » Le vieux tailleur savait à qui il avait affaire :

« Ne dites pas cela, monsieur Gainsborough. Ça doit être plutôt un crâne d'enfant.

— Ma foi, accorda Gainsborough, on ne peut vous tromper, mon cher : vous êtes très fort. C'est absolument exact, puisque c'est le crâne de Jules-César quand il était petit garçon.

— Seigneur! s'écria Fowler convaincu, voilà un beau phénomène, assurément. »

Notre peintre possédait avec cela un caractère indépendant. Un client sonne à sa porte et crie à la servante :

« Ce manant de Gainsborough a-t-il fini mon portrait? »

Gainsborough, qui paraissait n'avoir pas pu entendre, fait entrer le personnage et lui montre son portrait achevé. Mais quand il le voit satisfait et fouillant déjà dans sa poche pour payer et prendre livraison, tranquillement, à coups de pinceau, il barbouille et détruit la peinture; puis se tournant vers l'individu, il lui demande :

« Où est-il à présent, le manant? »

Il n'est pas surprenant qu'un artiste aussi impressionnable ait aimé la musique. Gainsborough l'adorait au point d'en être parfois plus possédé que par son amour de la peinture. Il affirmait qu'un bon musicien était le premier des hommes. Même lorsque, la palette en main, il peignait, sa passion le poursuivait, et il étourdissait de son enthousiasme les gens qui posaient pour lui.

Il en vint, un jour, à donner un tableau en échange d'un air de musique. Il faut dire que cet air était exécuté par un violoniste remarquable, le colonel Hamilton. Gainsborough l'écouta, puis, les larmes aux yeux, lui donna sans regret un de ses tableaux.

Il fut arraché à sa passion pour la musique, il oublia subitement son violon pour sa palette, à la suite d'un discours de Reynolds posant comme principe que le bleu ne peut entrer dans un tableau à titre de couleur dominante et que les tons les plus vigoureux doivent être placés au centre de la composition. Sans recourir aux discussions qui ne prouvent rien, aux théories pédantes et oiseuses,

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« Où est-il à présent, le manant? »

Il n'est pas surprenant qu'un artiste aussi impressionnable ait aimé la musique. Gainsborough l'adorait au point d'en être parfois plus possédé que par son amour de la peinture. 11 affirmait qu'un bon musicien était ! premier des hommes. Même lorsque, la palette en main, il peignait poursuivait, et il -étourdissait de son enthousiasme les p : pour lui.

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