PORTRAIT DE JEUNE FILLE
Peinture gre'co-égvptienne de la Collection Théodore Graf, de Vienne.
délicieuses. La statuette que nous reproduisons donnera l'idée de leur gentillesse indécise et fluette. Le sculpteur qui pétrit cette œuvre menue a fait une œuvre vivante, car M. Maspero peut dire :
« Telles sont encore aujourd'hui les jeunes Nubiennes, c'est leur port à la fois innocent et mutin! »
Voici donc enfin un portrait exact et vivace, malgré les siècles écoulés. Avec quel intérêt on consulte ce petit visage muet.
Il est impossible qu'une enfant pareille n'ait pas connu les soins affectueux de la famille, non parce que sa grâce appelle naturellement les caresses, mais parce que cette grâce elle-même est la fleur miraculeuse que les mères seules ont le secret de faire éclore.
La mignonne dut connaître aussi les jeux et
leur innocente allégresse; le monde merveilleux des jouets, cet univers en raccourci, s'était déjà révélé à l'enfant. Les gamines du musée de Turin purent bercer dans leurs bras des poupées aux membres mobiles et coiffées de fauxcheveux. Elles furent les bergères de porcs minuscules, de canards et de pigeons à roulettes: elles furent les ménagères de vaisselles de terre; elles eurent, comme le Nil. des crocodiles et des bateaux; elles lancèrent des balles en peau bourrées de foin, elles poussèrent des billes de marbre, elles connurent même, paraît-il, la toupie appelée sabot que l'on fait virer à coups de fouet. Tout l'arsenal réduit et magique est déjà complet; nous n'avons guère plus à offrir à nos rillettes. Peut-être même avons-nous moins bien, l'ingéniosité et la précision ne valant pas, en ce genre, la naïveté et l'indéterminé, sources inépuisables de rêves....
A voir la physionomie empreinte de jeunesse qu'ont généralement les hôtes des tombes égyptiennes, il est à présumer que, quel que fût l'âge du défunt, on choisissait habituellement, pour représenter ses traits, l'époque de son existence qui le figeait dans toute la vigueur et la joie de vivre. Car, au fond, le caractère égyptien était gai, et les artistes, reflets de l'humeur nationale, devaient être enclins à des oeuvres dépourvues de mélancolie.
A ce compte, pourquoi certains n'auraient-ils pas désiré revivre sans fin la fraîche époque de leur enfance, où toutes les misères humaines se doraient d'une merveilleuse illusion sous le magique rayonnement de la tendresse maternelle? C'est sûrement le souhait que feraient bien des gens, si cette croyance durait encore.
Et c'est un honneur pour le portrait, art réputé secondaire, d'avoir été un moment une source de consolation et d'espérance, en permettant de faire le levé, même trompeur (ce rêve que les hommes aiment tant à faire) d'un coin de paisible retraite pour plus tard.
Une image plus individuelle que la fillette de Turin nous a été léguée par ces temps lointains.
(.'est le portrait de Ramsès II enfant, du pharaon glorieux et populaire dont le surnom Sésousou, Sésoustourî, est devenu pour nous Sésostris (i35o environ av. J.-C).
L'œuvre n'est pas d'un art très élevé, mais elle a le vif intérêt de commencer la galerie des portraits de jeunes monarques que nous verrons se poursuivre si brillamment à travers l'histoire. Le petit Ramsès est l'antique frère des Infants et des Dauphins.
ANTIQUITÉ ET MOYEN AGE. n
Tout jeune encore, il avait été associé à l'empire par son père Séti I:
aussi lui voyons-nous la coiffure royale ornée de l'urœus, ou aspic, frontal, cette image de serpent tantôt en bois, tantôt en métal, qui passait pour être douée du pouvoir magique de foudroyer les ennemis des rois; en outre, le nom du prince, tracé auprès de lui dans la pierre, est entouré, comme les noms des pharaons, par le cercle du monde et surmonté des signes figurant la Haute Égvpte et la Basse Egypte sur lesquelles leur pouvoir s'étendait. Le sculpteur a néanmoins donné scrupuleusement à son sérénissime modèle les signes conventionnels du jeune âge :