ENFANT ROMAIN
Ramsès a la longue tresse de cheveux Mllsde Britannique,
des petits Égyptiens et il porte les
doigts de la main droite à sa bouche, suivant le geste consacré à l'enfance.
Les mœurs du harem rendaient les familles royales très nombreuses : notre petit prince devait lui-même devenir un jour le chef d'une véritable tribu, car il laissa en mourant cent soixante-dix enfants dont cinquante-neuf garçons. Quel cœur de père serait assez large pour s'intéresser également à tous les figurants d'une aussi nombreuse progéniture! En outre le pharaon, était le maître absolu de porter particulièrement son affection sur tel ou tel de ses fils; il pouvait même l'égarer en dehors de sa famille naturelle et recourir à l'adoption qui était très pratiquée en Egypte.
Ramsès II devait donc s'estimer heureux d'avoir attiré sur lui l'attention et les faveurs de son père. Dans une inscription du temple d'Abydos où il prend lui-même la parole et nous renseigne sur sa jeunesse, en un style pompeux, mais précis, nous voyons qu'il avait eu un frère aîné dont la mort lui avait transmis les droits à la couronne.
« Dès le temps que j'étais dans l'œuf, dit l'inscription, les grands avaient flairé le sol devant moi; quand je montai au rang d'aîné et d'héritier sur le trône de Sibou, je traitai les affaires, j'ordonnai en généralissime des fantassins et des charriers. Mon père s'étant présenté au peuple alors que j'étais un tout petit
garçon entre ses bras, me dit : « Je « te ferai couronner roi pour te voir « dans toute ta splendeur cepen- « dant que je suis sur cette terre ».
« Les nobles de la cour s'étant avancés afin de me placer le pschent sur la tête : « Posez lui le diadème « au front », dit-il. »
Dans notre portrait du Louvre, le prince a l'urœus frontal, mais il ne porte pas le pschent, volumineuse coiffure composée de deux couronnes emboîtées l'une dans l'autre, la couronne blanche, haute mitre qui figurait la domination du souverain sur la Basse Egypte, et la couronne rouge, mitre tronquée, mais armée obliquement d'une longue tige, qui figurait la domination royale sur la Haute Égypte. Il est probable que Ramsès II nous est présenté dans une tenue intime, le pschent, coiffure lourde et incommode, étant peut-être réservé aux cérémonies officielles.
Malgré certaines naïvetés telles que l'importance exagérée de l'œil présenté de face, l'exécution de ce portrait révèle une préciosité et une habileté dépourvues de sincérité. Le profil devait être ressemblant, il est vrai, car il est d'accord avec le visage du futur pharaon qui restera dans tous ses portraits aussi gracieux, tout en prenant plus de majesté, avec l'âge et l'exercice du pouvoir. Mais les doigts contournés affectent des formes presque ornementales. Nous sommes en présence d'une œuvre de décadence. La belle époque de l'art égyptien était déjà éloignée. Les égyptologues sont d'accord sur ce point : « Nous ne connaissons, disent-ils, que la décadence de l'art égyptien ». Et à voir les œuvres les plus anciennes qui nous soient parvenues, à remarquer la sûreté de leur exécution, on ne saurait douter de l'exactitude de cette opinion. Un art ne peut avoir atteint cette vigueur d'expression sans avoir traversé un âge d'étude et de progrès dont les étapes successives nous seront, espérons-le, révélées par les fouilles.
Les Grecs n'eurent déjà plus la jolie croyance des Égyptiens dans le retour