‹ Les portraits de l'enfantChapitre 130 sur 161 · MADEMOISELLE FLANDRIN, PAR FLANDRIN · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE FLANDRIN, PAR FLANDRIN

Appartenant à Mme charie. l'autre, le goût des amateurs se por-

tera de ce côté, et l'on regrettera de ne pas avoir apprécié plus tôt des qualités aussi précieuses que celles de l'ivoire pour exprimer les grâces du jeune âge.

Le costume de l'enfant s'est beaucoup transformé et même amélioré de nos jours, au profit de sa physionomie et aussi de sa santé. L'emmaillotement, qui lui donnait l'aspect d'une petite momie, a été enfin abandonné. Depuis longtemps, il avait été condamné. Montaigne l'avait critiqué. Buffon avait écrit :

« On l'emmaillote, on le couche la tête fixe et les jambes allongées, les bras pendants à côté du corps. Il est entouré de linges et de bandages de toute espèce

AUJOURD'HUI

qui ne lui permettent pas de changer de situation. Heureux si on ne l'a point serré au point de l'empêcher de respirer.... »

Rousseau avait à son tour blâmé, mais en vain, cet usage.

Aujourd'hui enfin on laisse le nouveau-né libre de se mouvoir, et il ne s'en développe que mieux.

Quand on l'habille, on adopte des modes spéciales. Jadis on taillait — parfois dans les vieux vêtements des parents — des costumes qui reproduisaient en réduction ceux des grandes personnes. Empêtrés, guindés, gênés, les pauvres petiots étaient souvent comiques. On a cherché des vêtements plus gais et plus

seyants, laissant le corps plus libre et plus à l'aise. Les enfants n'ont plus l'air d'être la caricature de leurs parents; leur grâce n'est plus étouffée dans un drap lourd et dans des formes étriquées : on adopte des étoffes souples, aux couleurs claires et joyeuses.

Les robes et les manteaux Empire jouirent d'une grande vogue, à cause de leur taille insignifiante et de leur longueur, et on surmonta le tout d'un volumineux chapeau. L'enfant prit ainsi une tournure nouvelle, curieuse, mignonne, très en dehors des modes contemporaines. Ce fut tout de suite charmant.

Il y eut pourtant un costume qui continua de plaire à l'enfant, c'est le costume de marin que nous avons vu dès l'aurore de la Révolution. Le grand col, la blouse, le béret, tout cela ample, large, aisé, plaît aux mères et aux enfants. Des noms terribles ou innocents égayent le béret; des ancres dorées allument les pointes du collet; un petit air de crànerie et d'aventure relève le tout, et nos bébés terriens prennent, à peu de frais, — car le costume est très simple, — des mines divertissantes de petits mathurins et de loups de mer. Et n'est-il pas amusant que le costume de ce prisonnier entre le ciel et l'eau, de ce rêveur agile qui fuit et vole sans bouger de place, devienne le vêtement favori de l'enfant agile

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