PORTRAIT DE JEUNE GARÇON, DESSIN PAR CIIASSERIAU
PORTRAIT DE M. LOUIS DE MONTEBELLO, PAR BAUDRY. Appartient à M. le comte de Montebello (Braun, Clément et fils, phot.)
A UJOURD'HUI.
le bonheur sur nous trois — »
Il remue, il soupire, il s'éveille....
Bébé regarde autour de lui; et de ses lèvres s'échappe un vagissement tendre et suppliant, un appel d'amour et de faiblesse, une prière éternelle, un mot où tremble, béga}^e et se pâme le cœur humain.... Bébé regarde autour de lui et il appelle :
« Maman ! »
Elle accourt, elle le prend, et l'adorable groupe se forme. Maman d'un geste auguste enveloppe Bébé, l'approche de son sein.... Et Maman et Bébé ne se doutent pas qu'ils renouvellent la plus pure, la plus émouvante des œuvres humaines, celle où s'affirme le plus hautement la Divinité, Bonne, Féconde et Immortelle.... Bébé grandit. Il est sevré, il s'éloigne de la nature; il entre dans le siècle, sa vie devient pittoresque et vulgaire. Une cuillère en main, il tâche à puiser la bouillie et à la porter à sa bouche. Ses essais sombrent piteusement. Mais il est obstiné, il veut montrer son savoir, il refuse le secours de Maman.... Bébé, pauvre Bébé, l'ambition déjà te gâte.... Mais je t'attends plus tard, devenu homme, devenu père, au jour où tu verras ton enfant boire au sein maternel.... Tu renieras tout ton savoir, tu te reverras toi-même en ton petit enfant; et ton cœur se fondra ■ — trop tard peut-être — de reconnaissance et d'amour pour celle qui t'a nourri....
Oui, le siècle envahit l'existence de Bébé. Des commerçants ingénieux s'épuisent à inventer des jouets compliqués, extraordinaires, où la vie paraît surprise dans ses derniers secrets. Mais Bébé, d'abord conquis, se lasse vite et, méprisant, néglige le jouet chamarré, bruyant, d'une laideur sans art; Bébé préfère l'informe chiffon, le vague magot, le rien qu'il imagine et crée lui-même. Un fétu qui passe dans l'air l'attire et le charme : Bébé est un poète. Il sourit, il regarde, il écoute on ne sait quoi. Il est encore si près des limbes que des rapports existent peut-être entre lui et ceux qui nous aimèrent, les grandsparents dont il poursuit la lignée. Sans doute, de chères ombres, invisibles pour nous, se penchent sur lui et sourient à son sourire....