‹ Les portraits de l'enfantChapitre 134 sur 161 · PORTRAIT DE FILLETTE, PAR LENBACH · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE FILLETTE, PAR LENBACH

nous rendent hypocrites. Ils ignorent tous ces sentiments ; ils se sentent en outre à l'abri de leurs parents, de sorte que, lorsqu'ils n'agissent pas par étourderie, leur malice les rend tout à fait dangereux.

Il n'en est pas moins vrai que la note de Gavarni devient monotone à la longue. Il nous donne presque toujours l'enfant qui dit ce qu'il a entendu dire quand il ne faudrait pas le répéter. Ce sont des : « Dis donc, Miroux..., de quoi donc que Mme Miroux te fait porter? »

— ou des : « Qui est-ce donc qui l'a inventée, la poudre, monsieur, que ce n'est pas vous?... » Et si ce n'était la fantaisie des dessins, leur physionomie vivante, leur verve, on se lasserait vite.

Daumier serait peut-être plus varié, comme intention, dans ses études de l'enfant; mais il est tout à fait insuffisant comme traducteur graphique du jeune âge. Son dessin passionné, cursif, abrupt, ne saurait rendre cette forme gracieuse et enveloppée. Non seulement ses enfants sont insuffisants, mais ils sont laids. Dans la vie, on en rencontre assurément qui sont laids, très laids; mais il leur reste une finesse dans les traits qui révèle la fraîcheur, la jeunesse. Daumier a parfois quelques silhouettes heureuses, mais rarement le visage et la physionomie complètent l'ensemble. En revanche, il a des compositions bien trouvées qui traduisent avec vérité et variété la vie de l'enfant moderne, les complaisances du père traînant péniblement au milieu d'une plaine infinie la petite voiture chargée de ses deux enfants, avec la légende : un père est un cheval donné par la nature ; ou bien à quatre pattes devant une cuvette et soufflant à perdre haleine sur un bouchon orné d'une voile, tandis que son gamin debout suit avec complaisance les résultats de ses efforts ; ou bien sautant à la corde, essoufflé, en nage, tandis que ses filles, sans pitié, lui crient de continuer.

Il nous montre également « Quand on a un père farceur » un papa déjà mûr qui a pris le chapeau de sa fillette, se l'est attaché sur le crâne et, profilant sur le

paysage un nez ridicule, subit l'examen de la gamine armée du chapeau haut de forme qu'elle ne paraît pas disposée à rendre.

Image plus triste qu'elle ne paraît d'abord, qui montre, par la gravité de la fillette, combien ce rôle de père farceur doit être tenu avec réserve et peut devenir dangereux quelquefois.

Ailleurs, c'est le brave papa surpris, un dimanche, par une pluie d'orage, tandis qu'il promène sa marmaille. Et le pauvre homme, enjambant le ruisseau dans une pose de colosse de Rhodes, trimballe ses petits d'une rive à l'autre, en soupirant : « C'est bête d'avoir, en hiver, des enfants si beaux que ça ! »

Dans un dessin qui nous intéresse particulièrement, il a montré un malheureux peintre aux prises avec un enfant dont il veut faire le portrait. Le petit se tortille, en grimaçant, dans un fauteuil, malgré les attentions de son père qui lui fait risette et veut le calmer par l'offre d'une pomme : seule manière de faire poser un enfant avec fruit, dit la légende.

Dans la série « Histoire ancienne», quelques enfants apparaissent, comiques, grotesques, un Achille que sa mère plonge dans le Styx et qu'elle retire le nez pincé par une écrevisse. Un Denys le Tyran fouettant des écoliers; une mère des Gracques montrant avec orgueil ses fils; mais c'est la note burlesque, qui ne vise qu'au rire et au laid; tandis que l'on peut, dans ses œuvres plus sérieuses, noter quelques bonnes silhouettes d'enfants ou quelques légendes comme celle qui fait dire à deux mégères féministes : « Voilà une femme qui, à l'heure solennelle où nous sommes, s'occupe bêtement de ses enfants. »

GREAT GRAND MOTHER S FINERY, PAR J. ROLSHOVEN.

A UJOURD'HUI.

Après ces maîtres du crayon, de nombreux illustrateurs ont donné des œuvres intéressantes : Tony Johannot, qui eut un charme plein de sentiment; Grandville dont l'esprit ingénieux, inventif, sut être tendre parfois; Gustave Doré, doué d'une imagination géniale, d'une verve fougueuse; Cham, comique, spirituel, mais porté à reproduire uniformément le même gamin échevelé, braillard et mal élevé; Bayard, fin, gracieux, facile, à qui les enfants doivent particulièrement savoir gré de dessins tracés spécialement pour eux; Adrien Marie qui fit de gentils albums étudiant avec soin la vie de l'enfant; Boutet de Monvel qui, dans un tracé ingénu, donna des physionomies enfantines d'une surprenante vérité. Mais de nos jours, où la production en ce genre dédié à l'enfance s'est accrue considérablement, l'artiste le plus remarquable aura été une femme, une Anglaise, Kate Greenaway qui a su conquérir une réputation universelle par des aquarelles délicieuses de grâce puérile et de naïveté. Il était juste que la femme ne laissât pas à l'homme seul le pouvoir et l'honneur de dignement représenter l'enfant.

Les grands peintres du xixe siècle, les Ingres, les Delacroix, n'ont pas été des peintres d'enfants.

Bien que de magnifiques portraits aient été produits par Ingres, il n'a laissé comme portraits d'enfants que de fins dessins, d'un sentiment et d'un métier parfaits. C'est la petite fille au chevreau (Mlle Taurel), reproduit en fac-similé dans la Galette des Beaux Arts par Dien; ce sont les gentils bambins serrés contre leurs parents, de la fa-

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