‹ Les portraits de l'enfantChapitre 136 sur 161 · THE HON. VICTORIA STANLEY, PAR JOHN SARGENT · texte numérisé non relu

THE HON. VICTORIA STANLEY, PAR JOHN SARGENT

35z LES PORTRAITS DE L'ENFANT.

et reine d'Angleterre. Enfin la petite fille restée auprès de Marie de Médicis est la princesse Christine, mariée depuis à Victor-Amédée, duc de Savoie.

Delacroix a tracé avec fougue de beaux torses d'enfants dans la Médée, dans le massacre de Scio et il a fait bondir sur la barricade la figure de Gavroche, mais l'image paisible et individuelle de l'enfant ne se rencontre pas dans son œuvre.

Elle est, en revanche, abondante dans l'œuvre de Delaroche, dont le talent littéraire trouvait chez l'enfant une source féconde de sujets touchants. Paul Delaroche fut le digne peintre de la bourgeoisie française durant le xixe siècle; il eut les qualités et aussi les défauts nécessaires pour conquérir la sympathie de son public. Sans vision élevée, pratique et attaché à intéresser par le sujet, il eut l'intelligence de savoir exprimer les préoccupations contemporaines. Dans ses nombreux portraits, il montra des qualités peut-être supérieures, car il eut l'esprit pénétrant et souple qui sait comprendre un caractère, et le métier agile qui parvient à le traduire. Ses portraits d'enfants sont rares et plutôt médiocres : il n'avait pas la spontanéité et la sensibilité requises en ce genre. Trop d'intentions se trahissent et nulle naïveté n'apparaît dans le portrait de famille que nous reproduisons; le plus jeune enfant a une mine réfléchie de petit Napoléon, qui est exagérée, dépourvue de naturel. Dans un tableau représentant Pic de La Mirandole, où cette intention de petit génie précoce était admissible, Delaroche n'avait pas été plus heureux. Sa meilleure toile en ce genre, son plus grand succès, fut la Mort des enfants d'Edouard qu'il se plut à reprendre à la fin de sa carrière en la transformant et en la rendant moins dramatique.

Plus poète, mais d'un métier plus inquiet et plus faible fut Ary Scheffer. Né à Dordrecht, il était fils de peintre. Son père, Jean-Baptiste Scheffer, a laissé des portraits d'un faire nullement allemand, qui rappellent la manière claire et sobre, un peu mince de Boilly. Il fit le portrait de son fils en train de peindre, à l'âge de quinze ans. Mme Psichari qui, par sa mère, Mme Renan, est petite-fille de Henri Scheffer, frère d'Ary, Mme Psichari nous a fait l'honneur de nous montrer un petit dessin de Jean-Baptiste Scheffer représentant Ary Scheffer enfant qui admire à la lueur d'une bougie un buste de l'Apollon du Belvédère. A cet âge, c'est-à-dire vers douze ans, Ary Scheffer avait déjà fait œuvre d'artiste en exposant, à Amsterdam, un tableau de grande dimension. Sa mère, devenue veuve, voulut l'amener à Paris pour qu'il s'y perfectionnât; il traversa les ateliers de Prudhon et de Guérin où il devint le camarade des futurs romantiques. Bien que par le sentiment il se rapprochât d'eux, il n'eut que rarement les préoccupations de jeu de la brosse, d'empâtements et de truculence dans la peinture qui caractérisèrent les œuvres de ses contemporains. Son exécution eut le tort, en

A UJOURD'HUl.

général, d'être terne et lâchée jusqu'à la mollesse. Il fit pour- .

tant quelques bons portraits dans le monde politique. Très lié avec la famille d'Orléans, il aida de ses conseils la princesse Marie et même il fit un dessin qui la représente modelant sa célèbre statuette de Jeanne d'Arc.

Ce dessin fut dernièrement offert au musée de Chantilly par Mme Psichari qui en avait hérité de sa tante, Mme Marjolin- Scheffer.

Diverses familles parisiennes possèdent des portraits intéressants d'Ary Scheffer. Une petitefille de la famille Rothschild fut peinte par lui en 1828. Il exécuta, en 1842, une composition laborieuse où se mêle malheureusement le sacré et le profane et qui n'était autre que le portrait de Mme Fitz-James avec

ses trois enfants. Le musée de Dordrecht a hérité du portrait de sa fille, Mme Marjolin-Scheffer. Nous avons eu l'avantage de voir aussi le joli portrait de Mme Bowes de Saint-Amand, à l'âge de deux ans, œuvre où la grâce juvénile est exprimée avec délicatesse et émotion.

Dans le même genre, nous avons admiré, dans l'atelier d'Ary Renan, le portrait de Mme Renan, nièce d'Ary Scheffer. Laissée à l'état d'ébauche cette toile est charmante de fraîcheur. On dirait une grande aquarelle ou quelque jolie préparation d'un maître flamand. La petite fille est assise de face, toute claire dans une robe blanche sur laquelle un gros chien vient doucement poser son museau brun. Mme Psichari, née Renan, conserve pieusement un autre portrait de sa mère à l'âge de six ou huit ans, peint par Henry Scheffer, frère d'Ary.

En France, comme dans les Flandres, il y a de nombreuses familles d'artistes où le pinceau se lègue de père à fils et d'oncle à neveu. Il y eut les Vernet,

MATERNITE, PAR MELCHERS.

Musée du Luxembourg.

nous venons de voir les Scheffer, nous verrons les Flandrin; nous ne pouvons oublier les Dubufe. Ils auront été de très estimés portraitistes.

Claude-Marie Dubufe, le chef de la famille, était élève de David. Il se signala le premier par ses jolis portraits de femmes. Lorsqu'un artiste a le talent de

réussir les visages de femmes, il est rare qu'il n'ait pas le don de bien traduire le charme de l'enfant. Claude Dubufe a été un bon portraitiste d'enfants; son petitfils Guillaume Dubufe possède en ce genre plusieurs jolies toiles qui prouvent le talent de Claude.

Edouard Dubufe, fllsdeClaude, élève de son père et de Delaroche, fut également un peintre de la grâce. Reprenant avec plus de succès encore le genre de son père, il peignit la génération suivante de femmes et d'enfants.

Théophile Gautier écrivit :

« M. Edouard Dubufe sacrifie aux grâces mondaines. Si les artistes lui reprochent l'afféterie et le maniérisme, assurément ses modèles ne se plaignent pas de lui. Il est frais, soyeux, transparent, il fait joli...; notre œil est séduit. »

Parmi ses portraits d'enfants, Edouard Dubufe a laissé une série importante qui a l'originalité de présenter le visage rose du bébé sur une toile blanche. Cette manière a l'avantage de permettre une exécution alerte et prompte, enlevée en très peu de temps, ce qui est une chance de résultat meilleur quand il s'agit de modèles aussi difficiles à surprendre qu'un bébé. Il y a dans cette série un petit visage du Prince impérial âgé de quelques mois.

Guillaume Dubufe, reprenant le pinceau de son père et de son grand-père, continue de représenter dignement sa famille dans le portrait. Il a donné de

Page 1