PORTRAITS, PAR MADEMOISELLE BRESLAU
Musée du Luxembourg.
temps à autre, des indifférents, relations vagues, connaissant très peu l'enfant, traversent le salon, aperçoivent la toile, s'arrêtent, sourient, s'empressent de faire des compliments, des éloges.
« C'est charmant! tout à fait charmant! Il est si gentil!... »
Et les paroles aimables vont à l'entant plus qu'au 'portrait....
Cependant Bébé grandit, pousse, se transforme. Et un beau jour, par hasard, les parents découvrent le petiot dans son cadre. Ils sont frappés : Comme il a changé! Ils l'examinent. C'était bien lui! Combien il était joli, gentil !
38o LES PORTRAITS DE L'ENFANT.
« C'est sa petite bouche!... Te rappelles-tu comme il riait? » Ils échangent leurs souvenirs avec attendrissement. Ils appellent le petit bonhomme.
« Viens ici qu'on te voie! »
Ils comparent. Tel détail est intact; tel autre s'est transformé.... Au bout d'un instant ils conviennent :
« Nous avons eu raison de le faire peindre à ce moment-là... Il était si gentil!
— Mais je suis encore gentil,»
dit l'enfant.
Parbleu !
« Tiens, il y a longtemps qu'on ne l'a photographié », remarque le papa.
Mais la maman insinue :
a Toujours des photographies !
nous en avons déjà tant. Si on demandait à M. X... de faire son portrait? Il a si bien réussi le premier.
— Ma foi! c'est une idée! »
Et les voilà de retour chez le
peintre qui croyait ne jamais les revoir. Il est vrai que le nouveau portrait subit les mêmes crises que le précédent....
Le petit bonhomme grandit tant qu'il devient un jeune homme, puis un homme. Les portraits de son enfance décorent sa chambre. Il les montre à ses amis. Et des plaisanteries faciles s'échangent.
« J'étais gentil, hein?
— En effet tu as bien changé !
— Hé! hé! on a encore ses qualités! »
Mais quand il est seul, le défunt bébé est plus grave, et plus sincère aussi. Il considère son image, et d'autres paroles, invisibles pensées, bourdonnent, autour du cadre.
« Ça n'empêche pas, comme le temps file! .. J'ai été ça, et puis ça..., et me