JEUNE FAUNE DANSANT
Collection Fould.
rompu à tous les exercices du corps, puis le soir, dans un festin, monte sur une table, se met à exécuter des danses nationales et finit par se dresser, la tête en bas et les jambes en l'air, en frappant ses pieds l'un contre l'autre. Hérodote convient que le tyran Clisthène, qui n'était pas un Grec, fut étonné par ces manières et ne voulut pas donner sa fille à son hôte. Le brave homme avait peine sans doute à comprendre que ces acrobaties, dignes d'un saltimbanque, fussent considérées comme les façons d'un jeune homme tout à fait distingué, comme les preuves d'une éducation parfaite.
Le citoyen, homme libre, était alors ce que fut plus tard notre gentilhomme. Tout citoyen devait par sa prestance se révéler un homme de gymnase, un athlète, comme tout gentilhomme par sa grâce cavalière et son aisance montrait qu'il était homme de cour....
Le soin particulier de cette éducation vouée à la beauté physique devait naturellement aboutir dans les arts au petit génie, symbole de la perfection corporelle et de la jeunesse humaine.
D'ailleurs des images plus individuelles furent exécutées par les Grecs à mesure que leur art se développait et prenait de la force. La peinture, la sculpture, d'abord guindées, s'épanouirent en une charmante floraison, et les hommes reconnaissants commencèrent à conserver les noms de leurs artistes : ils les léguèrent à l'Histoire.
C'est Polygnote qui peint à Delphes la Prise d'Ilion, vaste composition, fameuse durant toute l'antiquité, où l'on remarquait le fils d'Andromaque au sein de sa mère, et d'autres enfants, plus grands, épouvantés par le carnage; c'est Zeuxis, fastueux et plein de morgue à la façon d'un maître de la Renaissance italienne et qui, ne jugeant aucun prix digne de ses œuvres, finit par les abandonner pour rien aux amateurs. Celui-ci peignait le célèbre Enfant aux Raisins dont les fruits attiraient les oiseaux • — ce qui faisait dire à Zeuxis lui-même : « Si j'avais peint l'enfant aussi vrai que les raisins,