‹ Les portraits de l'enfantChapitre 23 sur 161 · BUSTE GOTHIQUE · texte numérisé non relu

BUSTE GOTHIQUE

misérables, accoururent implorer un Musée de ciuny.

asile et l'aumône d'un peu d'espoir. L'Église fut le refuge des âmes élevées et des corps faibles.

Ces imaginations tourmentées de tendresse idéale voulurent donner la réalité à leurs aspirations, traduire aux yeux leur mépris de la vie et leur amour de Dieu.

L'art était retombé dans l'ignorance et la naïveté. Dépourvu d'adresse, mais riche de passion, de sentiment et de délicatesse, il tenta de créer des figures dégagées de la forme terrestre, des œuvres augustes et symboliques, révélant les délices ineffables du Paradis. Dans la pierre de leurs statues, le corps humain, source impure de nos misères, de nos faiblesses, disparut sous des vêtements amples et fins, fouillés de plis profonds et grêles, et la tête seule apparut, la tête qui pense, qui prie; et dans la tête s'ouvrirent les yeux énormes et pâles, les yeux qui reflètent l'âme et qui regardent le ciel....

Et peu à peu ces images, privées de la beauté physique, mais rayonnantes de ferveur mystique, formèrent un peuple immobile, debout, maigre, faible, comme épuisé par le ravissement et l'ardente soif des joies futures.

Quand ils eurent formé cette phalange sainte, les artistes voulurent lui donner des gardiens et des chefs; et ils estimèrent que l'Enfant seul était digne de ce rôle.

Venu des limbes et reflet de la divinité, il était seul assez pur, assez dégagé de nos humaines faiblesses pour représenter, au seuil des Cathédrales les hôtes du Paradis et conduire vers le Créateur l'âme éplorée des foules — ■ pour servir, en un mot, de trait d'union entre la Terre et le Ciel.

Tel fut l'ange; et afin qu'il s'élevât mieux vers le Seigneur, on lui donna des ailes.

L'ange était ainsi le frère du petit génie. Après avoir souhaité les joies de la terre, l'homme souhaitait les joies du ciel. L'idéal était différent, mais le fond était toujours le même. La pauvre humanité confiait encore une fois ses vœux à l'Enfant comme au messager que son innocence rendait le plus favorable. Et devant la course précipitée des années, elle donnait des ailes à ses souhaits, à ses prières, à ses rêves, pour qu'ils allassent plus vite, plus loin, plus haut....

Mais ces êtres grêles, amincis, dont le corps existait à peine, parurent encore trop matériels.

Les sculpteurs gothiques voulurent supprimer complètement tout ce qui n'était point la tête, siège de l'âme, et ils créèrent les chérubins dont le petit visage ailé restera la plus idéale expression de l'art religieux, le plus poétique et le plus chaste effort de l'imagination humaine vers la Divinité.

ANTIQUITÉ ET MOYEN AGE

Il est impossible de s'élever davantage. Au delà, c'est le délire extatique, c'est l'infini éthéré....

Et pourtant, cet au-delà est-il vraiment inaccessible?... N'est-il pas le royaume du Divin Enfant Jésus, de celui qui a voulu tendre les bras à tous et qui dit aux plus humbles : les premiers seront les derniers... ?

Pourquoi ne pas tenter de le montrer aux hommes, de figurer son corps menu et vagissant dans la Crèche, ou bien de le représenter entre les bras de sa mère, soutenant de sa petite main le globe lourd du monde et bénissant le genre humain?

La misère de cet innocent qui grelotte dans ses langes était accessible à la misère et à l'innocence de tous. Ils pouvaient le comprendre; ils pouvaient aussi le plaindre; ils pouvaient l'aimer; ils pouvaient enfin l'admirer. Car ils savaient que ce pauvre était riche, que ce faible était puissant, que ce misérable était bon, que son cœur était assez vaste pour compatir aux malheurs de chacun et qu'il pouvait à son gré convertir les chaumières en palais.

La frêle et chétive figure se reproduisit à profusion.

Elle apparut dans la pierre et dans l'ivoire, dans l'or et dans l'argent, dans la gloire des vitraux et dans l'intimité des missels. L'art en était faible, très faible, mais sa faiblesse était heureuse, son devoir étant de parler à des esprits et à des cœurs très simples. Ce n'est donc pas une admiration profane qu'il nous faut offrir aux innombrables Enfants Jésus de l'art gothique. Leurs naïfs et ardents auteurs n'ont pas visé à pareil honneur; ils ont eu l'ambition plus élevée d'apporter aux hommes un peu de courage et d'espérance. Et pour cela nous leur devons, par-dessus les siècles écoulés, adresser hommage et respect; nous devons même joindre notre reconnaissance à la reconnaissance

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