BUSTE DE SAINT JEAN, PAR DONATELLO
Pinacothèque de Faénza.
EN ITALIE
Sur le seuil de cette époque, nous trouvons un enfant de laboureur, gardien de brebis et de chèvres dans les environs de Florence, àVespignano. Comme, désœuvré, il cherche à imiter, du bout de sa houlette sur le sable, la forme des animaux qui l'entourent. Un artiste, Cimabue, aperçoit ces essais, y reconnaît les traces de dons exceptionnels, emmène l'enfant, l'instruit ès arts, en fait un peintre, un sculpteur, un architecte, le père de la Renaissance italienne, la première étoile de l'éblouissante constellation qui va luire au ciel des arts : Giotto.
La jolie aventure de Giotto se renouvelle, quoique dans un cadre moins pittoresque. On voit le Pérugin commencer son apprentissage de peintre à neuf ans; Bartolomeo, à dix ans ; André del Sarte entrer à sept ans chez un orfèvre ; et le Titien arracher à Giorgione émerveillé ce cri d'enthousiasme :
« Celui-là savait peindre dès le sein de sa mère ! »
Michel-Ange, à quinze ans, se faisait remarquer par Laurent de Médicis en copiant et restaurant, dans les jardins de Saint-Marc, une tête de faune très endommagée, et le Corrège, tout jeune encore, déclarait, à la vue d'un tableau de Mante gna : « Moi aussi, je suis peintre ! »
LE VIEILLARD ET L ENFANT, PAR GHIRLANDAJO. Musée du Louvre.
L'enfance de Léonard de Vinci peut nous donner l'idée de ce qu'était la précocité de ces jeunes prodiges.
Léonard de Vinci, dès l'âge le plus tendre, montre une envie démesurée de tout apprendre, une curiosité infatigable qui confond ses maîtres. Il étudie avec une égale ardeur l'arithmétique, la géométrie, la musique, le dessin, la sculpture. Ces dons intellectuels ne l'empêchaient pas de triompher dans les exercices du corps, dans ceux qui exigent de la grâce comme la danse et l'équitation, dans ceux qui demandent aussi de la force, comme l'escrime. Il tordait sans peine un battant de cloche ou un fer à cheval, et il chantait et improvisait
sur le luth, en véritable musicien de talent. Artiste et gentilhomme en même temps, il faisait dire à Vasari :
« Léonard avait si grand air que, rien qu'à le voir, la tristesse disparaissait. »
Ses délassements étaient d'une fantaisie tantôt comique, tantôt charmante. Comme il aimait passionnément les animaux, il s'empressait, quand il traversait le marché aux oiseaux, de dépenser tout son argent pour avoir le plaisir d'ouvrir les cages et de rendre aux prisonniers la liberté.
Ses premiers travaux se ressentent de son humeur fantaisiste. Un jour, son père lui apporte une rondache qu'un paysan désirait faire couvrir de peinture. Léonard y représente un monstre composé de chauves-souris, de lézards, de couleuvres, de crapauds, de bêtes immondes et répugnantes. Le monstre jetait des éclairs par les yeux, lançait de la fumée par les naseaux et bavait du venin par la gueule. L'œuvre terminée, Vinci la dispose en bonne place, de façon que son père l'aperçoive à Pimproviste. Vasari assure que l'effet fut terrible, que le père recula d'horreur et s'enfuit.... Mais il parait que le digne homme se ravisa au point de donner une autre rondache au paysan et de vendre un bon prix le travail de son fils. Achetée 100 ducats par des marchands qui la revendirent le triple au duc de Milan, Galéas Marie, cette peinture singulière a disparu.
Ayant été confié par son père au peintre André Verrocchio, Léonard connut la vie d'élève, devint ce qu'on appelait si justement et si joliment il creato du maître, sa créature, celui qu'il forme, celui auquel il ouvre les yeux devant le spectacle de la nature, dont il délie les mains et anime les doigts, auquel il donne le souffle de vie, la flamme immortelle et brûlante, auquel il transmet l'àme et le talent d'un artiste.
GÉNIES SOUTENANT LE CARTEL DE LA FAMILLE GONZAGUE. DÉTAIL D'UNE FRESQUE DE MANTEGNA.
Palais des Gonzague, à Mantoue.
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EN ITALIE
UN CHERUBIN.
FRAGMENT DUNE FRESQUE DU PERUGIN Florence.
Jamais cette éducation ne fut plus parfaite, ni plus complète. C'était une longue initiation. L'enfant, tout jeune encore, montait graduellement les degrés du temple.
D'abord astreint aux plus infimes besognes, il commençait par être le domestique de son maître. Ce rôle n'avait rien d'humiliant : l'autorité du professeur était empreinte d'une camaraderie toute paternelle. En même temps qu'il faisait ses commissions, l'élève mangeait à sa table et couchait dans une soupente voisine de l'atelier. De faciles travaux lui étaient confiés; il brossait des fonds, peignait des accessoires, apprenait lentement son métier.
Doué comme il l'était, Léonard fit de rapides progrès et fut^bientôt capable de collaborer aux œuvres de Verrocchio. Celui-ci ayant été chargé de peindre un tableau pour les moines de Vallombreuse, recourut au concours de son élève qui, dans le Baptême du Christ, exécuta entièrement un des deux anges à genoux. Cet ange était si charmant que Verrocchio le jugea supérieur aux personnages voisins ; Vasari prétend même que, désespéré de se voir surpassé par un enfant, le vieux maître ne voulut désormais plus toucher un pinceau.
Si l'anecdote n'est pas une légende comme on aime à en fleurir l'enfance des grands hommes, ce découragement de vieillard dut être pénible au Vinci qui avait l'àme délicate. Nous trouvons les traces de sa bonté dans des notes qu'il écrivait plus tard, durant son âge mûr, lorsque, devenu un maître, il formait à son tour de nombreux élèves. Ces confidences, les termes simples, sans colère de Léonard racontant ses
ennuis, respirent une grande douceur, et on UN chérubin.